Cradle to cradle, l’éveil français
Très en retard dans le domaine du Cradle to Cradle, la France s’engage dans l’aventure. En témoigne la création d’une agence de certification à Paris et la première labellisation d’un produit conçu par une entreprise française.
Le Cradle to Cradle (C2C), c’est en somme l’appropriation par l’industrie de la loi de conservation de la matière énoncée par Lavoisier, chimiste du XVIIIe « Rien ne se perd, rien ne se crée, tout se transforme ». Il ne s’agit plus de penser le produit ou l’objet de façon linéaire mais de l’intégrer dans un cycle proche de celui de la nature. L’idée est séduisante mais peine pourtant à s’introduire dans l’hexagone. La création de l’antenne française de l’European Protection Encouragement Agency (EPEA) Hambourg, le laboratoire qui gère la certification C2C à l’échelle mondiale, pourrait changer la donne.
La France, à la traîne
Comment expliquer le retard français (un seul produit certifié) comparé notamment au Canada, aux Etats-Unis ou aux Pays-Bas ? Pour Christine Guinebretière, co-fondatrice d’EPEA Paris, c’est avant tout une question culturelle : « En France, on a beaucoup de mal à regarder ce qui est positif, on préfère s’intéresser à ce qui ne marche pas, plutôt que d’essayer de mettre en œuvre des solutions, même si elles sont imparfaites ». Elle ne désespère cependant pas : « On sent que ça bouge. L’intérêt des jeunes et des étudiants est très fort. Nous multiplions également les interviews, les conférences en entreprises, dans les universités… mais nous sommes encore dans une phase pédagogique ».
Vers la fin de l’exception française ?
Tarkett, leadeur mondial des revêtements de sols et surfaces de sport, est la première entreprise française dont l’un des produits a été certifié. Son linoléum composé d’huile de lin, de résine de pin, de jute, de farine de liège et de bois, a reçu la certification argent1. «Cela constitue une nouvelle étape dans la gestion du cycle de vie complet des produits. En effet, Tarkett avait développé dés 1957 une activité de recyclage qui est aujourd’hui la plus importante de son industrie » indique Michel Giannuzzi, président de Tarkett. Une logique confirmée par Christine Guinebretière : « beaucoup de chefs d’entreprises se rendent compte qu’ils n’ont pas été suffisamment loin dans la démarche. Ce sont souvent des personnes qui ont déjà une conscience de l’environnement et qui veulent faire un pas supplémentaire ».
Le rôle d’EPEA Paris
C’est le centre de Hambourg qui se charge de l’analyse des produits et dès leur certification proprement dite. Le rôle de l’agence parisienne est pédagogique et commercial. Il s’agit de sensibiliser l’opinion, les chefs d’entreprise et les collectivités au C2C, et de les accompagner dans leurs démarches. Un travail d’étude et de conseil est mené qui inclut les exigences économiques : « On ne fait rien qui puisse amener un coût sans profit pour l’entreprise et pour le client. On regarde les choses de façon systémique ». Le but : un produit et une consommation conformes aux valeurs du développement durable, pour lesquels la concurrence ne se fait plus sur le dos de la planète.
Mais sinon… ça marche ?
Desso, leadeur européen sur le marché de la moquette a investi plusieurs millions d’euros pour se convertir au C2C. L’entreprise a choisi de ne pas faire porter le prix de cet investissement à ses clients afin de rester compétitif sur le marché. Résultat : elle a enregistré une hausse de 15% de ses activités en 2010 quand le reste du secteur chutait de 20% à 30%.
A prix égal, c’est la qualité qui l’emporte. Etre certifié C2C est un vrai avantage concurrentiel auprès d’un consommateur de plus en plus sensible aux questions environnementales.
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[...] une parution à lire dans Décision Durable qui nous parle du C2C et de sa situation en France! Une invitation [...]
Posté le 27/12/11 à 18 h 11 min