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Inde : la révolution agricole

25 Fév 2013

Un groupe de fermiers indiens a réalisé une récolte de riz et de pommes de terre reconnue comme un record mondial, le tout sans l’aide d’aucun produit chimique !

Sumant Kumar est un jeune fermier d’un des états les plus pauvres d’Inde, le Bihar. L’année dernière il a battu le record du monde de la plus grosse récolte par hectare avec 22,4 tonnes, quand les autres années, il tournait plutôt autour de 4 ou 5 tonnes. Il a dépassé les 19,4 tonnes de celui qui, encore à ce jour, est considéré comme « le père du riz », l’agronome chinois Yuan Longping. C’est même supérieur aux résultats des grandes entreprises d’OGM. Prometteur pour un jeune fermier. Mais ce record n’est pas isolé. En effet, plusieurs amis et concurrents de Kumar aux alentours ont enregistré des récoltes dépassant les 17 tonnes par hectares !

Pluie de records
Au début, ces résultats extraordinaires ont suscité le scepticisme des universités agricoles et des autorités locales. Ce n’est que lorsque le ministre de l’agriculture de l’Etat, un fermier lui-même, est venu inspecter les récoltes que le record a été confirmé et célébré à l’échelle nationale. Première conséquences pour le village :
– une connexion au réseau électrique,
– une banque,
– et la construction d’un nouveau pont.
L’histoire aurait pu s’en arrêter là, mais 6 mois plus tard, un autre fermier du village du Kumar, Nitish, explose le record de récolte de pommes de terre, peu avant qu’un fermier d’un village voisin fasse de même avec sa récolte de blé. Des équipes de scientifiques, des fermiers et de politiciens ont alors afflué de tout le pays pour découvrir leur secret.

Révolution…
Ces record reposent sur une technique de culture appelée System of Rice Intensification (SRI) : au lieu de la technique traditionnelle qui consiste à planter des graines de riz de 3 semaines en groupe de 3 ou 4 dans des champs baignés d’eau, il s’agit de planter moitié moins de graines et de transporter les plantes très jeunes et une par une dans des champs. Elles sont alors espacées à 25 cm d’intervalle pour donner plus d’air à leurs racines. « Les fermiers utilisent moins de graines, moins d’eau et moins de produits chimiques mais ils produisent plus, sans avoir à investir plus. C’est révolutionnaire ! » s’enthousiasme le Ministre de l’agriculture du Bihar. « Je n’y ai pas cru au début, mais maintenant je pense que cela pourrait potentiellement changer la manière dont tout le monde cultive ». En effet la méthode semble fonctionner et se répéter. Ainsi, en apprenant la technique à une centaine de ses fermiers, la région a vu ses récoltes augmenter de 45% ! Pas assez pour faire taire les sceptiques.

…ou faux semblants ?
Quelques voix s’élèvent en effet contre la technique dans une querelle qui semble voir s’affronter ONG et entreprises développant des OGM. Pour certains scientifiques, comme Achim Dobermann, directeur de recherche adjoint à l’Institut International de Recherche sur le Riz : « Scientifiquement, je ne pense par qu’il y ait de miracle. Quand les gens évaluent de manière indépendante le SRI, les résultats sont souvent bien inférieurs à ceux rapportés par les fermiers, qui sont poussés par des ONG et d’autres qui promeuvent la technique. »

L’avenir de l’agriculture
Inventée par un père jésuite français à Madagascar au début des années 80, la méthode SRI a depuis été développée et communiquée à travers le monde par Norman Uphoff : « C’est une idée qui va à l’encontre de la révolution verte des année 60 qui nous disait qu’il fallait altérer les gènes et les nutriments du sol pour
améliorer les récoltes. Le coût écologique a été faramineux. L’agriculture du 21e siècle doit se faire différemment. La terre et l’eau sont des ressources de plus en plus rares et de moins bonne qualité. Les conditions climatiques sont de plus en plus difficiles. SRI offre a des millions de foyers défavorisés des meilleures opportunités. Les fermiers en sont les premiers bénéficiaires: pas de brevet, pas de royalties, ni de taxes ».

Une révolution silencieuse qui, étant donné les enjeux sociaux, économiques et environnementaux qu’elle recoupe, mérite d’être encouragée et accompagnée à plus d’un titre.

 

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