Après l’éviction de Delphine Batho, le gouvernement a donné des gages aux écologistes en présentant des investissements d’avenir tournés vers la transition énergétique… avant que Montebourg ne vienne gâcher la fête en relançant le débat sur l’exploitation des gaz de schiste. Décryptage.

C’était « opération rachat » mardi dernier pour le gouvernement. Alors que les élections européennes et municipales approchent, ce dernier a voulu donner des gages à son allié écologiste et faire oublier le départ forcé de Delphine Batho en présentant un plan d’investissements d’avenir (PIA) de 12 milliards d’euros dont « plus de la moitié du PIA est consacrée à des investissements directs ou indirects pour la transition énergétique, c’est-à-dire qu’ils seront soumis à des critères d’écoconditionnalité » précise-t-on Matignon. Quel seront ces critères ? Le gouvernement reste pour l’heure assez flou, se contentant d’annoncer des précisions pour le mois de septembre. On devrait toutefois en savoir plus après la remise des conclusions du débat national sur la transition énergétique le 18 juillet prochain.

Dans le détail, sur ces 12 milliards, les plus gros postes de dépenses concerneront :
– la recherche et l’université (3,65 milliards)
– la transition énergétique, rénovation thermique et ville de demain (2,3 milliards)
– l’innovation pour une industrie durable (1,7 milliard)
– l’excellence technologique des industries de défense (1,5 milliard)
– l’aéronautique et l’espace (1,3 milliard)

Affichage politique ou avancée décisive ?
Du côté des écologistes, on affiche une certaine satisfaction mais on reste prudent. Si Cécile Batho a salué « un effort sans précédent » Jean-Vincent Placé, chef du groupe écologiste au sénat s’est montré plus circonspect : « L’affichage a l’air correct mais je veux regarder de près. Il y a eu tellement peu de gestes et de signes depuis un an que maintenant il faut des faits, des actes ». Et de rappeler le gouvernement a la réalité politique du moment : « la fin de l’année sera cruciale quant à l’avenir de la coalition gouvernementale : soit nous votons le projet de loi des finances, soit nous ne le votons pas, auquel cas nous en tirerons toutes les conséquences. j’ai indiqué au Président que ce n’était pas du tout un effet de manche, une figure de style ou même une menace, mais un fait ». Du côté des ONG on attend également les actes : « Soit ce critère d’écoconditionnalité permet d’organiser concrètement la transition écologique, soit il ne signifie rien et ce n’est que de l’enfumage » prévient Matthieu Orphelin de la Fondation Nicolas Hulot.
Autre réaction très attendue : celle de Delphine Batho. Et elle ne s’est pas faite attendre : « ce programme ne permet pas de doter la transition énergétique des moyens nécessaires à sa concrétisation. La question était de savoir si ce nouveau programme permettrait de compenser la baisse du budget du ministère de l’écologie, et la réponse est malheureusement non ». Au gouvernement, on se défend en mettant d’autres projets déjà actés et complémentaires de ce dispositif comme :
– le compteur Linky (5 milliards investis par EDF),
– le projet France Très Haut Débit (20 milliards)
– ou l’effort financier consacré au report modal, aux transports du quotidien, à la rénovation des transports collectifs (5,3 milliards par an jusqu’en 2030)

Ce dispositif sera-t-il suffisant pour relancer la croissance et amorcer une vraie transition énergétique ?

Sinon Arnaud Montebourg a une autre idée : lancer l’exploration des gaz de schiste en créant une entreprise publique dédiée. Pas sûr que les écologistes y soient sensibles…

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