On entend souvent parler de ville intelligente, de smart grid. Si chacun se fait une idée plus ou moins précise de ce que cela signifie, le concept reste encore flou puisque jamais véritablement expérimenté par les habitants. Pourtant, à Santander, une ville de 180 000 habitants du pays basque espagnol, c'est déjà une réalité.

Luis Munoz, 48 ans, professeur en technologie de l'information et de la communication, a reçu de l'Union Européenne 9 millions d'euros pour développer un prototype de Smart City. Par sa taille moyenne, Santander représentait le laboratoire idéal pour un tel projet. Avec ce financement, il quadrille les 6km2 du centre ville de 10 000 capteurs qu'il accroche aux lampadaires, feux de signalisation ou sous l'asphalte. Les taxis, voitures de polices et même les citoyens par le biais d'une application mobile peuvent également se muer en capteurs ambulants. Jour et nuit, ils fournissent des informations sur l'éclairage, la température, l'humidité, la qualité de l'air, le traffic, le bruit, etc. Toute cette information est ensuite rassemblée et démêlée au laboratoire du professeur Munoz qui à l'aide d'un ordinateur, donne du sens à ce nuage de données.
Voici quelques exemples de ce que cela change pour la ville et les habitants :
quand une voie de circulation est bloquée par un accident, l'ordinateur voit en temps réel comment cela affecte le trafic dans toute la ville et propose des alternatives de circulation ;
auparavant, le maire envoyait des patrouilles la nuit pour repérer les lampadaires défectueux : aujourd'hui l'ordinateur indique avec précisions quelles ampoules doivent être changées. Il peut même ajuster l'intensité de la lumière en fonction de l'affluence ou du temps (on a besoin de moins d'éclairage par temps clair de pleine lune que sous la nuit noire d'un ciel orageux) ;
dans les parcs de la ville, les capteurs permettent d'optimiser l'utilisation d 'eau pour limiter les gaspillage ;
les éboueurs n'ont plus besoin de faire de voyages inutiles : ils sont informés en amont des containers pleins, prêts à être relevés.
Un gain économique et environnemental considérable pour la collectivité.

Implication des habitants en temps réel
Mais une ville intelligente, c'est avant tout une ville qui communique avec ses habitants, et inversement. C'est pourquoi la ville a édité une application pour smartphone appelée : « Pulse of the City ». Il suffit ensuite de pointer le portable vers l'objet qui les intéresse pour obtenir l'information :
vers l'arrêt de bus pour savoir quand arrive le prochain,
vers la salle de concert pour connaître les prochaines événements,
vers un bâtiment historique, pour les touristes, afin d'avoir des informations sur ce monument.

En prenant des photos de systèmes défectueux ou de trous dans la chaussée, ils peuvent également participer à la maintenance de leur ville, via un média bien plus efficace qu'une lettre à la mairie qui restaient auparavant sans effet ou sans réponse. Via l'application, les habitants peuvent également regarder combien de temps met la mairie pour remédier au problème et lui demander des comptes. Un dispositif qui incite donc la mairie à réagir le plus rapidement possible. Lancée il y a 5 mois, l'application a été téléchargée 500 fois : « les gens commencent à avoir confiance dans la technologie » assure le maire de la ville, Inigo de la Serna. Persuadé qu'elle est la seule voie du futur, il est d'ailleurs déterminé à aller plus loin et ouvrir des données jusqu'ici confidentielles au public. « Nous voulons créer une relation nouvelle et coopérative entre l’habitant de Santander et leur mairie » affirme-t-il au Spiegel.

Google, IBM, ainsi que plusieurs collectivités à travers le monde sont déjà venues observer la réussite de cet exemple grandeur nature de ville intelligente. La multinationale espagnole Ferrovial a même décidé de construire un centre recherche dédié aux smart grids.

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