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La ville change. Comment penser ce changement ?
Innovation - Société

La ville change. Comment penser ce changement ?

03 Déc 2019

La ville change, les mots suivent : Airbnb, free floating... Si le mot précédait le changement, la ville deviendrait sans doute plus vivable. Encore faut-il disposer du mot juste, qui a toutes les chances d’être un néologisme, seul à même de mettre au jour une réalité nouvelle, et de redéfinir des urbanismes et des urbanités. Telle est en tout cas la raison d’être de l’abécédaire de néologismes que les éditions Uga viennent de publier : « Les sans mots de l’habitabilité et de la territorialité ».

Évidemment, pour le titre, on a vu plus racoleur. La langue s’embrouille avant que le doigt ait pu se glisser sous la couverture.

Mais l’habitat est, malgré son premier abord statique, le lieu par excellence du déplacement. Nous entrons dans nos logements, nous en sortons tout autant. Ils nous débordent. Ils sont le point de départ de notre futur, qui pourtant s’écrit la plupart du temps avec des mots d’une époque révolue ou mal appréhendée. Nous habitons notre langue un peu comme nous habitons notre territoire. Sautons donc allègrement par-dessus les grillages des mots usés, et du périurbain.

Autant avoir un bon guide en main, et ce livre nous offre des « exercices de néologismes » à la fois savoureux et scientifiques, anticipateurs et documentés, avec une part d’humour revendiquée.

Autour de six mots fondateurs, les deux qui forment titre – habitabilité et territorialité – et quatre autres qui décrivent déjà le projet – civilités, entre-lieux, mouvement, périurbain –, surgissent 94 mots qui en déclinent les pentes.

Il ne peut-être question ici de résumer des thèses. L’abécédaire a cette vertu de proposer, sans hiérarchie et sans système, mille idées à piocher, qui se complètent, se reflètent et se renvoient, face à face ou dos à dos. D’autant que quarante contributeurs, d’horizons très divers (géographes, sociologues, aménageurs, architectes, linguistes, ethnologues) se chargent d’ouvrir en grand les termes du débat.

On laissera donc le lecteur découvrir la face cachée et les dessous du webitacle, de l’électricar, de l’homo-loisirus, du mob situ, et s’il a le cœur bien accroché, de l’infrastructurectomie.

Apprécions néanmoins tout de suite le beau mot d’habitèle, composé d’habitat et du suffixe -tèle (à l’image des mots parentèle, patientèle), dont la parenté avec le latin tela (toile) est fortuite, mais qui pourtant exprime parfaitement que nous tissons des trames autour de notre habitat.

Un livre pour ceux qui ne se contentent pas de la trinité banale urbain-périurbain-rural.

Les sans mots de l’habitabilité et de la territorialité. Sous la direction de Marie-Christine Fourny et Romain Lajarge) – Uga éditions – 20 €.

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