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Sur la route (accidentée) de la COP – épisode 12

26 Nov 2015

 

• La COP 21 est maintenue. Elle s'ouvrira le 30 novembre. Que peut-on en espérer ?

La COP est-elle sortie de l’actualité, avant même d’y être entrée ? Qu’on le veuille ou non, les attentats du 13 novembre ont déjà eu un énorme impact sur la COP21, puisque l’attention des hommes politiques, de la société civile et du grand public en a violemment été détournée. Le sujet du moment, bien plus médiatique, c’est la guerre. Et la diplomatie française a d’autres tâches que d’aller chercher querelle aux pays qui n’ont pas encore publié leurs contributions à la baisse des émissions de gaz à effet de serre.

Bien sûr, on parle encore de la COP dans les journaux. Mais l’angle sécuritaire prédomine largement : risques d’attentats, manifestations annulées, mesures de surveillance, contingents de policiers, de gendarmes, de militaires, fermetures d’autoroutes, etc. Sur le fond, sur les solutions, sur les engagements des Etats, plus de nouvelles.

Cette conférence, dont l’objectif est de traiter des problèmes de long terme, à horizon 2030 ou 2050, apparaît à certains comme incongrue, voire dérisoire : le monde a d’autres problèmes plus urgents à régler ! Voilà encore une idée d’écolos qui se préoccupent des écrevisses à pattes blanches et des renoncules à feuilles d’alisme, avant d’agir contre le chômage et le terrorisme !

Bien sûr, cette vision de court terme serait le plus grand danger pour notre sécurité et notre prospérité. Elle ne ferait que préparer la voie à de nouveaux conflits, de plus en plus graves, qui surgiront dans quelques années, dont nous ne comprendrons pas non plus l’origine, et contre lesquels nous n’aurons aucune solution, sinon d’envoyer toujours plus d’avions, et larguer plus de bombes, pour des résultats toujours plus imprévisibles.

Multiplicateur de menaces

Loin de reléguer au second plan les enjeux climatiques, les conflits en cours doivent au contraire les remettre au centre.

On sait en effet que de nombreuses guerres trouvent leurs racines dans les mutations climatiques. Pour ceux qui nous concernent, dès 2008, un rapport de la Commission européenne* décrivait les risques et listait les zones affectées par le changement climatique. Sept ans après, les prévisions sont d’une précision affolante : Syrie, Irak, Sahel et Afrique du Nord étaient pointés comme les plus fragiles.

Le réchauffement n’est certes pas la cause directe des conflits, mais au moins un multiplicateur de menaces, et certainement une source de déstabilisation très puissante de régions entières.

Diplomatie du climat Vs diplomatie de guerre

Il faut rappeler que la Syrie a vécu de 2007 à 2010 une période de dramatique sécheresse, qui a profondément déstructuré la société : déplacements de population, importations de céréales, insécurité alimentaire… Plus de 300 000 agriculteurs ont dû abandonner leurs terres. Car si cette sécheresse a fait tant de dégâts, c’est que les nappes phréatiques étaient épuisées, suite à une exploitation effrénée depuis 30 ans. On ne peut que constater avec amertume l’impact direct d’une mauvaise gestion des ressources rares sur l’état d’un pays et d’une population. Et imaginer ce qu’il en sera quand l’épuisement sera généralisé.

Espérons que cet exemple donne à réfléchir aux dirigeants d’aujourd’hui. C’est dans l’enceinte de la COP que les solutions durables pour le monde de demain seront pensées, plus que dans celles de l’Otan, de tel quartet ou quintet, G8 ou autre G20.

Philippe Goupil

 

* Rapport du Haut représentant de l’Union européenne pour les affaires étrangères et la politique : Changements climatiques et sécurité internationale, 14 mars 2008. Document  S113/08

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