Marie Combarieu transforme le déchet en matière première en connectant mieux les acteurs du bâtiment. L’entrepreneure a lancé en 2017 sa solution digitale de gestion des déchets pour les professionnels du bâtiment, qui connecte artisans, transporteurs et filières de recyclage pour fluidifier la récupération et la réutilisation des matériaux et simplifier le quotidien des acteurs.
Quelle est la spécificité d’Ecodrop ?
Nous agissons comme un intermédiaire entre le producteur de déchets (artisans) et les professionnels du transport et du traitement. Cela, de façon agile : nous n’avons pas de flotte propre, mais une plateforme digitale* qui optimise la sélection selon la proximité, des critères environnementaux, les besoins en termes de massification et de recyclage… et propose la meilleure solution : accès à une déchetterie à proximité à tarif préférentiel, collecte sur place et orientation vers les filières… En 9 ans, nous avons accompagné plus de 12 000 clients et géré plus de 1,3 millions de tonnes de rebuts.
Comment avez-vous identifié qu’il y avait un besoin ?
Après des études en gestion puis en stratégie de marque, j’ai commencé en agence. Un tour du monde et le besoin de sens m’ont conduite au Comité 21 puis au poste de responsable communication et marketing digital chez Saint Gobain Isover, où je suis restée 7 ans et vécu de l’intérieur les pressions autour des matières premières, l’immensité des pertes et les enjeux au niveau de l’économie circulaire.
Qu’avez-vous constaté ?
En France, 40 millions de tonnes de déchets sont générés chaque année dans le secteur du bâtiment. Si on élargit au BTP, ce sont 286 millions de tonnes, soit 70% de tous les déchets produits annuellement. Composés presque uniquement de matériaux qui, dès lors qu’ils ne sont pas composites, qu’ils sont séparés, sont en général recyclables à l’infini. En parallèle, 70% des artisans éprouvent des difficultés parce que les acteurs du secteur sont soit des très grands comme Veolia, Suez, qui se concentrent sur les gros chantiers, soit une myriade de petits professionnels avec chacun un rôle limité sur la chaîne de valeur. C’est très confus, et inégal géographiquement. J’ai très vite vu qu’il y avait un besoin immense de fluidifier ces relations.
Et cela a fonctionné ?
Oui ! En 2025, nous avons généré entre 25 et 26 millions d’euros de chiffre d’affaires, avec un taux de valorisation des déchets qui s’élève à 92%, dont 76% en recyclage strict. Pour y parvenir, nous avons réalisé plusieurs levées de fonds, avec Saint Gobain présent au capital dès le début, ce qui nous a permis d’avoir la confiance de l’Ademe et d’être labellisés Greentech Environnement en 2020.
Quelles sont vos perspectives de développement ?
Notre projet est d’optimiser la rentabilité grâce à notre outil digital. Nous visons 50 à 100 millions d’euros de CA d’ici 3 à 5 ans, avec en ligne de mire une expansion en Europe. Nous avons déjà évité 50 000 tonnes d’équivalent CO2 grâce au recyclage, et nous n’en sommes qu’au début !