« Je ne suis pas d’humeur à risquer le nécessaire pour gagner le superflu » pense le jeune officier(1) Hermann, sous la plume d’Alexandre Pouchkine .
Alors que les canicules frappent l’Europe à un rythme suffisant pour convaincre jusqu’à l’extrême droite, l’écologie revient au centre du jeu. Médias, politiques et entreprises n’ont plus qu’un concept à la bouche : adaptation. Le risque de cette soudaine prise de conscience est clair. C’est celui du fumeur qui vient de trouver un remède contre ses douleurs thoraciques. Le confort fait oublier les racines du mal. Le remède apaise à défaut de soigner. Il faudrait être fou pour s’en priver. Il faudrait l’être encore davantage pour s’en satisfaire.
Pragmatiques, nous climatiserons les hôpitaux, les écoles, et finalement les logements. Pragmatiques encore, nous décalerons les examens aux aurores et festivals aux mi-saisons. Mais pragmatiques surtout, dès les premières fraîcheurs venues, nous nous rangerons avec la rigueur des soldats sans imagination derrière les fantasmes d’un siècle qui ne jure que par l’IA, les fusées, et la finance 4.0. Une fois de plus, les écolos passeront pour les rabats joie d’un temps où ceux qui doutent perdent leur place à bord du seul navire, qui coule.
Il est trop tôt pour succomber aux charmes des solutions palliatives. Là serait notre plus grande défaite : rejoindre notre tombe, une clim’ sous le bras, avec pour unique but de chevaucher des rêves qui ne sont pas les nôtres. Saisissons la chance que nous offrent les transformations géo-climatiques à l’œuvre : allier un sursaut d’émancipation régionale au plus grand plan de pérennisation civilisationnel jamais conçu.
Plus qu’un vent froid, c’est un vent de liberté qui doit souffler sur l’Europe. Reprendre les rênes de nos rêves constituera le plus ambitieux programme écologique de tous les temps. Car depuis quelques décennies, rien ne freine plus les transitions que notre désir de suivre les chimères imposées d’un peuple qui désormais nous inquiète davantage qu’il nous fascine. L’innovation, la vraie, sera celle capable de faire progresser une société autrement que par la stimulation du superflu. Le nécessaire deviendrait alors une infrastructure suffisante pour assouvir des désirs infinis. Il suffit d’observer un musicien explorant avec gourmandise le monde des harmonies pour se convaincre de la richesse disponible et inépuisable de ces univers immatériels.
« Renoncer à sa liberté, c’est renoncer à sa qualité d’Homme » (2) écrivait Rousseau il y a quelques siècles. Aujourd’hui se libérer pourrait devenir, plus fondamentalement encore, une condition de la vie.