Face à la pollution massive générée par les piles jetables, une startup française propose une solution inattendue : des piles à base de papier et d’enzymes. En misant sur des matériaux simples, locaux et compostables, BeFC ouvre la voie à une nouvelle génération de solutions énergétiques adaptées aux enjeux de la transition écologique.

Chaque année, près de 15 milliards de piles sont jetées dans le monde. Un chiffre vertigineux, d’autant plus préoccupant que ces objets contiennent des métaux lourds aux effets durables. À elle seule, une pile bouton peut polluer jusqu’à 400 litres d’eau pendant des décennies. Face à cet enjeu encore sous-estimé, BeFC travaille depuis 2019 à repenser la production de l’énergie.

« Faire du corps une pile »

À l’origine du projet, Jules Hammond. Post-doctorant au CNRS, il travaille sur une idée ambitieuse : alimenter des dispositifs médicaux implantables grâce… au corps humain. « L’idée était d’utiliser l’énergie contenue dans le sang, sous forme de sucre et d’oxygène, pour faire du corps une pile », explique-t-il.

Si cette innovation unique au monde ouvre des perspectives prometteuses, notamment pour les pacemakers — aujourd’hui contraints à des remplacements réguliers de batterie —, les délais de mise sur le marché poussent l’équipe à créer BeFC. Une première application émerge alors autour d’un objet du quotidien : le test de grossesse, dont la pile bouton ne sert que quelques minutes. BeFC adapte sa technologie pour créer une pile… en papier, pensée pour des usages simples et courts.

Composée d’encre, de glucose et d’enzymes, cette biopile génère de l’électricité via une réaction chimique. Elle est autonome, sans métaux et compostable. « On a reproduit le fonctionnement du corps humain, mais sur du papier », résume le fondateur de BeFC.

Des applications déjà concrètes

Produites en France, près de Grenoble, ces piles trouvent déjà des applications concrètes. Couplées à des capteurs et à de la mémoire, elles permettent de transmettre des données via NFC ou Bluetooth. Dans le médical, elles ont permis de concevoir des pansements connectés pouvant suivre la cicatrisation sans être retirés, limitant ainsi les risques d’infection. Dans la logistique, elles remplacent les piles classiques dans les capteurs de température ou de traçabilité, notamment pour le transport de vaccins. « Nous travaillons aussi avec un papetier qui voulait tracer ses bobines sans utiliser de piles inflammables », précise Jules Hammond.

Accélérer la transition

Soutenue par des investisseurs comme Demeter, BNP Paribas Développement et Supernova Invest, et après plusieurs levées de fonds, BeFC cherche aujourd’hui à accélérer son développement et à gagner en visibilité, en France comme à l’international. Son ambition : proposer une alternative capable à terme de rivaliser avec les piles traditionnelles avec un impact environnemental proche de zéro.