Depuis quinze ans, la France a multiplié les lois, les plans et les ambitions pour la
transition énergétique. Pourtant, l’élan s’essouffle. Dans un contexte d’inflation, de
crise économique et de tensions sur certaines matières premières, beaucoup
d’acteurs sont revenus aux « basiques » du business, comme s’il était encore
possible de bâtir des modèles durables sans tenir compte du mur climatique.
Ce n’est pas un désintérêt, mais une fatigue. Les dispositifs se succèdent, les
réglementations changent, les aides apparaissent et disparaissent. Les entreprises
passent leur temps à s’adapter au cadre plutôt qu’à construire une stratégie. Et
pendant ce temps, la trajectoire réelle de décarbonation ne s’aligne pas.
La finalité, pourtant, est claire : atteindre la neutralité carbone en 2050. Tout le reste
n’est qu’un moyen pour y parvenir. Or, cette finalité s’est effacée derrière la
mécanique administrative et financière de la transition. Le résultat est une
succession de politiques ponctuelles, d’appels à projets et d’initiatives isolées,
souvent déconnectées les unes des autres.
Une transition hachée, difficile à piloter
Le secteur vit une transition par à-coups. À chaque évolution réglementaire, les
entreprises doivent revoir leurs priorités, reprogrammer leurs investissements,
redéfinir leurs outils de pilotage. Cette instabilité désorganise les filières, crée de la
défiance et éloigne les acteurs du terrain de la vision de long terme.
Chez Alter Watt, nous observons chaque jour des dispositifs installés à la hâte pour «
être conformes » mais mal pensés : des GTB non paramétrées, des rénovations
sans plan de mesure, des audits sans mise en œuvre. Ces projets ne sont pas
inutiles, mais ils passent à côté de l’essentiel : construire une trajectoire cohérente et
durable de décarbonation et gaspillent des CAPEX précieux.
Il est urgent de bien faire
Il y a urgence, mais il est urgent de bien faire. La transition énergétique n’est pas une
série d’actions isolées. Elle exige une stratégie complète, pensée dès aujourd’hui
avec un horizon de 25 ans.
Cela suppose trois changements de posture. D’abord, regarder loin. Les entreprises
doivent bâtir leur feuille de route climat avec une vision à long terme, intégrant les
cycles de vie des équipements et les contraintes d’exploitation.
Ensuite, stabiliser la trajectoire. Les aides et incitations sont utiles, mais elles ne
doivent pas dicter le rythme. Le pilotage par opportunité crée une transition saccadée
et inefficace.
Enfin, mesurer et piloter. On ne décarbone pas à l’intuition. Il faut des données
continues, fiables, pour suivre les consommations, identifier les dérives et prioriser
les actions.
La valeur verte, c’est-à-dire la capacité d’un bâtiment ou d’un site à prendre de la
valeur grâce à ses performances énergétiques, devient un indicateur de
compétitivité. Les entreprises qui anticipent les obligations et structurent leur
stratégie autour de cet objectif créent de la valeur et sécurisent leur modèle
économique.
Retrouver une vision commune
Les acteurs publics doivent garantir un cadre durable et prévisible. Les entreprises,
elles, doivent s’emparer de la décarbonation comme d’un projet de direction, pas
comme d’un simple exercice de conformité.
La transition énergétique ne sera pas la plus rapide. Elle sera la plus solide, la plus
pilotée et la plus crédible. C’est celle-là qui fera la différence.