17 février 2026
Alexis Krycève l’assure, expérience à l’appui : « Même sur un marché jugé nuisible commela communication par l’objet, on peut faire un concentré d’impacts positifs ». Même encontexte adverse pour la transition écologique, le fondateur du cabinet Haatch défend ladurabilité à l’européenne, gage de performance globale. Il fut d’abord défricheur. En 2002, Alexis Krycève est le premier salarié d’Alter Eco querecrute Tristan Lecomte, comme lui issu d’HEC cinq ans plus tôt. « La notoriété ducommerce équitable en France avoisine alors 5 %, les boutiques spécialisées de Parisattirent plus de journalistes que de clients ». Le débutant, « pas rebuté par le business », estmotivé par « la dynamique entrepreneuriale et la volonté d’être utile ». Le stage humanitaireau Népal, où il fabrique des fours en terre cuite économes en combustible et en fuméestoxiques, s’avère plus formateur que celui passé au Royaume-Uni et en Allemagne chezL’Oréal. Lui donnant « envie de bosser et de bouger », ce jalon l’aide à « tracer sa voieprofessionnelle ». Chez Alter Eco, il se voit « monter un projet en partant de zéro,concurrencer Nestlé et consorts et développer l’activité d’agriculteurs qui crèvent de faim ». La marque se réoriente avec succès vers la vente en grande distribution. S’ensuivent « sixannées intenses dans une équipe de 25 ans de moyenne d’âge, drivée par la lutte contrel’injustice et l’utopie de changer les règles du commerce mondial ». En 2008, Wessanen(devenu Ecotone) rachète l’entité. Les produits phares perdurent, « pas la confiture d’umbudes paysans du Sertao ». Cap sur l’agroforesterie communautaire, d’abord pour compenserles émissions carbonées d’Alter Eco, puis au sein de Haatch, cabinet de conseil en RSEqu’Alexis fonde en 2009. En parallèle à dix ans d’entreprenariat social : Gifts for change,créée en 2014, finance des associations par la vente d’objets de communicationécoresponsables, que fabriquent des travailleurs handicapés. Le quadra prône désormais la stabilité. Face à « l’offensive idéologique » contre la RSE, ilcampe une « posture de résistance ». L’Europe « ne saurait se battre avec les armes de laChine ou des Etats-Unis : la course au moindre coût, à l’IA et au business désincarné estperdue d’avance », pose le président du collectif We are Europe, né début 2025. Et dontl’étude parue en juin (1 060 répondants) éclaire le débat sur le projet de directive Omnibus :seuls 25 % des dirigeants et cadres européens appuient cet allègement du Pacte vert, 61 %soutiennent la directive sur le reporting extra financier (Corporate Sustainability ReportingDirective, CSRD) et 84 % les objectifs de durabilité de l’Union. Preuve de cet attachement :depuis début 2025, 45 % des rapports CSRD émanent de structures qui n’y sont pasréglementairement tenues. « On est des millions à ne pas vouloir d’un monde dérégulé de cowboys », affirme le père dedeux ados. « Opposer compétitivité et durabilité, au nom du “business first”, est un non-sens: investisseurs, clients, société civile veulent que l’entreprise anticipe les risques, réduise sesvulnérabilités et externalités négatives. Sans accès sécurisé à l’eau, pas de data center. Dufait du réchauffement, l’agroalimentaire européen compte les jours où il ne peut se sourceren carottes. Des enjeux 100 % business. »