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23 décembre 2024

Vers la fin des deux-roues électriques ?

Le décret du 29 novembre dernier a mis fin aux aides consacrées aux deux-roues (et trois roues) électriques. Un mauvais coup pour le marché des motos et scooters électriques, déjà en difficulté. Certes, le gouvernement a besoin de faire des économies. Mais sacrifier les marchés d’avenir, est-ce la bonne méthode pour préparer les excédents de demain ? Car le scooter électrique présente des avantages indéniables : avec une empreinte surfacique 5 fois inférieure à la voiture et une consommation énergétique par kilomètre parcouru 4 fois inférieure à une voiture électrique, ce mode de transport constitue une alternative sérieuse et pérenne au remplacement de la voiture pour les déplacements domicile-travail. De plus, une filière complète s’était mise en place, avec des investissements dans les équipements, les savoir-faire. Pink Mobility, une entreprise spécialisée dans les deux-roues électriques, et qui en 9 ans a fabriqué près de 7000 véhicules, leader sur ce marché, tire la sonnette d’alarme. Elle avait commencé à relocaliser la production de ses véhicules, mais seul un volume des ventes conséquent, et sur longue durée, permettrait d’élargir cette relocalisation à l’ensemble de la chaîne de fabrication. La décision législative est largement contre-productive. Pink Mobility a misé sur une mobilité légère en 2016. A l’époque, le marché des scooters électriques en France n’était que de 1 800 unités, contre 250 000 véhicules thermiques. À quand une vision industrielle française ? Un pays comme la France doit prendre le temps de la réflexion avant de balayer des mesures positives qui soutiennent une véritable politique industrielle de long terme « La décision abrupte du gouvernement témoigne d’une vision court-termiste et d’une méconnaissance des enjeux de la mobilité verte. En matière législative, l’incessant « STOP AND GO » décourage investisseurs et entrepreneurs, favorise la délocalisation, augmente la pollution par la croissance exponentielle du trafic maritime. Avec tous les acteurs qui s’engagent pour une industrialisation verte et souveraine, Pink Mobility se tient à la disposition des décideurs pour élaborer le plan ambitieux de réindustrialisation dont la France a besoin » propose Ghislain Lestienne, Président de Pink Mobility.


19 décembre 2024

L’architecture au service de la transition des villes

Polluées, grandes consommatrices de ressources énergétiques, concentrant, à l’horizon 2050, deux tiers de la population mondiale… La ville contribue massivement au réchauffement climatique. Le point de rupture est atteint, qui nécessite une réinvention radicale de notre modèle de civilisation, un changement de paradigme. Multiples défis Les défis que doivent affronter les villes sont nombreux : comment venir en aide aux réfugiés de guerre et aux migrants climatiques ? Comment garantir leur résilience alimentaire ? Comment rénover le patrimoine existant ? Comment renaturer les quartiers d’habitation ? Comment décarboner les mobilités ? C’est à ces questions que répondent les architectes du mouvement émergent et novateur Solarpunk. Porteurs d’une vision écologique, durable et solidaire de la ville, animés par l’espoir de réconcilier la construction et le vivant, la technologie et l’environnement, l’individu et le climat, ils œuvrent à la conjonction du biomimétisme, du numérique, de l’économie circulaire régénérative et des énergies renouvelables. On retrouvera 35 de ses projets dans le livre VILLES 2050, de l’architecte Vincent Caillebaut. 10 actions d’architectures climatiques pour un futur désirablepar Vincent CALLEBAUT & Arnaud PAGÈSEN LIBRAIRIE LE 31 octobre – 204 pages – 29,90 € – ISBN : 978-2-416-01621-9


16 décembre 2024

Energaïa 2024 : le seul événement professionnel dédié à toutes les énergies renouvelables

La 18e édition du Forum EnerGaïa, qui s’est déroulée la semaine dernière à Montpellier, a tenu toutes ses promesses.Défi climatique, transition énergétique… les filières de l’énergie vivent une révolution.Plus que jamais, la sobriété énergétique et l’innovation sont au cœur de la trajectoire à suivre pour une gestion optimisée et responsable de l’énergie.En phase avec ces enjeux, le Forum EnerGaïa a pleinement joué son rôle de facilitateur et de carrefour business pour toute la chaîne de valeur des filières des énergies renouvelables : production, distribution, installation, services… Toutes les solutions et technologies sont là pour permettre aux développeurs et aux décideurs, publics et privés, de trouver des réponses concrètes et transversales pour le déploiement de leurs projets.Parce que l’innovation est le moteur du changement et apporte des réponses aux grands enjeux climatiques, le Forum a aussi innové, en lançant les Trophées de l’innovation. Les 11 entreprises nominées sont les suivantes : Catégorie Prix InternationalPotentiel de développement international et exportabilité. – CITEL avec la nouvelle génération de sa gamme de parafoudres DPVN spécialement conçue pour protéger les installations photovoltaïques et respectant les normes internationales les plus strictes, ce qui assure au procédé une reconnaissance sur tous les marchés mondiaux. – FHE pour la technologie Inelio®, pile thermique compatible avec toutes les sources d’EnR, qui stocke l’énergie produite pour une utilisation ultérieure en chauffage, en production d’eau chaude sanitaire et de froid, adaptée aux régions à climat chaud comme l’Afrique. Catégorie Prix DéployabilitéFacilité et rapidité de mise en œuvre des solutions innovantes. – FEEDGY pour ses modules agrivoltaïques qui intègrent une technologie photonique permettant de partager la lumière entre les cellules solaires pour la production d’électricité et les cultures agricoles elles-mêmes. – KLAAS ALL ROAD avec la grue sur remorque K350E, la seule grue 100% électrique disponible sur le marché aux performances élevées. Polyvalente, d’utilisation extrêmement simple, elle est très rapide à mettre en place. – SWEEN PILOTIC présente son émetteur radio Linky sans Wifi ni configuration, qui garantit un accès en temps réels et sécurisé aux données énergétiques, offrant ainsi aux acteurs du marché et à leurs utilisateurs une solution pour mieux gérer, piloter et valoriser ces données. Catégorie Prix EcosystèmeCollaboration avec des acteurs locaux et approche innovante. – EPC SOLAIRE a développé iNovaR, basée sur l’expérience de 3 industriels, une solution de fixation de panneaux solaires innovante pour la rénovation des toitures terrasses des grands bâtiments. – SERENYSUN pour Notre énergie La Soie, la plus grande communauté d’énergie renouvelable de la métropole lyonnaise permettant à des professionnels et particuliers de bénéficier d’une énergie verte locale à un tarif maîtrisé, sans installation ni investissement. – VOLTALIA pour le démonstrateur agrivoltaïque bovin en Haute-Savoie visant à étudier les interactions entre infrastructures solaires et élevage bovin, en mettant l’accent sur le bien-être animal et la production agricole durable. Catégorie Prix CircularitéÉconomies de ressources, recyclage et réemploi. – DMEGC SOLAR pour Infinity RT doté de technologie LRF : film réflectif innovant pour les modules photovoltaïques. Il renforce la durabilité des panneaux solaires tout en améliorant leur performance et leur esthétique. – SPARQ innove avec Ligna, un supercondensateur compact à partir des matériaux biosourcés, ultra-mince et alimenté par énergie solaire : une alternative durable aux piles pour alimenter la multitude d’objets connectés de demain. – THEVEN ENERGY avec Ecologène®, générateurs solaires autonomes et silencieux, utilisant des batteries recyclées, pour fournir de l’énergie propre aux particuliers et entreprises, notamment dans les zones hors réseau


12 décembre 2024

Le palmarès des Trophées Défis RSE 2024 

La 13e édition des Trophées Défis RSE, dont Décisions durables est partenaire, s’est déroulée le 5 décembre dernier, au ministère de la Transition écologique, de l’Énergie, du Climat, sous la présidence d’honneur de Marlène Schiappa, ancienne Ministre et Présidente de l’ONG ACTIVES. Étaient également présentes Dominique Vérien, Présidente de la Délégation droits des femmes du Sénat et sénatrice de l’Yonne, Heïdi Sevestre, Glaciologue, Conseil de l’Arctique, Sophie AUBERT Directrice de la Direction des Entreprises et Transitions Industrielles à l’ADEME. Depuis 13 ans, à l’initiative de Nora Barsali, fondatrice des Trophées Défis RSE et Impact4thePlanet, News RSE se mobilise pour promouvoir la RSE et les organisations à impact qui développent des bonnes pratiques et des solutions innovantes pour répondre à des enjeux sociétaux et environnementaux. Les Trophées Défis RSE 2024 ont été remis à 12 organisations lauréates, et les Trophées Défi Carbone à 2 grandes entreprises lauréates.Ces trophées récompensent des démarches RSE innovantes dans les catégories : Environnement, Capital Humain, Inclusion Sociétale, Santé, ESS, Association et Start-up. De plus, pour la première fois, fut remis le Trophée Dirigeante à Impact à une femme entrepreneuse. Le palmarès fait suite aux 63 candidatures nominées aux Trophées Défis RSE 2024 avec un renforcement de dossiers sur les enjeux sociétaux et d’innovation, Le Palmarès 2024 est remis dans les catégories suivante à : 🏆Environnement :• TPE/PME : OODRIVE• Grandes Entreprises/ETI : COLAS SA 🏆Inclusion Sociétale• TPE/PME : MUTUALIA GRAND OUEST• Grandes Entreprises/ETI : B&B HOTELS 🏆Capital Humain/RH• TPE/PME : INFOTRAFIC• Grandes Entreprises/ETI : CAP INGELEC 🏆Santé• LABORATOIRE PURESSENTIEL 🏆Économie sociale et solidaire• GEODEAL 🏆Associations• GROUPE ORNITHOLOGIQUE DES DEUX SÈVRES 🏆Start-ups• PHÉNIX EN PROVENCE 🏆Trophée Coup de coeur du Jury• MY S LIFE 🏆Trophée Dirigeante à Impact• OPACK La cérémonie a été l’occasion de remettre les Trophées Défi Carbone®, initiés par NEWS RSE et l’ADEME, basés sur le calculateur Nos GEStes Climat, première étape afin de mobiliser les entreprises pour encourager leurs salariés à faire leur bilan carbone individuel et identifier les leviers pour réduire leur empreinte et relever le défi carbone. 🏆 Trophées Défi Carbone®• LA MAISON BLEUE• BNP PARIBAS REAL ESTATE Nora Barsali se félicite d’ « un élan entrepreneurial féminin qui ne se dément pas, avec une participation grandissante des organisations dirigées par des femmes avec 17 organisations candidates dans une ou deux catégories. Contact pour candidater aux Défis RSE 2025 : candidature@newsrse.fr


09 décembre 2024

L’immobilier d’entreprise tient son salon jusqu’au 12 décembre

Le SIMi est l’événement incontournable de l’immobilier d’entreprise. L’édition 2024 annonce une programmation renouvelée qui met en lumière les enjeux cruciaux de l’immobilier contemporain, autour de quatre grands thèmes. • 1. Climat et environnementL’urgence climatique et les nouvelles régulations imposent une décarbonation accélérée des bâtiments. Les conférences exploreront les stratégies pour réduire l’empreinte carbone, s’adapter aux normes en vigueur et innover en matière de durabilité énergétique. • 2. Intensité des usagesL’évolution des besoins et des usages au sein des espaces immobiliers appelle à une redéfinition de l’utilisation des lieux. Les tendances sont à la flexibilité et à la mixité d’usages. • 3. Ressources & biodiversitéUne prise de conscience croissante en faveur de la protection des ressources et de la biodiversité redéfinit le développement durable. Les experts proposeront une approche holistique, intégrant des pratiques novatrices pour respecter et préserver la biodiversité au cœur des projets immobiliers. • 4. FinancementLes modèles de financement traditionnels sont mis à l’épreuve par un contexte économique en pleine mutation. Le SIMI 2024 explorera des approches financières alternatives, abordant les stratégies pour garantir la viabilité des investissements à travers ce nouveau paradigme. Informations pratiques • du 10 au 12 décembre• Au palais des Congrès de Paris Pour s’inscrire c’est ici


05 décembre 2024

Sobriété, notre alliée

La sobriété a souvent été assimilée à la décroissance, synonyme de contraintes et de restrictions. Pourtant, la guerre en Ukraine a tout remis à plat. Nous savons désormais que notre dépendance aux énergies fossiles est lourde de menaces sur notre mode de vie. Et le nucléaire, présentée comme alternative énergétique, se révèle surtout être une autre menace, plus effroyable encore, car dans les mains d’un dictateur au projet délirant, non seulement pour notre mode de vie, mais pour notre existence même.      Les nouvelles technologies, en particulier celles liées aux énergies renouvelables, décentralisées, locales, proposent une alternative pour nous défaire de cette dépendance mortifère. Mais la sobriété est l’autre jambe sur laquelle notre civilisation doit s’appuyer pour continuer sa marche. Le livre de Stéphane Signoret redonne ses lettres de noblesse à ce terme de sobriété, en montre la longue histoire et la permanence, sur tous les continents. Depuis Héraclite et Confucius, jusqu’à Edgar Morin et Timothée Parrique. Aujourd’hui, cette idée est reprise avec succès, y compris par les lycéens, sur de petits panneaux en carton brandis lors des manifestations.Stéphane Signoret, journaliste scientifique, membre de l’association Negawatt, et qui a été contributeur pour notre magazine, connaît son sujet. Il dresse un état des lieux complet des problématiques, mais surtout propose des solutions que l’on peut mettre en place facilement. Avec à la clé une nouvelle idée du bonheur. Sobriété, notre alliée : Dire non à la démesureStéphane Signoret – Editions L’Harmattan – 256 pages – 26 €


02 décembre 2024

Impact Paris summit : ouverture ce mardi 3 décembre

Le Future of Impact Forum met en avant les défis et solutions liés à la transition écologique et à un avenir durable. À travers un cycle de conférences réunissant des dirigeants, industriels, représentants institutionnels, leaders politiques et innovateurs, ce rendez-vous devenu incontournable favorise les échanges et la mise en place de solutions innovantes pour une transition durable au sein des grandes entreprises, ETI et PME.  Un programme au cœur de l’actualité des entreprises La programmation de cette session est riche et variée. Voici quelques conférences ; • Réussir sa triple accélération : data et IA, organisation, impact • 4 piliers d’actions pour un numérique responsable chez un géant de la Tech • Construire ensemble la transition environnementale : l’importance des coalitions (sujet que nous avons traité dans notre magazine Décisions durables n° 60). Avec Olivier Larose (Coca-Cola Europacific Partners) • Anticiper sa stratégie Net Zero en sécurisant des Crédits Carbone NBS de haute qualité • Le rôle de l’industrie dans la trajectoire bas carbone : défis et leviers d’action (avec l’intervention de Cécile Texier, Chief Sustainability Officer d’Equans) • Des fournisseurs aux clients, impliquer l’ensemble des parties prenantes dans sa stratégie de durabilité • Formation – une approche systémique pour transformer nos activités en profondeur • De la DPEF à la CSRD : se doter d’un outil pour un passage à l’échelle réussi • Renforcer l’évaluation des risques climatiques : Partenariat South Pole x CLIMADA Technologies • Les récits transformatifs : 5 propositions pour agir • Du risque à l’opportunité : l’adaptation des modèles face aux risques climatiques •  Mettre le collaborateur au cœur du processus de transformation • Data et IA au Service de la Durabilité : Découvrez des applications concrètes pour transformer votre entreprise • Transformer son entreprise pour la rendre conquérante face aux grands défis (biodiversité, climat, attractivité, compétitivité…). Avec Philippe Kunter, Directeur du Développement Durable et de la RSE de Bpifrance. • Le Prix de l’Environnement : solutions locales, impact global • Comment une entreprise de la Tech peut générer une contribution sociétale ? • De la théorie à la pratique, la Triple Accélération au cœur des entreprises • Décarbonation et Scope 4 dans le domaine des protections solaires • Vers un monde bas carbone : retour d’expérience pour atteindre les objectifs SBTi • Transition et banques : le rôle central de la relation client (avec Julia Sonier, Experte ESG, Arkéa Banque Entreprises & Institutionnels) • De la théorie à la pratique, formation et Triple Accélération au coeur des entreprises • Palmarès des HUB35 « Impact » : Zoom sur une sélection de talents de moins de 35 ans qui portent des projets à impact au sein de leur entreprise Pour s’inscrire, c’est ici.


28 novembre 2024

Le World Forum for a Responsible Economy : À contretemps

La 18e édition du World Forum for a Responsible Economy s’est tenue les 26 et 27 novembre à Marcq-en-Baroeul, près de Lille. Elle avait pour fil rouge : « Et si le contretemps n’était pas une réponse, mais LA réponse ? » Il s’agit de reprendre la main sur le temps, le temps court, le temps long, le temps de la réflexion, du développement ou de l’accélération de son projet. Mais aussi oser et affirmer sa différence, reculer pour mieux innover, s’adapter pour cultiver l’excellence. C’est bien à chacun d’entre nous de reprendre la main sur le temps, et d’en faire ce dont nous en avons décidé.  Un programme inspirant De l’inspiration : face-à-face inspirants avec de grands témoins, retours d’expériences de coopérations réussies, témoignages concrets d’acteurs qui « font » au quotidien : inspirez-vous de celles et ceux qui s’engagent pour transformer notre société ! Des collaborations : sessions de réflexion collective, grands débats pour créer de nouvelles synergies et temps de discussions sur les enjeux d’aujourd’hui et de demain : accélérons collectivement le passage à l’action ! Des rencontres : déjeuners networking, stands de découverte de solutions à impact et temps dédiés à la rencontre, à l’échange et au réseautage : développez des opportunités de business ! Cette année a également été marquée par les 30 ans des Trophées de l’Économie Responsable, qui récompensent celles et ceux qui, quotidiennement allient performance environnementale, sociale et économique. Depuis 18 ans, c’est plus de 80 000 personnes qui ont assisté aux sessions de World Forum for a responsible economy. Nous attendons avec impatience la prochaine édition.

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Sarah El Haïry, Haute commissaire à l'Enfance

20 juillet 2026

Sarah El Haïry : “Faire de la transition écologique une opportunité de protection des enfants”

Haute-commissaire à l’Enfance depuis mars 2025, passée par les secrétariats d’État à la Jeunesse et à la Biodiversité, Sarah El Haïry souhaite que les enjeux de la transition soient l’occasion d’intégrer davantage la protection de l’enfance dans les politiques publiques. Deux avancées qui, selon elle, doivent aller de pair. Entretien. Propos recueillis par Réjane d’Espirac Quelles sont les missions du Haut-commissariat à l’Enfance ? La création du Haut-commissariat à l’Enfance a été annoncée le 28 décembre 2024 en réponse à une urgence : celle de protéger les plus jeunes de la précarité, de la violence et de l’isolement. La convention internationale des droits de l’enfant, adoptée le 20 novembre 1989 par les Nations-Unies, dit qu’un enfant a le droit de jouer et de grandir en sécurité. En France aujourd’hui, un enfant sur cinq est en situation de pauvreté. Au 31 décembre 2023, plus de 220000 enfants étaient pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance. Cette précarité affecte l’accès à l’éducation, à la santé, aux loisirs, à la culture, au logement et à la mobilité. Notre première mission est de renforcer leur protection face à toutes les violences dont ils font l’objet. Nous intervenons aussi en matière de santé, d’accueil et d’accompagnement à la parentalité. L’un de mes chantiers est de développer une véritable culture de la prévention, permettant de réduire les risques au maximum, mais aussi de changer l’orientation de nos politiques publiques, encore trop axées sur le curatif. L’enfance n’est pas pensée, pour l’instant, de manière transversale et pluridisciplinaire. On envisage l’enfant sous le prisme de la santé, ou de l’éducation, ou de la justice… Je souhaite briser ces silos, afin de remettre l’enfant au centre. Pour cela, nous organisons la concertation entre des acteurs aux logiques parfois divergentes – institutions, entreprises, associations, services sociaux… – afin de parvenir à créer des coalitions. Comment intégrez-vous dans ces missions les enjeux de la transition ? L’important à mon sens est d’inclure l’enfant dans toutes les politiques de transition. Qu’il s’agisse d’aménagement urbain, de mobilité ou d’alimentation, il faut faire des nécessaires évolutions de ces secteurs une opportunité pour protéger les enfants. La transition écologique, comme la protection de l’enfance, doivent devenir des préoccupations centrales et transversales. Ce ne sont plus des sujets annexes. Leur prise en compte doit imprégner toutes nos décisions. C’est un changement de paradigme. Les enfants sont les premiers touchés par les questions de santé environnementale. Ce sont les plus vulnérables face à la pollution de l’air et à l’exposition à certaines substances toxiques. Comme ils sont les plus exposés, il faut penser l’ensemble des projets de transition à hauteur d’enfants. Nous avons envers eux une responsabilité de protection et d’accompagnement. C’est un combat commun : pour les enjeux que nous avons à porter, j’ai autant besoin de l’élu en charge de l’urbanisme que de celui qui s’occupe de la petite enfance. Vous avez des exemples ? Prenons la pollution lumineuse, très nuisible à la biodiversité. Les projets de smart cities intègrent la mise en place de capteurs de mouvement et de luminosité, afin d’adapter l’intensité lumineuse aux besoins. À ce dispositif, il faut inclure des capteurs à hauteur d’un enfant d’un mètre vingt – qui seront également utiles pour les personnes en fauteuil roulant. Idem pour les feux tricolores, que l’on peut équiper de détecteurs identifiant la présence d’enfants, afin d’allonger la durée des feux pour leur permettre de traverser à leur rythme en toute sécurité. Je ne suis pas techno-solutionniste, mais je me dis que l’on peut profiter de certaines opportunités pour adapter la ville aux enfants. Selon une étude récente de l’Ademe, l’agence de la transition écologique, les enfants d’aujourd’hui vont à l’école tout seuls à partir de 11 ans, soit un an plus tard que la génération de leurs parents, à cause des dangers perçus. Il faut rendre la ville plus sûre. L’Irlande, par exemple, a mis en place des pistes cyclables dédiées aux plus jeunes, interdites aux vélos électriques qui filent à toute allure ! Ne pas adapter la ville à leurs besoins, c’est prendre le risque de les cantonner encore plus dans leur chambre, où le monde virtuel et donc les réseaux sociaux les maintiennent déjà beaucoup. Un espace public où les enfants ne sont pas les bienvenus, c’est une discrimination. Quel est le niveau d’éco-anxiété chez les jeunes ? Il existe plusieurs niveaux. Selon un autre rapport publié par l’Ademe en 2025, 15% des Français sont “moyennement touchés” par l’éco-anxiété et 5% “très fortement touchés”. Les jeunes sont plus éco-anxieux que leurs aînés. Si l’éco-anxiété affecte 22% des 50-64 ans et 31% des 35-49 ans, elle concerne 33% des 15-24 ans et 39% des 25-34 ans. Ces deux classes d’âge sont aussi les plus exposées en termes de santé mentale : 8 à 10% des 15-34 ans s’avèrent “très fortement éco-anxieux”. Globalement, on distingue différents profils : les éco-indifférents, les éco-détachés, les éco-soucieux, les éco-préoccupés, les éco-alarmés, les éco-effrayés et les éco-terrifiés. L’étude montre aussi que les filles sont plus éco-anxieuses que les garçons. Comment répondre à cette éco-anxiété ? D’abord, il ne faut pas hésiter à l’exprimer auprès d’un professionnel de santé et à se faire accompagner. L’éco-anxiété est admise désormais comme un fait psycho-social ; ce n’est pas une lubie. Ensuite, il faut promouvoir l’action ; chaque éco-engagement agit comme un régulateur. Notre rôle est d’aider à systématiser des occasions de faire, dès le plus jeune âge. Aujourd’hui par exemple, nous accompagnons la création de potagers dans des crèches, car nous savons que plus l’enfant est au contact de la nature, plus il prend conscience de sa relation avec elle, plus il se sent acteur, plus cela nourrit sa santé physique et mentale. En tant que ministre j’ai également pu porter la présence d’éco-délégués dans les collèges et les lycées, ainsi que les services civiques écologiques qui permettent aux 16-25 ans de s’engager pour plusieurs mois dans une mission environnementale indemnisée. Ce sont des opportunités d’action. Comment l’école s’adapte-t-elle structurellement aux enjeux de la transition ? La désimperméabilisation de certaines cours d’école a permis de réintroduire des îlots de fraîcheur. S’il s’agissait d’abord d’assurer le bien-être des enfants, en anticipation des pics de chaleur induits par le réchauffement climatique, ces initiatives ont aussi permis d’améliorer le cycle de l’eau et de réintroduire de la biodiversité à l’intérieur de territoires qui avaient été complètement bétonnés. À Barcelone, où les établissements scolaires se sont déjà beaucoup adaptés aux enjeux de la transition, ils sont en train de transformer les écoles, afin d’offrir aux enfants des lieux de socialisation, dotés d’une bonne qualité d’air. Ces projets permettent de faire converger les nécessités sociales et écologiques. Qu’en est-il de l’accès à une alimentation durable ? C’est aussi un enjeu fort, tant sur le plan social qu’écologique. Les repas en temps collectif sont une opportunité. D’abord, ils répondent à des précarités. Le déjeuner à la cantine est pour certains enfants le seul repas où ils peuvent, par exemple, manger des fruits frais et de saison. Des études montrent que la qualité des repas pris à la maison se dégradent également par l’omniprésence des écrans et la dégradation des liens familiaux : beaucoup d’enfants mangent seuls ou devant un écran. C’est délétère. Sur le plan écologique, la mise en œuvre des lois Égalim et l’obligation d’introduire des produits biologiques et locaux dans les cantines permettent d’améliorer la qualité nutritionnelle des repas. Nous sommes en train d’organiser une action avec des chefs étoilés dans les écoles, dans un objectif d’apprentissage des produits et des bons réflexes alimentaires. Quelle est la place de l’éducation à l’environnement dans les programmes scolaires ? À mon sens, il ne faut plus en faire un thème séparé. L’éducation à l’environnement, c’est l’éducation à l’avenir. Cela devrait davantage apparaître en filigrane dans tous les apprentissages. Adapter les pédagogies, prendre acte des transitions, comprendre les trajectoires en termes de climat, de pression sur la biodiversité et d’accès aux ressources, donner les moyens de devenir des acteurs de l’adaptation : dès la maternelle, on peut sensibiliser les enfants à la préservation de l’eau, au tri, à la saisonnalité… Il faut leur faire côtoyer et aimer la nature dès le plus jeune âge, même s’ils vivent dans des environnements urbains, par exemple par des visites très régulières en forêt ou dans des fermes pédagogiques. Ces actions ne doivent plus être des expérimentations isolées. Elles doivent se généraliser. La virtualité omniprésente dans la vie des enfants et des adolescents ne nuit-elle pas à leur intérêt pour ce qui les entoure ? La place des écrans est un sujet important, face auquel nous ne pouvons pas laisser les parents seuls. La vitesse avec laquelle l’intelligence artificielle s’intègre dans nos vies est très rapide et très brutale. 70% des parents se disent dépassés. Il faut les aider à estimer la place que prend ce monde virtuel dans le quotidien de leurs enfants, à identifier ses conséquences sur leur santé mentale et somatique, et à s’en ressaisir. Il convient par exemple d’expliquer ce qu’est une bulle algorithmique et de souligner ses biais, pour développer l’esprit critique. Un autre enjeu est de travailler avec les grands opérateurs numériques et les associations pour assurer la protection des jeunes dans ces espaces. Qu’ils ne tombent pas sur un contenu pornographique au détour d’une plateforme de jeu, par exemple. On estime que la majorité des collégiens et des lycéens ont déjà été exposés à des images pornographiques sans le désirer. D’ores et déjà, nous avons obtenu légalement l’interdiction des sites qui ne contrôlent pas de façon effective l’âge de leurs visiteurs. Comment travaillez-vous avec le monde de l’entreprise ? Qu’attendez-vous de lui ? J’attends d’abord des entreprises qu’elles accompagnent leurs collaborateurs sur la question de la parentalité. J’ai besoin qu’elles prennent conscience de la charge mentale des parents qu’elles emploient, des difficultés qu’ils rencontrent et du temps dont ils ont besoin pour leur vie de famille. C’est un travail que nous menons avec l’Association nationale des DRH, très engagée sur les questions sociétales. La création d’un nouveau congé de naissance, permettant aux parents de prendre jusqu’à deux mois supplémentaires chacun pour accueillir leur enfant, vient d’être approuvée par la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale. On peut aussi aller plus loin sur les parcours PMA, les enfants malades, la santé mentale au sein de la famille, le droit à la déconnexion… D’autre part, j’attends des entreprises qu’elles veillent au respect des enfants dans le choix de leurs fournisseurs, tout au long de leur chaîne de valeur. Il est intolérable en 2025 de collaborer avec des entreprises qui exploitent les enfants. Pensez-vous qu’une nouvelle culture est en train de s’installer ? ll n’y a aucun fatalisme ; les lignes bougent, mais il faut encore rendre le sujet populaire. Il faut ouvrir les imaginaires, créer de la proximité, nourrir une sensibilité. À mon niveau, je suis un catalyseur de coalitions. Si je ne crée pas de coalitions, je ne crée pas de changement ni de transition. À partir du moment où les gens s’engagent et voient le résultat concret de leur action, cela crée une confiance sur la capacité d’agir et initie un cercle vertueux. Mon rôle est de donner des clés, monter des ateliers, fédérer des acteurs, lever certaines barrières. Quand je demande à la Fédération française du jouet d’imaginer des jouets à même de faire évoluer les comportements, notamment contre les violences faites aux enfants, je participe à briser un silence ou un impensé. Étonnamment, quand je dis : “J’ai besoin de vous, je n’ai pas votre savoir-faire, mais j’ai des leviers qui pourront rendre votre action plus forte et plus utile”, je suis entendue. Vous organisez tous les mois des projections de films… Certains sujets, lorsqu’ils sont traités sont un angle sensible, ne peuvent pas laisser indifférents. Ainsi, la culture participe-t-elle à accompagner des compréhensions sur des sujets parfois complexes. Nous avons par exemple organisé une projection de la série anglaise Adolescence – dont des extraits sont diffusés à la demande de l’Éducation nationale dans certains collèges, comme cela a été le cas au Royaume-Uni. Les deux-tiers de la salle ne l’avait pas vue. Nous avons également diffusé le documentaire Les écrans rois. Ces projections sont suivies d’une discussion puis, quelques jours plus tard, pour ceux qui ont envie d’aller plus loin, d’une demi-journée de tables rondes avec des experts, qui permettent de revenir sur les constats puis d’envisager des solutions. Les gens en sortent généralement avec une volonté, ou du moins une capacité de faire. Cela change totalement ma relation avec les acteurs avec qui je travaille. Les initiatives prises par les jeunes eux-mêmes sont-elles utiles et entendues ? L’engagement des jeunes en faveur de la transition écologique est une formidable école de citoyenneté. À Brest, une association de collégiens a nettoyé les plages de leurs plastiques, puis en a fait un événement à la mairie. Dans une autre commune, des éco-délégués ont fait bannir les distributeurs de boissons de leur établissement scolaire, afin de les remplacer par des gourdes et des fontaines à eau. Les jeunes peuvent être très novateurs – les nouvelles formes de réseaux sociaux autour de l’entraide ou de la seconde main, comme Allo Voisins viennent d’eux. L’enjeu de la transition, au-delà de la question des ressources, c’est de soutenir une façon de vivre plus douce et plus respectueuse. Pour l’instant en France, il existe 2000 conseils municipaux des jeunes. Cela représente seulement 6% des communes. L’association qui les fédère, l’ANACEJ, a publié récemment une étude qui montre la diversité des actions mises en œuvre, de la simple discussion à la consultation des jeunes sur des sujets qui les concernent. Il existe des conseils d’usagers et des comités d’experts dans pratiquement tous les domaines, alors pourquoi ne pas impliquer les enfants dans la manière dont on construit leur monde ? Cela peut paraître symbolique mais demain, les horaires dans les abribus seront peut-être affichés non seulement à hauteur d’adulte, mais aussi à hauteur d’enfant… Pour les rendre encore plus acteurs, il faut soutenir leur visibilité dans les instances, leur rendre les chemins de décision compréhensibles, et adapter nos supports et nos discours.   Vers une clause d’impact jeunesse ? La clause d’impact jeunesse est un mécanisme d’évaluation systématique visant à mesurer l’impact d’une décision politique, d’une loi ou d’un budget sur les jeunes générations – souvent les moins de 30 ans. Cette clause peut porter sur l’emploi et la formation, le logement, la santé mentale, le climat, la participation citoyenne… En France, cette clause n’existe pas encore, mais l’idée progresse. Certains pays européens ont déjà fait un pas en ce sens : en Autriche, depuis 2013, toute loi doit être évaluée selon son impact sur les jeunes ; l’Allemagne expérimente la même chose depuis 2017 ; et la Finlande intègre les jeunes dans ses évaluations d’impact intergénérationnel, notamment sur les politiques climatiques. Ces exemples nourrissent la réflexion au sein de la Commission européenne et du Conseil de l’Europe.   Le réseau “Ville amie des enfants” Metz, Nantes, Marseille, Puteaux, Bailleul… 300 villes en France font partie du réseau “Ville amie des enfants”. Portée par l’Unicef et ses comités locaux, lancée en France en 2002 en partenariat avec l’Association des maires de France, cette initiative vise à promouvoir et à garantir les droits des enfants et des jeunes à l’échelle locale. Chaque ville labellisée s’engage à intégrer leurs besoins et leurs voix dans ses politiques territoriales, en termes notamment de bien-être, de lutte contre les discriminations, d’éducation, de participation aux décisions qui les concernent et de sensibilisation à leurs droits. www.villeamiedesenfants.fr   Sarah El Haïry en 6 dates clés 1989 Naissance à Romorantin (Loir-et-Cher) 2017 Première mandat de députée en Loire-Atlantique 2020 Nommée secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et du Service national universel 2023 Nommée secrétaire d’État chargée de la Biodiversité 2024 Nommée ministre déléguée chargée de l’Enfance, de la Jeunesse et des Familles 2025 Nommée Haute-commissaire à l’Enfance  

Holicare déploie des outils au service de la santé mentale

07 septembre 2026

Holicare : Une plateforme pour la santé mentale

Face aux enjeux de la santé mentale au travail, Holicare déploie des outils simples, validés cliniquement, de détection et d’accompagnement. Et ça fonctionne. Par Réjane d’Espirac Quand une associée de Stéphane Cremades fait un burn-out en 2018, le multi-entrepreneur réalise qu’il n’a pas de dispositif de soutien. La santé mentale est en train de devenir un enjeu structurel et sociétal ; il réunit un comité scientifique composé d’un directeur médical, d’une psychiatre, d’une psychologue, d’un chercheur et d’un spécialiste des pathologies professionnelles. Objectif : créer un outil d’évaluation de la santé mentale fondé sur des données scientifiques, facile à déployer au sein des organisations, puis protocoliser des parcours de soins efficaces, gratuits et confidentiels pour les salariés intéressés. Holicare naît en 2021. L’entreprise de l’économie sociale et solidaire compte aujourd’hui 23 collaborateurs. Son test digital de 7 minutes, validé cliniquement, a été passé par 29000 personnes. 1000 ont suivi un parcours de soins personnalisé de 3 à 9 mois, coordonné par une infirmière avec une psychologue, un coach en activité physique, une diététicienne, une assistante sociale et des approches psycho-corporelles. “Chez nos clients, environ 50% des employés passent le test, note Stéphane Cremades. Nos parcours permettent la disparition à 91% de tout symptôme anxio-dépressif.” Après s’être déployé dans le médico-social, Holicare a convaincu des PME, des collectivités territoriales, des groupes comme Fnac Darty, ainsi que des associations d’aidants ou d’étudiants.

03 février 2026

Brune Poirson : « La transition écologique est une question de méthode ! »

Ancienne secrétaire d’État à la transition écologique de 2017 à 2020, directrice du développement durable pour le groupe Accor de 2021 à 2025, la quadragénaire a navigué entre le privé et le public tout au long de sa carrière avec un fil rouge : la transition, le développement durable et les modèles économiques qui en découlent sont nos meilleures chances d’être un État souverain, compétitif. Une mission d’autant plus cruciale à un moment où de nombreuses réglementations sont démantelées, et où le contexte géopolitique tend à resserrer les rangs vers une économie du court-terme. Entretien. De vos engagements politiques à vos expériences dans le privé, comme chez Accor, vous avez dédié votre carrière à l’accompagnement de la transition écologique. Qu’est-ce qui vous a fait prendre conscience de ces enjeux et vous a donné envie de vous engager ? Brune Poirson : J’ai grandi en zone rurale, à la campagne. Pour moi, c’était naturel de suivre l’évolution des cycles de la nature, la question ne se posait pas. J’étais entourée d’agriculteurs, l’agriculture était moins mécanisée, encore plus connectée à la nature. Nous voyions directement les drames que représentent une sécheresse, ou trop de pluie. Je n’ai pas eu de déclic en tant que tel, mais plutôt des moments marquants. Je me souviens par exemple de la cantine de mon école : il y avait certains enfants dont on savait qu’ils ne mangeaient qu’à midi, et qui avaient parfois tellement faim qu’ils consommaient même la peau des melons. Ce qui pose des questions sociales, mais aussi environnementales. C’est intolérable de ne pas avoir assez à manger, sans compter que la peau des melons était pleine de pesticides. Ce sont des choses comme ça qui m’ont marquée et qui m’ont donné envie de travailler dans le domaine du développement durable. À l’époque, il y a une vingtaine d’années, c’était un secteur de niche ! J’aurais pu devenir ingénieure, mais ce n’était pas ma vocation. J’ai fait des Sciences politiques, car je savais que je voulais m’engager en politique pour changer les choses. Avec une approche plus systémique, plus transversale. Vous avez passé plusieurs années en Inde, où vous avez occupé des fonctions en politique (gouvernement indien), dans le secteur public (Agence française de développement) et privé (Véolia Water India). Quelle était votre intention en partant ? En effet, je n’y suis pas allée par hasard. Je voulais impérativement passer du temps dans les pays émergents parce que j’avais l’intuition que de nombreuses solutions viendraient de chez eux car ils étaient déjà face à des problèmes que nous allions avoir plus tard. Et qu’il fallait les voir beaucoup plus comme des alliés ou des pays dont il fallait apprendre que l’inverse. J’ai ensuite voulu retourner en politique en France, en passant d’abord par la Kennedy School à Harvard. Il s’est trouvé qu’au même moment, le Emmanuel Macron de 2017 correspondait à mon projet. J’ai fait un an de campagne sur le terrain chez moi, j’ai été élue, et nommée au gouvernement : j’ai décidé de me saisir du sujet de l’économie circulaire, et j’étais en charge des négociations climatiques internationales. À cette période, ni l’État ni les entreprises ne pensaient pertinent de sortir des modes de production linéaire. Certains discours véhiculaient le fait qu’il n’y avait rien à faire, que les entreprises finiraient par s’en saisir. Cela me paraissait aberrant, notamment parce que je voyais ce qu’il se passait en Asie et qu’il me semblait indispensable de s’en saisir pour que la France devienne leader dans le domaine. En plus des questions d’accès aux ressources, notamment aux minerais, aux métaux rares, je voyais aussi que si nous continuions à gérer les choses comme on le faisait, nous allions perdre en compétitivité dans de nombreux secteurs comme le plastique, la mode, l’agroalimentaire… Alors que l’économie circulaire est une occasion d’être souverain, avec une politique industrielle, des emplois locaux, non délocalisables, et un bénéfice pour l’environnement. Vous dites que beaucoup n’en percevaient pas les enjeux, écologiques, économiques, politiques. La loi relative à la lutte contre le gaspillage et pour une économie circulaire a été promulguée en 2020. 5 ans après, où en sont les entreprises françaises dans leur compréhension du changement climatique et de son impact sur leurs modèles ? Je pense qu’elles ont compris que c’était une réalité et qu’il allait falloir s’en occuper sous peine de voir leur rentabilité affectée, même si elles n’avancent pas toutes au même rythme. C’est aux États-Unis, mais une étude du MIT indiquait récemment que quasiment l’intégralité des chefs d’entreprises américains savent qu’à un moment, ils vont devoir délocaliser le siège de leur entreprise ou de leurs filiales majeures. Ils sont conscients qu’ils vont devoir s’adapter. Pour moi, il y a désormais deux questions clés : c’est « quand » et « comment ». C’est vraiment en considérant cela que l’on peut évaluer le degré de compréhension réelle de la transition au sein des entreprises. Or, ce sont ces questions que beaucoup éludent encore. Ensuite, il faut différencier les PME et les ETI d’un côté, et les grandes entreprises de l’autre. Sachant que parmi les grands groupes, il y a vraiment des différences entre ceux qui ont intérêt à transitionner pour leur business model et ceux qui n’en ont pas et qui continuent à privilégier la rentabilité court-terme. Quel a été l’impact dans ce contexte de l’annonce initiale de la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) dont le but est d’obliger un panel au départ relativement large d’entreprises à rendre compte de leurs opérations et leurs réponses aux défis environnementaux et sociétaux ? Malheureusement, la CSRD a été déployée au moment de l’arrivée de Trump, et des grands reculs écologiques aux États-Unis. Et au moment aussi, du coup, de l’accentuation des crises géopolitiques. Cela a été très utile pour tous les détracteurs de l’environnement, qui avaient enfin un point solide sur lequel s’appuyer, pour freiner la transition. Cela a représenté une aubaine pour les détracteurs du climat qui avaient été forcés de faire profil bas après le Covid. Il y a également eu une approche trop centrée sur le reporting, alors que le cœur de la CSRD, c’est le plan de transition. C’est se demander comment une entreprise aujourd’hui peut s’organiser pour contribuer à l’atteinte de la neutralité carbone en 2050. On ne dit pas qu’il faut tout faire d’un coup, mais qu’il faut un plan. Une vraie réflexion. Ensuite, évidemment, pour faire ce plan de transition, on a besoin d’indicateurs, de transparence… Le problème, c’est que les choses ont été inversées et qu’elle a d’abord été vue comme un reporting, comme un exercice chronophage de collecte de données vide de sens et donc perçu comme inutilement cher. Pour toutes ces raisons-là, je pense que la CSRD a quelque part servi d’excuse pour ceux qui ne voulaient pas avancer. C’était vraiment l’aubaine. Et c’est vrai qu’il est difficile de se poser la question du plan de transition, surtout quand on est un chef d’entreprise et qu’on sait que son mandat dure encore 3-4 ans. On peut se dire qu’avec un peu de chance, ce sera à celui d’après de faire les transformations. C’est différent quand il s’agit d’une question de survie, ce que l’on peut peut-être plus voir dans les entreprises familiales. Certaines ont pris des décisions fortes, comme arrêter de commercialiser des produits qui pourtant représentent un pan très profitable de leur activité. Pour les entreprises cotées, c’est plus difficile peut-être. Elles appartiennent à des actionnaires qui ont souvent des logiques de rentabilité court-termiste. Mais in fine, si on veut que les entreprises évoluent, il faut une régulation forte. Elles ne se saisiront pas d’elles-mêmes sérieusement de la question climatique et de la biodiversité. Le fait que l’application de la CSRD soit reportée de 2 ans et les critères assouplis sont dans ce cadre loin d’aider à changer cela… Ce n’est pas tant le fait que le calendrier soit aménagé qui me pose problème. Qu’on se dise qu’il faut plus de temps pour les PME, les ETI, et même les entreprises cotées, ce n’est pas rédhibitoire, si cela va avec un suivi des progrès de la part du régulateur pour maintenir le mouvement et une pression positive sur les entreprises. Et à mon sens, c’est ça qui manque aujourd’hui. Or, c’est le rôle des responsables politiques, de comprendre où en sont les entreprises, les citoyens, de s’assurer que certes, on rallonge le calendrier, on ralentit la mise en œuvre, mais avec l’assurance que les entreprises sont engagées. Je dis cela parce que c’est un grand classique des politiques publiques environnementales : une échéance est fixée, sur la suppression de tels néonicotinoïdes, pesticides, ou alors l’atteinte de la neutralité carbone par exemple. Et certains acteurs économiques se permettent de ne rien faire pour ensuite aller voir le responsable politique six mois avant la date butoir en disant qu’il sera impossible d’être dans les temps. On recule sans cesse les échéances, et donc l’action. Voilà pourquoi je trouve qu’aujourd’hui, la transition écologique, c’est vraiment une question de méthode. Comment fait-on pour mettre cela en place ? Je suis loin d’avoir toutes les réponses, il faut être humble, mais je pense que ce sont des façons de faire les politiques publiques qui sont très différentes. On le voit très bien d’ailleurs avec la loi Duplomb, où le débat est devenu impossible. Il faut prendre les sujets à un niveau beaucoup plus local, pour sortir de l’idéologie dans laquelle on est complètement pris au niveau national, évidemment. Il faut également un suivi très régulier, un accompagnement. Je crois que le responsable politique n’est pas tant là pour faire passer des lois que pour mettre en cadence, pour s’assurer que la société avance à un bon rythme. C’est comme quand vous faites une promenade dans la montagne, il y a des moments où vous marchez très vite, d’autres où vous ralentissez, mais vous avancez toujours vers votre but. Aujourd’hui, on voit bien qu’on est très loin de ça. Avec la loi Duplomb, par exemple, on est sur des sujets très idéologiques et qui n’ont pas été préparés en amont, atterrissant en toute logique à des blocages. Sauf que quand vous êtes bloqué en matière de transition écologique, étant donné que le réchauffement climatique avance à vitesse grand V, toujours plus rapidement, ça veut dire que vous reculez. Quid alors du recul global sur toutes les législations et réglementations en lien avec l’environnement : critères d’application de la CSRD, mais aussi loi Duplomb, comme vous l’avez évoqué, la Prim’Rénov remise en question… Autant de textes qui laissent penser que la protection de l’environnement et les mesures préventives ne sont plus des préoccupations majeures… Est-ce une défaite ou une opportunité pour innover autrement ? Je pense qu’on assiste à un suicide lent de l’Europe, avec le démantèlement systématique et sans précédent de toute la régulation environnementale. Encore une fois, je pense qu’il y a vraiment une différence entre démantèlement et adaptation du rythme. Autant, comme je vous disais, je pense que c’est compréhensible et qu’il faut parfois savoir aménager le rythme de transformation. Autant démanteler, je pense que c’est criminel. D’abord, tout simplement parce que les conséquences économiques sont majeures. Il y a un coût différé qui est considérable, on le sait très bien. Nicholas Stern a montré combien le coût de l’inaction est beaucoup plus cher que celui de l’action. Il y a un risque tout simplement de perte de compétitivité internationale. Or je suis convaincue que les politiques vertes sont un avantage concurrentiel majeur pour l’Europe, et c’était dans cet esprit-là qu’a été fait le Green Deal. La Chine ne s’y est pas trompée, elle a analysé où elle pouvait avoir un temps d’avance sur l’Europe et sur les pays occidentaux, et elle a vu que c’était dans toutes les technologies de la transition. Si l’on ne fait rien, ce qui va se passer, c’est que nous allons devoir démanteler encore plus notre propre législation environnementale pour protéger une industrie du passé, pour ne pas avoir à être dépendants des technologies vertes chinoises. On marche totalement sur la tête, alors qu’on avait un temps d’avance. C’est vraiment un drame. On le voit aussi avec l’effondrement des investissements fléchés vers la préservation de l’environnement. Cela dépend des études mais il est estimé que c’est quasiment 500 milliards d’euros de déficit annuel d’investissement climatique qui manque en Europe depuis ces changements de régulation. C’est se tirer dans le pied d’un point de vue économique. Ensuite, il y aura des conséquences de ce démantèlement de la législation environnementale, géopolitique et démocratique, qui sont dramatiques. Cela aide, en fait, la montée de tous les populismes anti-écologiques. Le recul environnemental fait le jeu de l’extrême-droite, des lobbies. Cela leur donne raison. On voit très bien qu’il y a une instrumentalisation politique et que là, il y a une manne, c’est une rente et une rampe politique pour les extrêmes. Nous leurs permettons non seulement de conquérir le pouvoir, mais d’y rester ensuite potentiellement longtemps. Enfin, pour moi, la troisième conséquence majeure avec la perte de notre statut potentiel de leader climatique mondial est la perte du leadership européen. Le leadership climatique faisait vraiment partie du soft power de l’Europe. Notre projet après la Seconde Guerre mondiale en Europe était la paix. Aujourd’hui, nous avions besoin d’un deuxième projet, qui est le défi climatique. Même si probablement, à cause de Poutine, la paix reste toujours aussi centrale. Il y avait un projet politique derrière, une façon d’attirer et d’être un continent qui est attractif. Et là, on voit très bien qu’on est en train de le perdre. Voilà pourquoi le démantèlement des normes environnementales est dramatique. Pourtant, l’argument qui est donné est celui de la compétitivité. Oui, mais encore une fois, c’est une compétitivité de courte vue. Et même là, je pense qu’il faudrait demander des comptes aux entreprises. Je ne dis pas que c’est facile, parce qu’on vit dans un monde qui est très difficile, avec une succession de crises et une polarisation sociétale profonde, ainsi qu’une convergence des transformations avec l’IA, la géopolitique, l’environnement, le climat. Mais je trouve qu’on ne peut pas démanteler sans, derrière, demander des comptes aux entreprises : ce démantèlement a-t-il eu des conséquences en termes d’amélioration de leur compétitivité ? Pour le moment, je trouve que c’est une demande qui a été satisfaite sans contrepartie, avec le court terme qui prédomine. Vous avez parlé de suicide lent de l’Europe. Est-ce que la surtransposition des normes européennes en France accélère ou freine l’impact ? Là encore, c’est une question de méthode. Sur-transposer les normes européennes en France peut être une bonne chose parce que cela nous force à avoir un temps d’avance et nous permet d’imposer notre expérience et notre connaissance des choses. Prenez par exemple l’économie circulaire : la loi française a positionné la France comme pionnière et le reste de l’Europe a suivi (interdiction de destruction des invendus, les objectifs de suppression du plastique à usage unique, les responsabilités élargies des producteurs…). Nous avions un coup d’avance qui nous a permis d’avoir la légitimité et la capacité de piloter l’avenir normatif et réglementaire de l’Europe. C’est une bonne chose pour l’influence de la France en Europe. Maintenant, pour d’autres secteurs, comme le secteur agricole, c’est vrai que c’est très difficile. On interdit certains pesticides ou herbicides et pas les pays voisins. Donc, évidemment, c’est perçu comme injuste et punitif. Mais si on accompagne un secteur, si on déploie une méthode, je pense qu’on peut arriver à être en avance en matière de transition agroécologique. C’est ce qu’on a voulu faire pour le glyphosate, par exemple. On a échoué au niveau européen, mais c’était vraiment cet objectif. Je comprends donc que la sur-transposition soit un problème, mais il faut qu’on apprenne à mieux l’accompagner, mieux l’expliquer et mieux valoriser aussi en quoi elle peut donner un leadership à la France. Pensez-vous que, à court et moyen terme, les entreprises traditionnelles vont être bousculées par les entreprises et start-up à impact, dont le nombre a augmenté de 10 % en 2024, selon Bpifrance ? Le réchauffement climatique devient une réalité de plus en plus concrète. Les questions sociales abîment profondément la société, nuisent au climat des affaires, plus généralement, quand vous avez une société violente, divisée. Et donc, dans ce contexte-là, on a besoin de solutions. Et c’est là où en effet toutes les start-ups à impact ont un rôle essentiel, d’autant qu’elles sont souvent rentables.  Tout l’enjeu, évidemment, est d’arriver à mesurer la rentabilité et à développer des indicateurs qui permettent de comparer vraiment les entreprises à impact et les autres. Parce que si vous regardez uniquement la rentabilité financière, forcément, il y en a qui sont plus défavorisés que d’autres. C’est là où tout le travail que font des acteurs comme le mouvement Impact France est vraiment majeur, notamment autour des questions de l’intégration des coûts évités à la société. Il faut également qu’on parvienne à faire adopter plus largement les dividendes climat, un indicateur extra-financier qui mesure l’impact climatique positif d’une entreprise, une preuve de création de valeur climatique. Il y a eu un mouvement, malheureusement nous sommes en phase de recul. En effet, en 2024, une étude d’Ernst & Young a rapporté que les levées de fonds des start-ups françaises avaient baissé de 35 % en un an… Certes, mais il faut quand même dire que beaucoup d’argent a été déversé dans le monde des start-ups, pas forcément toujours à bon escient. Je pense qu’on assiste aussi seulement à une correction de certains excès, avec des investisseurs qui ont beaucoup investi dans la croissance des start-ups plutôt que dans leur rentabilité. Mais je vous rejoins sur le fait que oui, les entreprises à impact ont encore besoin de plus d’investissements justement, pour être plus attractives encore, et c’est pour ça qu’il faut que l’on arrive à valoriser véritablement tous les coûts évités pour la société. J’ai plutôt de l’espoir de ce côté-là, parce que dans un contexte de raréfaction des ressources financières de l’État, les solutions permettant d’éviter de dépenser de l’argent à long terme vont être valorisées. Et c’est clairement ce que permettent de nombreuses entreprises à impact, en investissant, en trouvant des solutions dans la santé, dans le réemploi, dans le bio abordable… Je ne peux pas toutes les citer, même si j’aimerais ! Je pense par exemple, parmi les lauréates Impact 40, aux Alchimistes, qui collectent les déchets alimentaires, à Bene Bono, qui récupère auprès des agriculteurs et livre des produits refusés par les circuits classiques de distribution, ou encore Ipso Santé, un réseau de cabinets médicaux locaux et de proximité. Est-ce à dire que les entreprises – et celles apportant des solutions tangibles – vont prendre un rôle de plus en plus important dans un monde fragmenté ? Ce qui est sûr, c’est qu’on rentre dans le dur de la transition, avec un besoin immense de solutions, portées de plus en plus par des entreprises avec des valeurs dans lesquelles les citoyens peuvent se reconnaître. Mais pour que ces solutions prennent une vraie ampleur je pense qu’il y a encore des freins à dépasser. Le premier, c’est le manque de collaboration, or dans la transition écologique, c’est autour d’elle que se dessinent et qu’émergent les nouvelles façons de faire. Les secteurs – privé, public, associatif – sont encore très silotés et ont beaucoup de mal à travailler les uns avec les autres. Un autre risque que je vois, c’est que dans un monde où toutes les institutions sont un peu remises en question – les institutions étatiques, l’Assemblée nationale, la fonction présidentielle – on voit bien, quand on regarde les enquêtes d’opinion, que finalement l’institution en laquelle les citoyens croient encore beaucoup, c’est leur entreprise. L’effritement de la confiance dans les institutions publiques peut conduire à en espérer beaucoup plus de l’entreprise. Avec le risque de faire peser des attentes colossales sur celles-ci, qui doivent presque parfois se substituer à l’État pour trouver des solutions à tous les niveaux. Mais la mission première d’une firme est de développer des produits bénéfiques, ou a minima les moins nocifs possibles pour la société et l’environnement, et qu’elle peut commercialiser. Projeter trop d’attentes sur sa structure peut créer beaucoup de déceptions et des antagonismes difficiles ensuite à gérer en interne. Prenons un peu d’avance et projetons-nous dans cinq ans. Qu’est-ce que vous avez envie de voir venir ? Évidemment, j’aimerais qu’on se saisisse collectivement beaucoup plus sérieusement de la biodiversité et du vivant. Ensuite, beaucoup plus de collaboration entre les secteurs, entre les pays, par exemple entre la France et les pays émergents, entre les secteurs publics, privés, associatifs, parce que c’est la seule façon de faire émerger des solutions. Le blocage sur la loi Duplomb vient d’un manque de dialogue, d’une absence de compréhension mutuelle et réciproque. J’ai envie de voir émerger de nouvelles façons de collaborer et d’élaborer les politiques publiques sur ces sujets. De plus, évidemment, j’aimerais qu’on arrête de démanteler les normes environnementales, mais je ne pense pas qu’on soit parti pour. Donc, ce que j’aimerais aussi voir émerger, c’est la capacité de tous ceux qui travaillent dans le monde du développement durable à en parler différemment, et à ne pas être moralisateurs. Si on continue à utiliser les mêmes mots et la même façon de parler et d’aborder les choses, alors nous risquons d’être piégés parce que ce sera trop facile pour les extrêmes de nous critiquer en prenant nos mots et en les retournant contre nous. C’est exactement ce que fait Donald Trump aux États-Unis. Je pense qu’il faut que l’on arrive à changer notre façon de parler de la transition pour ne pas tomber dans ce piège-là et être réduits au silence, exclus, voire persécutés. Nous devons changer de discours pour préserver la transition écologique et notre capacité à agir. Et pour cela, il faut que collectivement nous soyons conscients qu’il ne s’agit pas d’une renonciation, mais au contraire d’une tactique pour s’adapter. Et c’est là que l’on pourra ouvrir le champ des possibles !

05 février 2026

La consigne en verre : une vieille idée d’avenir

Depuis le mois de juin dernier, quatre régions de France expérimentent le retour de la consigne en verre dans les supermarchés. Le dispositif doit être généralisé à l’ensemble du pays en 2027. Preuve que la filière est en plein développement, apportant, avec elle, son lot d’enjeux pour les entreprises du secteur. Quand les anciennes générations parlent de la consigne en verre, elles évoquent souvent ces bouteilles de lait qu’elles devaient ramener à l’épicerie contre quelques centimes de francs. Officiellement abandonnée dans les années 1990 au profit de l’emballage à usage unique, la consigne en verre fait actuellement son grand retour en France. Dans une démarche de réduction des déchets et d’émissions de CO2, la filière s’est d’abord construite à l’échelle locale, lancée par des petites entreprises ou portées par des enseignes spécialisées, mais le secteur se structure petit à petit avec à terme des objectifs de réemploi quasi-industriel. Depuis le 12 juin dernier, plus de 80 magasins dans quatre régions françaises – Bretagne, Normandie, Pays de la Loire et Hauts-de-France – ont des emballages réemployables dans leurs rayons. Une initiative du projet « ReUse », lancé en 2023 par l’éco-organisme Citeo, chargé par l’État de gérer le recyclage des emballages ménagers. En octobre 2025, près de 750 supermarchés devraient être concernés. Un projet collectif de la filière Dans ces supermarchés partenaires, les bouteilles en verre consignées sont bien identifiables. Avec leur étiquette violette et orange, elles portent cette inscription : « rapportez-moi pour réemploi ». Une expérimentation menée en lien avec les acteurs du secteur déjà en place. « Nous sommes là pour accompagner ces changements et pour aider les entreprises du secteur à se développer », assure Ana Fernandez Rodriguez, directrice des dispositifs de réemploi chez Citeo. « Par exemple, des entreprises de lavage des contenants en verre existent déjà car elles font ce travail pour des bouteilles de bière ou de vin. L’enjeu, c’est de les aider à monter dans l’industrialisation de leurs activités et dans la qualité quotidienne, pour travailler avec des volumes beaucoup plus importants », ajoute-t-elle. Les plus petites structures de réemploi se posent aussi des questions d’organisation et d’expansion. La production de bouteilles en verre standardisées est la première chose à laquelle a dû penser la société coopérative Revera, au moment de la structuration de sa filière de réemploi en Auvergne-Rhône-Alpes. « Pour qu’une bouteille soit réemployable, il faut qu’elle ait un format standard et une étiquette qui se décolle au lavage. Les fabricants de bouteilles et les imprimeurs doivent donc adapter leur production à cela », explique Stéphane Robert, chargé de communication chez Revera. En 2024, Revera a réemployé plus de 500 000 bouteilles à travers 315 points de collecte. Les ajustements sont nombreux, mais pour que le système de réemploi fonctionne, « il faut qu’il puisse venir épouser au maximum les chaînes de conditionnement et les chaînes logistiques déjà existantes, pour qu’il ait le moins d’impact possible », défend Célia Rennesson, cofondatrice et directrice du réseau Vrac et Réemploi. Pour que le réemploi se développe à grande échelle, l’organisation de la filière se doit d’être collective, selon Stéphane Robert. La société coopérative a par exemple pour projet de s’associer à huit opérateurs du réemploi : « l’objectif, c’est de devenir un interlocuteur unique dans la région pour de grands acteurs d’envergure nationale, et en fonction des besoins, dispatcher le travail aux membres opérationnels. » Implication économique Le dispositif « ReUse » de Citeo doit être généralisé à l’échelle nationale en 2027, date à laquelle 10 % des emballages mis sur le marché devront être issus du réemploi d’après la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC), votée en 2020. À terme, le dispositif devrait permettre de générer 2 milliards d’emballages réemployables, selon Citeo. Ce qui implique également une vraie réorganisation pour les magasins commercialisant des contenants en verre consignés. « Cela ne va pas être différent pour la mise en rayon. En revanche, c’est une vraie logistique au niveau de l’espace pour les magasins qui proposent de la consigne en verre », note Célia Rennesson. Dans le cadre de l’expérimentation de Citeo, les supermarchés doivent être équipés de machines qui récupèrent les emballages vides. « Nous essayons de faire les machines les plus compactes possibles, c’est-à-dire que la plus grande fait un mètre par un mètre », décrit Ana Fernandez Rodriguez. Les magasins doivent libérer dans leur réserve une surface équivalente à une, voire deux palettes, pour stocker les bacs vides qui vont dans la machine et les pleins qui doivent être collectés. « L’objectif ce n’est pas de multiplier le nombre de bacs, mais plutôt que la collecte se fasse soit à des fréquences données, toutes les deux semaines actuellement, soit lorsqu’il y a une demande car la machine est pleine. Dans ce cas-là, l’opérateur a 48 heures pour passer récupérer le verre », détaille-t-elle. Les magasins doivent aussi être équipés de logiciel de caisse adapté. Face à ces enjeux de réorganisation, les collectivités locales sont appelées à s’impliquer. « C’est un vrai changement d’habitude pour elles, car pendant 40 ans, elles ont financé des silos à verre, des filières de recyclage, et là, il faut qu’elles arrivent à détourner un peu du budget recyclage pour soutenir le réemploi », insiste Stéphane Robert. Un enjeu de taille, d’autant que le réemploi présente de réelles perspectives écologiques et économiques. Selon Citeo, par rapport à l’usage unique des emballages en verre, le réemploi produit 4 fois moins de CO2 et d’énergie. Pour ce qui est des emplois, d’après le dernier baromètre économique de la filière du vrac et du réemploi (mai 2024), la création d’emplois pourrait suivre le développement du secteur : « une augmentation des capacités de lavage pour atteindre 100 % pourrait représenter des besoins humains avoisinant + 20 000 emplois directs supplémentaires créés. »

17 mars 2026

Dominique Thillaud – Compagnie des Alpes : “Concilier intérêt écologique et logique économique”

Acteur majeur du monde des loisirs, des grands domaines skiables français au Parc Astérix, la Compagnie des Alpes s’est engagée depuis trois ans dans la réduction de son empreinte carbone. Son objectif : réconcilier intérêt écologique et logique économique. Entretien avec Dominique Thillaud, son Directeur général. Propos recueillis par Réjane d’Espirac Quelle est la spécificité de la Compagnie des Alpes ? Nous sommes un groupe à but lucratif, capitaliste, mais nous nous inscrivons dans un temps long. Contrairement aux entreprises de la Startup Nation, nos activités requièrent une forte intensité capitalistique – nous avons beaucoup d’actifs et d’immobilisations – et une forte intensité humaine – nous employons beaucoup de monde. Notre premier métier, en volume d’activité, ce sont les parcs d’attractions. Le deuxième, c’est l’exploitation des domaines skiables, pour laquelle nous sommes parmi les leaders mondiaux. Depuis 2022, avec l’acquisition de 85% du capital de MMV, nous sommes aussi devenus le deuxième opérateur hôtelier des Alpes. Quel que soit le métier dans lequel nous sommes impliqués, nous investissons à long terme. En octobre 2022, lorsque nous avons engagé 54 millions d’euros dans des actions de réduction de notre empreinte carbone, nous savions que cet investissement visait une rentabilité à dix ans. Quelles raisons vous ont poussé à cet engagement en faveur de l’environnement ? L’écologie n’est pas une opinion ni une idéologie, mais un fait scientifique. Hélas, elle a été prise en otage par des débats politiques ! L’avantage d’une entreprise, c’est qu’elle ne dépend pas des partis : on décide, on fait, on se dote des moyens nécessaires, on obtient des résultats. L’écologie a longtemps été présentée de manière culpabilisante ou punitive ; les citoyens en ont ras-le-bol. Notre but, c’est de montrer qu’on peut œuvrer pour la planète sans brader la qualité et le niveau de vie des Français – voire qu’une stratégie d’entreprise vertueuse peut les améliorer. Nous souhaitons concilier les retombées économiques, la création d’emplois et les bénéfices environnementaux. Qu’en pensent vos actionnaires ? La Compagnie des Alpes est née en 1989 sous l’impulsion de la Caisse des Dépôts et Consignations, qui détient 42% du capital. Nous sommes aussi cotés en Bourse ; 45% de nos capitaux viennent de là. Nos actionnaires savent qu’une partie des sommes que nous investissons ne sera rentable qu’à moyen ou long terme. En termes de transition écologique, il existe pour une entreprise à vocation économique et lucrative trois bonnes raisons d’agir : la première c’est de considérer que chacun, à son niveau, avec ses leviers, doit essayer de participer à l’effort collectif. La deuxième, c’est de se dire qu’un jour, les clients choisiront leur destination en fonction de sa performance environnementale. C’est loin d’être le cas aujourd’hui, mais ça peut venir. Alors, les opérateurs comme nous, déjà engagés, seront les mieux placés. Enfin, tôt ou tard, l’empreinte carbone des entreprises donnera lieu à des taxes. Plus nous aurons œuvré en amont, moins nous paieront, et plus nous serons concurrentiels. Quelles mesures emblématiques avez-vous prises ? Désormais, nous communiquons nos résultats annuels en deux valeurs : en euros et en grammes de CO2. Dans les deux cas, nos comptes sont audités par des commissaires indépendants. Notre objectif est que chacun de nos sites ait atteint en scopes 1 et 2 [voir encadré] le net zéro carbone en 2030 – sans aucun achat de compensation carbone. Nous nous sommes dotés de dix engagements, pourvus chacun d’indicateurs de suivi annuels. Parmi eux : privilégier la réduction des gaz à effet de serre, participer à une gestion collective et raisonnée de la ressource en eau, réduire notre impact sur l’utilisation des ressources et la biodiversité en contribuant dès que possible à sa régénération, anticiper les mutations des montagnes françaises  – et des loisirs au sens large – par la mise en place d’un laboratoire d’idées réunissant des personnalités indépendantes d’horizons divers, financer des initiatives à impact positif par la création d’une fondation Compagnie des Alpes, etc. Vous avez également affiché publiquement cinq renoncements… Ils concernent essentiellement le domaine des sports d’hiver. Primo, nous avons renoncé à étendre les domaines skiables. Seules des adaptations ponctuelles et limitées en surface sont désormais considérées. Nous avons aussi cessé l’exploitation de zones que l’évolution climatique rend non-skiables à plus ou moins brève échéance, notamment les zones de basse altitude et les glaciers. Selon les recommandations des études Imp’Act et Climsnow, nous avons abandonné les réseaux de neige de culture sur les zones glaciaires et sur les zones à l’enneigement naturel insuffisant. Et nous avons renoncé à la fabrication de neige à température positive. Ensuite, nous avons cessé d’apporter toute nouvelle assistance technique à la création de projets n’impliquant pas une part majoritaire significative de neige naturelle. En particulier, en dépit d’offres financières mirifiques, nous n’entamons et n’entamerons plus aucune nouvelle collaboration avec la Chine, qui s’est lancée dans la construction d’ici cinq ans de 150 centrales à charbon ; nous ne souhaitons pas apporter notre concours à la construction de Snow Domes fonctionnant à l’énergie fossile. Enfin, nous avons abandonné l’usage des énergies fossiles pour les dameuses et les bus opérés par le Groupe, ainsi que pour les chauffages de nos bâtiments et de nos logements à la montagne. Comment avez-vous procédé ? Les trois quarts des réductions obtenues sont liés au remplacement de l’énergie fossile dans nos chaudières, nos bus et nos dameuses de montagne, par le HVO 100, un carburant utilisant de l’huile de friture usagée, dont une partie provient de nos parcs d’attractions. C’est fantastique : ce qui était un déchet hier est devenu une ressource ! Dommage que ce nouveau carburant soit si taxé en France, car nous avons démontré son efficacité. En l’utilisant à la place du gazole dans les moteurs de nos dameuses, nous avons diminué nos émissions de CO2 de 93%. À Tignes et à Val d’Isère, nos bus sont désormais électriques. Nos résidences hôtelières proposent un dîner végétarien par semaine. Et 30 à 40% de leurs denrées alimentaires sont achetées localement, dans un rayon de moins de vingt kilomètres. Nous avons également mené sur nos sites des travaux d’isolation et de gestion contrôlée des températures. Par exemple, quand les ateliers sont vides entre 22 heures et 5 heures du matin, on peut descendre la température à 12 degrés, puis piloter sa remontée en journée. C’est très efficace. Vous lancez aussi un train de nuit entre Paris et Bourg-Saint-Maurice… C’est une initiative portée par une start-up, avec notre appui. A partir du 19 décembre 2025, et durant tous les week-ends de la saison de ski, un train partira le vendredi soir de Paris pour arriver à Bourg-Saint-Maurice le samedi matin. Il repartira le samedi soir de Bourg-Saint-Maurice pour atteindre Paris le dimanche matin. Cela permettra aux vacanciers de ne pas prendre leur véhicule et de disposer de huit jours pleins de ski, du samedi au samedi. Les familles pourront réserver un compartiment entier, les femmes voyager dans un compartiment dédié. La mobilité intelligente fait partie du scope 3. La mise en place de ce train permet à la fois d’améliorer l’expérience client et de diviser par trois l’empreinte carbone par rapport à un trajet en voiture – et même par huit lorsque nous disposerons d’une locomotive électrique. Le réchauffement climatique fait-il peser une lourde menace sur vos activités ? Comment comptez-vous pallier la raréfaction de la neige ? La Compagnie des Alpes exploite des domaines à haute altitude. La science dispose d’une visibilité sur l’évolution de la situation à cinquante ans. Au-delà, elle ne sait pas s’exprimer. Les stations situées en basse et moyenne montagne vont connaître des situations critiques avant nous. Pour l’instant, nous testons beaucoup de choses, mais nous n’avons pas encore trouvé le modèle économique qui permettra de remplacer les sports de neige. Aujourd’hui, la saison estivale ne représente que 2 à 3% des activités hivernales. Les résidences MMV ouvrent l’été, mais cela représente seulement 10% de leur chiffre d’affaires. Sans les profits réalisés l’hiver, on ne finance pas les activités proposées en été. Comment remplacer à terme les huit milliards de PIB que représente le ski chaque année pour le département de la Savoie ? Je ne sais pas encore, mais nous continuons de chercher. Ces évolutions ont-elles un impact sur vos métiers et sur vos équipes ? Nous faisons toujours les mêmes métiers, mais différemment. L’expérience que nous offrons à nos clients, ce n’est pas juste de se déplacer en télécabine – c’est la montagne, c’est l’inclusion dans la nature. Il est de notre devoir de sauvegarder la qualité de cette expérience. Désormais, le critère de l’empreinte carbone est inclus dans toutes nos décisions. Au sein de l’entreprise, l’enjeu passionne tout le monde. Les salaires de nos cadres ont une part variable, indexée aux résultats environnementaux. Idem pour nos emprunts bancaires, dont les taux d’intérêt varient en fonction de notre atteinte des objectifs environnementaux. Plus globalement, lorsqu’on donne un sens à ce que l’on fait, en résonance avec les tendances sociétales, on crée un regain de motivation. Cela booste les résultats économiques et le bien-être au travail. D’ailleurs, nous avons pris la décision de donner des actions du Groupe à nos salariés et de consacrer chaque année au moins 2% de nos investissements à l’amélioration de leur qualité de vie au travail. Quels résultats avez-vous d’ores et déjà obtenus ? Quand je suis arrivé à la tête de la Compagnie des Alpes, une journée skieur, c’était 1400 grammes de CO2, en scopes 1 et 2. En décembre 2024, c’était descendu à 220 grammes de CO2. En comparaison, un kilo de pommes françaises en scopes 1 et 2, c’est 330 grammes – et une mangue importée par avion, 11,7 kg ! Idem dans le secteur des parcs d’attractions : cette année, une journée visiteur, c’est environ 450 grammes de CO2. En 2021, c’était quatre fois plus. Les Jeux olympiques d’hiver de 2030 dans les Alpes françaises peuvent-ils jouer un rôle d’accélérateurs ? Nous n’avons pas attendu leur attribution pour agir. On les annonce “sobres et durables”. Nous verrons bien quelle expression cela prendra. Sans doute les Jeux bénéficieront-ils aux sites sur lesquels ils se tiendront. De notre côté, il n’y a rien que nous ferons pour les Jeux que nous n’aurions pas fait sans les Jeux. Afin d’améliorer vos pratiques, êtes-vous en concertation avec d’autres acteurs de votre domaine d’activité à l’étranger ? Nous avons lancé début 2025, avec ceux qui le souhaitent, une alliance des opérateurs européens de domaines skiables (Global Sustainable Ski Alliance). Il y a des Suédois, des Italiens, des Autrichiens, des Allemands, des Suisses, et même un Néo-Zélandais. Notre but est d’échanger sur nos meilleures pratiques, afin d’être de plus en plus vertueux. Par exemple, le lancement de notre train de nuit les intéresse, de même que nous nous intéressons aux accords passés dans certains pays entre les domaines skiables et les opérateurs de trains régionaux. Comment cela fonctionne-t-il, est-ce duplicable en France ? Un opérateur européen a co-développé des motoneiges électriques avec un constructeur. Nous en avons acheté quelques-unes et les testons. De notre côté, nous avons beaucoup investi en recherche et développement sur un projet de dameuse 100% électrique, dont le premier prototype industriel circulera au mois de mars 2026. D’ici dix ans, on devrait n’avoir pratiquement plus aucune dameuse thermique. Que deviendront vos huiles de friture usagées, si vous ne les utilisez plus pour vos dameuses ? Elles pourraient servir de carburant à l’aviation durable. Vu les efforts fournis, pourriez-vous adopter le statut d’entreprise à mission ? Nous nous sommes déjà dotés publiquement d’une raison d’être et d’engagements forts. Je suis plus intéressé par le label B Corp, qui répond de manière holistique aux standards les plus élevés en matière environnementale, mais aussi sociale et sociétale. Le domaine des Arcs / Peisey Vallandry a obtenu la certification B Corp en 2023. C’est le premier gestionnaire de domaine de montagne en Europe à l’obtenir.

31 mars 2026

Face à l’ultra fast-fashion, le secteur de la seconde main veut se battre

Depuis 2018, le marché des vêtements de seconde main a explosé. En Europe, il devrait atteindre 26 milliards d’euros en 2030 contre 15,9 milliards aujourd’hui selon une étude de la Fédération de la Mode Circulaire. Ce secteur économique est cependant menacé par la production massive de vêtements d’ultra fast-fashion. Depuis quelques mois, l’ultra fast fashion est partout. Les marques Shein et Temu submergent les réseaux sociaux avec leur publicité, envahissent les rayons des friperies, des ressourceries et des dressing Vinted. Fin 2025, Shein s’est même installé au BHV Marais à Paris et dans des magasins Galeries Lafayette (Dijon, Reims, Grenoble, Angers et Limoges). Causant un scandale médiatique national et le départ de nombreuses marques, historiquement distribuées par ces enseignes. L’augmentation du nombre de vêtements issus de la fast-fashion est un phénomène qu’observe quotidiennement Julie Lannoy, responsable des magasins solidaires d’Oxfam France : « Nous croulons sous les dons, mais des dons de mauvaises qualités, assure-t-elle. Ces vêtements ne sont pas chers du tout et les clientes et clients qui les consomment les considèrent comme jetables. Ils les achètent, les porte une fois puis s’en débarrassent, voire ne les portent pas du tout. » La durée de vie moyenne d’un vêtement Shein est de 65 jours selon l’association En mode climat. Résultat, les boutiques sont souvent débordées, manquent de bénévoles pour trier et n’arrivent plus à mettre en valeur les produits de qualité. La trop grande quantité des produits de fast-fashion met aussi en grande difficulté la filière de collecte. Cet été, le Relais – réseau qui collecte, tri et recycle les vêtements usagés – a par exemple tenu une grève de dix jours pour dénoncer un manque de subventions face à une quantité de vêtements à recycler de plus en plus importante. Chaque année, 270 000 tonnes de textiles sont collectées en France selon le rapport 2023 de Refashion : 60 % des produits triés sont revendus en fripe, dont 90 % à l’étranger. Un modèle économique menacé Shein fabrique un million de vêtements par jour selon une analyse de l’ONG Les Amis de la Terre, soit 15 000 à 20 000 tonnes de CO2 émises quotidiennement. Ces vêtements sont vendus à très bas coûts : des t-shirts à 5 euros ou des robes à 7 euros. « Nous vendons à prix solidaire pour que ça s’écoule facilement, mais un article vendu un euro sur Shein, on ne va pas le vendre 3 euros ! On va l’afficher au même prix voire un peu moins cher », assure Julie Lannoy, responsable des magasins solidaires d’Oxfam France. Une vraie problématique pour le secteur de l’économie sociale et solidaire. « Il y a naturellement un abaissement des prix de vente moyens, un abaissement des paniers moyens et donc un abaissement aussi des revenus pour le secteur de la seconde main. Sans volume et sans collaboration, tout au long de la chaîne de valeur, pas de rentabilité », déplore Maxime Delavallée, président de la Fédération de la Mode Circulaire qui regroupe plus de 250 acteurs du secteur. Si les dons auprès des associations, ressourceries et autres boutiques solidaires sont de moins en moins qualitatifs, c’est aussi lié à la vente en ligne. « La propension à revendre ses vêtements est 2 à 3 fois plus élevées chez les personnes qui consomment de l’ultra fast-fashion », commente Boris Descaregga, directeur associé de l’Observatoire de la société et de la consommation. Vinted capte aujourd’hui 90 % des consommateurs qui passent par internet pour leurs achats de vêtements d’occasion selon une étude de l’Agence de la transition écologique (Ademe) publié en juin 2025. « Les deux tiers des vendeurs sur les plateformes comme Vinted ne consomment pas du tout d’occasion », assure-t-il. L’argent gagné via la revente de vêtements de seconde main sert dans 50 % des cas à racheter d’autres vêtements, peut-on lire dans l’étude de l’Ademe. « On pourrait décider que la cagnotte ne peut être utilisée que sur le site. Cela permettrait de créer une espèce de circularité uniquement sur des vêtements de seconde main », propose Boris Descaregga. Certains sites de revente de vêtements de seconde main ont, eux, décidé de bannir certaines marques. Le site de revente de mode de luxe Vestiaire Collectif a, par exemple, interdit la vente et l’achat de 30 marques considérées comme néfastes pour l’environnement, dont Zara, Gap, Mango, H&M ou encore Uniqlo. Spirale consumériste Les acteurs du secteur de la seconde main veulent sensibiliser la population. Oxfam, par exemple, a lancé au mois de septembre sa campagne « Septembre en seconde main » où il incite les consommateurs à ne rien acheter neuf. « On sensibilise nos clients, aussi bien ceux qui viennent faire des dons que ceux qui viennent acheter. Les responsables de magasin et les bénévoles discutent avec eux pour leur faire comprendre les enjeux environnementaux de la seconde main », raconte Julie Lannoy, responsable des magasins solidaires d’Oxfam France. Un travail que mène également la Fédération de la mode circulaire. « On voit que la substitution d’un achat de première main par un achat de seconde main va permettre d’aller réduire drastiquement l’impact environnemental. Créer un nouveau jean représente 7 500 litres d’eau. Assurer la création d’une nouvelle collection de t-shirts, c’est plusieurs centaines de kilos de CO2. C’est important que les consommateurs soient au courant », assure Maxime Delavallée. La Fédération a d’ailleurs contribué à l’élaboration de la proposition de loi visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile. Adopté par l’Assemblée nationale en mars 2024 puis par le Sénat en juin 2025, le texte est toujours en attente d’application, faute d’un accord définitif entre les deux chambres et d’un gouvernement stable. La proposition de loi prévoit notamment d’imposer aux entreprises de vente en ligne d’ultra fast-fashion d’informer les acheteurs sur leur impact social et environnemental des produits, d’interdire la publicité pour ces marques ou encore de taxer les petits colis expédiés de l’étranger. « Le contrôle de cette manière de production doit être encadré davantage, de telle sorte à ce que les acteurs du réemploi puissent s’appuyer sur des vêtements de bonne qualité et améliorer ainsi les unités économiques de tous les acteurs de la chaîne de valeur », insiste Maxime Delavallée qui propose également que les malus affectés aux nouvelles productions qui ne respectent pas les normes environnementales et sociales définies par la loi permettent d’investir dans la mode circulaire. « Il faut que ça permette de renforcer les programmes circulaires de certaines enseignes (seconde main, réparation, location, etc.), les recrutements dédiés à l’économie circulaire, de travailler au recyclage et au réemploi. »

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