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07 octobre 2024

Rendez-vous à la 17ème édition de Produrable !

Produrable, le plus grand rendez-vous européen des acteurs et des solutions en faveur de l’économie durable, revient au Palais des Congrès pour parler VALEUR(S) les 9 & 10 octobre prochains. Plus de 300 conférences sont programmées, avec 7 formats différents : plénières, tables-rondes, ateliers, keynotes, animations sur stand, ainsi que des pitchs ou plaidoyers. Avec un focus particulier sur la finance durable & la CSRD, le vivant & la biodiversité, l’IA & le numérique. Avec 15 000 visiteurs, 700 intervenants, plus de 250 partenaires et une communauté de 55 000 décideurs, Produrable est une occasion unique de rencontrer les acteurs majeurs du développement durable. Pour vous inscrire, c’est ici


04 octobre 2024

SIBCA 2024 : la révolution de l’immobilier bas carbone

La troisième édition du SIBCA, Salon de l’Immobilier Bas Carbone, aura lieu du 7 au 9 octobre 2024 au Carrousel du Louvre. Le SIBCA s’est imposé depuis 2022 comme l’événement phare de l’immobilier engagé. Solutions techniques bas carbone, partage de bonnes pratiques et présentations des réalisations les plus exemplaires, les trois jours du SIBCA seront riches en échanges et en annonces. Une nouvelle édition qui aligne ses ambitions à celles des investisseurs, des territoires et des utilisateurs. « Dans un contexte de marché très difficile, l’enjeu climatique et carbone reste clé pour l’immobilier et la mobilisation des acteurs de la filière pour cette nouvelle édition du SIBCA en est une nouvelle démonstration. Nous présenterons, cette année, les trophées Quartier et Exploitation bas carbone exemplaires de BBCA ainsi que les premiers bâtiments bas carbone LCBI en Europe. » souligne Stanislas Pottier, Président de l’Association BBCA, Senior Advisor de la direction générale d’Amundi. Pour s’inscrire, c’est ici


30 septembre 2024

European Mobility ouvre ses portes ce mardi 1er octobre

Du 1er au 3 octobre 2024, tous les acteurs du transport public et de la mobilité durable se retrouveront pour une édition exceptionnelle à Strasbourg pour European Mobility Expo (aka EuMo Expo) qui réunira près de 11 000 participants français et internationaux. Véritable vitrine de l’innovation de la filière, EuMo Expo est le rendez-vous business incontournable pour l’ensemble des acteurs du secteur : constructeurs, opérateurs, élus, start-up, sociétés de service, de billettique, de maintenance… Le hall de 20 000 m² rassemblera les entreprises leaders de la mobilité française et internationale. Pour, s’inscrire (gratuitement), c’est ici.


26 septembre 2024

S’informer moins, s’informer mieux : un livre salutaire

Comment se tenir informé de l’actualité, sans pour autant se voir submergé par un déluge d’informations ? A l’heure où le journal télévisé de France 2 s’allonge pour atteindre une heure complète, à l’heure où les chaînes d’information en continu saturent le champ d’attention avec des informations répétitives et des commentaires non moins répétitifs, contribuant ainsi à la désinformation, ce « petit manuel de lutte pour ne plus subir l’actualité » est une œuvre de salut public. Il est écrit par deux journalistes chevronnés, qui savent de quoi il retourne : Patrick Busquet (ancien directeur de la rédaction de Décisions durables) et Didier Pourquery (ancien directeur adjoint de la rédaction du Monde). La désinformation est le cancer de la démocratie, et les tendances sont inquiétantes. Non seulement les fake news se multiplient, mais on voit poindre chez une grande partie de la population, au niveau mondial, un dégoût de l’information : aujourd’hui, 38 % des personnes évitent de consulter l’actualité, trop anxiogène, trop répétitive, trop chronophage. On peut imaginer un très paradoxal monde de demain, où les seules personnes se croyant bien informées seront-elles celles qui n’auront reçu que de fausses informations. Ainsi, le monde virtuel, monde second, engendre peu à peu son propre monde virtuel, tiers monde où le réel n’est plus qu’un vague souvenir, sans intérêt. On a qualifié le XXe siècle de siècle du réel. Le XXIe sera-t-il le siècle de l’irréel ? Avec quelles conséquences ? Les deux auteurs donnent plusieurs outils pour comprendre le fonctionnement de l’information et des medias, en particulier les fameux algorithmes. Mais surtout, ils ouvrent des pistes pour construire une information ayant une valeur d’usage, qui conduit le citoyen à devenir un acteur engagé, en prise avec les véritables enjeux de l’époque. Qui renoue avec le réel. « S’informer moins, s’informer mieux », Patrick Busquet et Didier Pourquery.Édition Librio mémo, 96 pages,  5 €. ISBN : 9782290261323


23 septembre 2024

Salon SME 2024 : le salon des entrepreneurs ouvre ses portes aujourd’hui

Le salon SME est l’événement dédié aux indépendants, créateurs d’entreprises et TPE. Il se déroulera les 23 et 24 septembre au Palais des congrès de Paris. Ce sera l’occasion de célébrer plusieurs anniversaires :– Les 15 ans du régime « auto-entrepreneur », qui a démocratisé l’accès à l’entrepreneuriat ;– Les 10 ans de la loi ESS (ou loi Hamon) qui a vu naître le statut d’ »entrepreneur salarié » et promu les Coopératives d’Activité et d’Emploi (CAE) ; Et aussi :– Les 10 ans de la Loi relative à la simplification des entreprises ;– Les 5 ans de la Loi Pacte ;– Les 3 ans du Plan Indépendants ;– Et enfin, le 25ème anniversaire du Salon lui-même ! « Lorsque nous avons créé le 1er Salon des micro-entreprises en septembre 1999, mes associés et moi-même n’imaginions pas une seconde qu’il y en aurait un 25ème, un quart de siècle plus tard… 25 ans, consacrés à promouvoir l’entrepreneuriat et ouvrir l’avenir des entrepreneurs » indique Alain Bosetti, président du Salon SME. Le salon a été, pendant ces 25 dernières années, à la fois témoin privilégié et acteur de la démocratisation de la création d’entreprises en France. En 1999, 270 000 entreprises étaient créées (contre 1 million par an depuis 2021), le régime auto-entrepreneur n’existait pas, l’iPhone était au mieux une idée avec Steve Jobs revenu à la tête d’Apple seulement 2 ans auparavant, Amazon était une librairie en ligne et Google soufflait sa 1ère bougie. Cette 25ème édition du Salon SME permettra bien sûr d’évaluer la Transition entrepreneuriale en France et de se projeter dans le futur. Mais il permettra surtout aux entrepreneurs d’aujourd’hui, de trouver pendant 2 jours les ressources pour créer, gérer et développer leurs activités. Pour obtenir une invitation gratuite, c’est ici


06 septembre 2024

Assises Européennes de la Transition Énergétique : Transformons nos contraintes en opportunités

La 25ème édition des Assises Européennes de la Transition Énergétique se tiendra du 10 au 12 septembre 2024 au Kursaal de Dunkerque. Les Assises Européennes de la Transition Énergétique, créées il y a 25 ans, sont devenues un catalyseur de changement, pour stimuler tous les professionnels autour de l’innovation et la coopération en matière de transition énergétique.Le thème de cette édition : « Transformons nos contraintes en opportunités » Les 120 ateliers, 10 grandes plénières, 7 conférences au cœur du village des exposants, et 10 visites de terrain du bassin dunkerquois, seront l’occasion pour 4000 visiteurs attendus, acteurs des collectivités, des entreprises et des associations , scientifiques et experts de la transition écologique… d’échanger et de débattre.La programmation est inédite, avec de grands intervenants et des focus à l’international, tel François Gemenne, politologue et co-auteur du 6ème rapport du GIEC, expert en migrations environnementales et climatiques. Un programme augmenté : 2 événements, en marge des Assises • Les Rencontres Européennes Décarbonation, Industries et Territoires, qui réunit chaque année depuis 5 ans, les plus grands industriels implantés à Dunkerque pour accélérer sur la décarbonation de l’industrie à l’échelle régionale et participer à l’engagement collectif au niveau international. • Second événement dans l’événement, la tenue pendant les Assises, de ‘La Fabuleuse Factory’, sur le parvis du Kursaal. Ce rendez-vous grand public proposera de manière ludique et pédagogique, de découvrir l’industrie dunkerquoise qui se transforme autour de la décarbonation et des énergies de demain aux côtés d’acteurs publics, privés, industriels et associatifs du Dunkerquois. Informations pratiques du 10 au 12 septembre 2024au Kursaal de Dunkerque.


28 août 2024

L’Université d’Été de l’Économie de Demain a ouvert ses portes !

Au programme cet après-midi, à la Cité Universitaire de Paris (14e) :• Financer la transformation : nouveau défi des investisseurs, à 17:15• Concilier Impact et Rentabilité : apprentissages de ceux qui se sont plantés (17:15 également)Vous pourrez également assister aux Pitch founders – Impact 40, à 17 :30 Six entrepreneur/es d’organisations lauréates du nouvel indice IMPACT 40/120 présentent leur entreprise devant un panel d’investisseurs de l’impact et un public afin de lever des fonds : l’occasion de découvrir des pépites françaises en voie de devenir licornes à impact :


26 août 2024

La REF du MEDEF ouvre ses portes aujourd’hui

Les 26 et 27 août, la REF, pour sa sixième édition, invite tous les entrepreneurs pour échanger, s’interroger, comprendre le monde en transitions. Mais aussi pour partager, s’interpeller, et s’émouvoir tout cela dans un esprit de convivialité. En cette année olympique, la REF est au rendez-vous, avec un programme exceptionnel d’intervenants, et de nombreuses surprises. Pour consulter le programme, c’est ici. 26 et 27 aoûtHippodrome ParisLongchamp2 route des Tribunes – 75016 Paris

Articles les plus lus

Sarah El Haïry, Haute commissaire à l'Enfance

20 juillet 2026

Sarah El Haïry : “Faire de la transition écologique une opportunité de protection des enfants”

Haute-commissaire à l’Enfance depuis mars 2025, passée par les secrétariats d’État à la Jeunesse et à la Biodiversité, Sarah El Haïry souhaite que les enjeux de la transition soient l’occasion d’intégrer davantage la protection de l’enfance dans les politiques publiques. Deux avancées qui, selon elle, doivent aller de pair. Entretien. Propos recueillis par Réjane d’Espirac Quelles sont les missions du Haut-commissariat à l’Enfance ? La création du Haut-commissariat à l’Enfance a été annoncée le 28 décembre 2024 en réponse à une urgence : celle de protéger les plus jeunes de la précarité, de la violence et de l’isolement. La convention internationale des droits de l’enfant, adoptée le 20 novembre 1989 par les Nations-Unies, dit qu’un enfant a le droit de jouer et de grandir en sécurité. En France aujourd’hui, un enfant sur cinq est en situation de pauvreté. Au 31 décembre 2023, plus de 220000 enfants étaient pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance. Cette précarité affecte l’accès à l’éducation, à la santé, aux loisirs, à la culture, au logement et à la mobilité. Notre première mission est de renforcer leur protection face à toutes les violences dont ils font l’objet. Nous intervenons aussi en matière de santé, d’accueil et d’accompagnement à la parentalité. L’un de mes chantiers est de développer une véritable culture de la prévention, permettant de réduire les risques au maximum, mais aussi de changer l’orientation de nos politiques publiques, encore trop axées sur le curatif. L’enfance n’est pas pensée, pour l’instant, de manière transversale et pluridisciplinaire. On envisage l’enfant sous le prisme de la santé, ou de l’éducation, ou de la justice… Je souhaite briser ces silos, afin de remettre l’enfant au centre. Pour cela, nous organisons la concertation entre des acteurs aux logiques parfois divergentes – institutions, entreprises, associations, services sociaux… – afin de parvenir à créer des coalitions. Comment intégrez-vous dans ces missions les enjeux de la transition ? L’important à mon sens est d’inclure l’enfant dans toutes les politiques de transition. Qu’il s’agisse d’aménagement urbain, de mobilité ou d’alimentation, il faut faire des nécessaires évolutions de ces secteurs une opportunité pour protéger les enfants. La transition écologique, comme la protection de l’enfance, doivent devenir des préoccupations centrales et transversales. Ce ne sont plus des sujets annexes. Leur prise en compte doit imprégner toutes nos décisions. C’est un changement de paradigme. Les enfants sont les premiers touchés par les questions de santé environnementale. Ce sont les plus vulnérables face à la pollution de l’air et à l’exposition à certaines substances toxiques. Comme ils sont les plus exposés, il faut penser l’ensemble des projets de transition à hauteur d’enfants. Nous avons envers eux une responsabilité de protection et d’accompagnement. C’est un combat commun : pour les enjeux que nous avons à porter, j’ai autant besoin de l’élu en charge de l’urbanisme que de celui qui s’occupe de la petite enfance. Vous avez des exemples ? Prenons la pollution lumineuse, très nuisible à la biodiversité. Les projets de smart cities intègrent la mise en place de capteurs de mouvement et de luminosité, afin d’adapter l’intensité lumineuse aux besoins. À ce dispositif, il faut inclure des capteurs à hauteur d’un enfant d’un mètre vingt – qui seront également utiles pour les personnes en fauteuil roulant. Idem pour les feux tricolores, que l’on peut équiper de détecteurs identifiant la présence d’enfants, afin d’allonger la durée des feux pour leur permettre de traverser à leur rythme en toute sécurité. Je ne suis pas techno-solutionniste, mais je me dis que l’on peut profiter de certaines opportunités pour adapter la ville aux enfants. Selon une étude récente de l’Ademe, l’agence de la transition écologique, les enfants d’aujourd’hui vont à l’école tout seuls à partir de 11 ans, soit un an plus tard que la génération de leurs parents, à cause des dangers perçus. Il faut rendre la ville plus sûre. L’Irlande, par exemple, a mis en place des pistes cyclables dédiées aux plus jeunes, interdites aux vélos électriques qui filent à toute allure ! Ne pas adapter la ville à leurs besoins, c’est prendre le risque de les cantonner encore plus dans leur chambre, où le monde virtuel et donc les réseaux sociaux les maintiennent déjà beaucoup. Un espace public où les enfants ne sont pas les bienvenus, c’est une discrimination. Quel est le niveau d’éco-anxiété chez les jeunes ? Il existe plusieurs niveaux. Selon un autre rapport publié par l’Ademe en 2025, 15% des Français sont “moyennement touchés” par l’éco-anxiété et 5% “très fortement touchés”. Les jeunes sont plus éco-anxieux que leurs aînés. Si l’éco-anxiété affecte 22% des 50-64 ans et 31% des 35-49 ans, elle concerne 33% des 15-24 ans et 39% des 25-34 ans. Ces deux classes d’âge sont aussi les plus exposées en termes de santé mentale : 8 à 10% des 15-34 ans s’avèrent “très fortement éco-anxieux”. Globalement, on distingue différents profils : les éco-indifférents, les éco-détachés, les éco-soucieux, les éco-préoccupés, les éco-alarmés, les éco-effrayés et les éco-terrifiés. L’étude montre aussi que les filles sont plus éco-anxieuses que les garçons. Comment répondre à cette éco-anxiété ? D’abord, il ne faut pas hésiter à l’exprimer auprès d’un professionnel de santé et à se faire accompagner. L’éco-anxiété est admise désormais comme un fait psycho-social ; ce n’est pas une lubie. Ensuite, il faut promouvoir l’action ; chaque éco-engagement agit comme un régulateur. Notre rôle est d’aider à systématiser des occasions de faire, dès le plus jeune âge. Aujourd’hui par exemple, nous accompagnons la création de potagers dans des crèches, car nous savons que plus l’enfant est au contact de la nature, plus il prend conscience de sa relation avec elle, plus il se sent acteur, plus cela nourrit sa santé physique et mentale. En tant que ministre j’ai également pu porter la présence d’éco-délégués dans les collèges et les lycées, ainsi que les services civiques écologiques qui permettent aux 16-25 ans de s’engager pour plusieurs mois dans une mission environnementale indemnisée. Ce sont des opportunités d’action. Comment l’école s’adapte-t-elle structurellement aux enjeux de la transition ? La désimperméabilisation de certaines cours d’école a permis de réintroduire des îlots de fraîcheur. S’il s’agissait d’abord d’assurer le bien-être des enfants, en anticipation des pics de chaleur induits par le réchauffement climatique, ces initiatives ont aussi permis d’améliorer le cycle de l’eau et de réintroduire de la biodiversité à l’intérieur de territoires qui avaient été complètement bétonnés. À Barcelone, où les établissements scolaires se sont déjà beaucoup adaptés aux enjeux de la transition, ils sont en train de transformer les écoles, afin d’offrir aux enfants des lieux de socialisation, dotés d’une bonne qualité d’air. Ces projets permettent de faire converger les nécessités sociales et écologiques. Qu’en est-il de l’accès à une alimentation durable ? C’est aussi un enjeu fort, tant sur le plan social qu’écologique. Les repas en temps collectif sont une opportunité. D’abord, ils répondent à des précarités. Le déjeuner à la cantine est pour certains enfants le seul repas où ils peuvent, par exemple, manger des fruits frais et de saison. Des études montrent que la qualité des repas pris à la maison se dégradent également par l’omniprésence des écrans et la dégradation des liens familiaux : beaucoup d’enfants mangent seuls ou devant un écran. C’est délétère. Sur le plan écologique, la mise en œuvre des lois Égalim et l’obligation d’introduire des produits biologiques et locaux dans les cantines permettent d’améliorer la qualité nutritionnelle des repas. Nous sommes en train d’organiser une action avec des chefs étoilés dans les écoles, dans un objectif d’apprentissage des produits et des bons réflexes alimentaires. Quelle est la place de l’éducation à l’environnement dans les programmes scolaires ? À mon sens, il ne faut plus en faire un thème séparé. L’éducation à l’environnement, c’est l’éducation à l’avenir. Cela devrait davantage apparaître en filigrane dans tous les apprentissages. Adapter les pédagogies, prendre acte des transitions, comprendre les trajectoires en termes de climat, de pression sur la biodiversité et d’accès aux ressources, donner les moyens de devenir des acteurs de l’adaptation : dès la maternelle, on peut sensibiliser les enfants à la préservation de l’eau, au tri, à la saisonnalité… Il faut leur faire côtoyer et aimer la nature dès le plus jeune âge, même s’ils vivent dans des environnements urbains, par exemple par des visites très régulières en forêt ou dans des fermes pédagogiques. Ces actions ne doivent plus être des expérimentations isolées. Elles doivent se généraliser. La virtualité omniprésente dans la vie des enfants et des adolescents ne nuit-elle pas à leur intérêt pour ce qui les entoure ? La place des écrans est un sujet important, face auquel nous ne pouvons pas laisser les parents seuls. La vitesse avec laquelle l’intelligence artificielle s’intègre dans nos vies est très rapide et très brutale. 70% des parents se disent dépassés. Il faut les aider à estimer la place que prend ce monde virtuel dans le quotidien de leurs enfants, à identifier ses conséquences sur leur santé mentale et somatique, et à s’en ressaisir. Il convient par exemple d’expliquer ce qu’est une bulle algorithmique et de souligner ses biais, pour développer l’esprit critique. Un autre enjeu est de travailler avec les grands opérateurs numériques et les associations pour assurer la protection des jeunes dans ces espaces. Qu’ils ne tombent pas sur un contenu pornographique au détour d’une plateforme de jeu, par exemple. On estime que la majorité des collégiens et des lycéens ont déjà été exposés à des images pornographiques sans le désirer. D’ores et déjà, nous avons obtenu légalement l’interdiction des sites qui ne contrôlent pas de façon effective l’âge de leurs visiteurs. Comment travaillez-vous avec le monde de l’entreprise ? Qu’attendez-vous de lui ? J’attends d’abord des entreprises qu’elles accompagnent leurs collaborateurs sur la question de la parentalité. J’ai besoin qu’elles prennent conscience de la charge mentale des parents qu’elles emploient, des difficultés qu’ils rencontrent et du temps dont ils ont besoin pour leur vie de famille. C’est un travail que nous menons avec l’Association nationale des DRH, très engagée sur les questions sociétales. La création d’un nouveau congé de naissance, permettant aux parents de prendre jusqu’à deux mois supplémentaires chacun pour accueillir leur enfant, vient d’être approuvée par la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale. On peut aussi aller plus loin sur les parcours PMA, les enfants malades, la santé mentale au sein de la famille, le droit à la déconnexion… D’autre part, j’attends des entreprises qu’elles veillent au respect des enfants dans le choix de leurs fournisseurs, tout au long de leur chaîne de valeur. Il est intolérable en 2025 de collaborer avec des entreprises qui exploitent les enfants. Pensez-vous qu’une nouvelle culture est en train de s’installer ? ll n’y a aucun fatalisme ; les lignes bougent, mais il faut encore rendre le sujet populaire. Il faut ouvrir les imaginaires, créer de la proximité, nourrir une sensibilité. À mon niveau, je suis un catalyseur de coalitions. Si je ne crée pas de coalitions, je ne crée pas de changement ni de transition. À partir du moment où les gens s’engagent et voient le résultat concret de leur action, cela crée une confiance sur la capacité d’agir et initie un cercle vertueux. Mon rôle est de donner des clés, monter des ateliers, fédérer des acteurs, lever certaines barrières. Quand je demande à la Fédération française du jouet d’imaginer des jouets à même de faire évoluer les comportements, notamment contre les violences faites aux enfants, je participe à briser un silence ou un impensé. Étonnamment, quand je dis : “J’ai besoin de vous, je n’ai pas votre savoir-faire, mais j’ai des leviers qui pourront rendre votre action plus forte et plus utile”, je suis entendue. Vous organisez tous les mois des projections de films… Certains sujets, lorsqu’ils sont traités sont un angle sensible, ne peuvent pas laisser indifférents. Ainsi, la culture participe-t-elle à accompagner des compréhensions sur des sujets parfois complexes. Nous avons par exemple organisé une projection de la série anglaise Adolescence – dont des extraits sont diffusés à la demande de l’Éducation nationale dans certains collèges, comme cela a été le cas au Royaume-Uni. Les deux-tiers de la salle ne l’avait pas vue. Nous avons également diffusé le documentaire Les écrans rois. Ces projections sont suivies d’une discussion puis, quelques jours plus tard, pour ceux qui ont envie d’aller plus loin, d’une demi-journée de tables rondes avec des experts, qui permettent de revenir sur les constats puis d’envisager des solutions. Les gens en sortent généralement avec une volonté, ou du moins une capacité de faire. Cela change totalement ma relation avec les acteurs avec qui je travaille. Les initiatives prises par les jeunes eux-mêmes sont-elles utiles et entendues ? L’engagement des jeunes en faveur de la transition écologique est une formidable école de citoyenneté. À Brest, une association de collégiens a nettoyé les plages de leurs plastiques, puis en a fait un événement à la mairie. Dans une autre commune, des éco-délégués ont fait bannir les distributeurs de boissons de leur établissement scolaire, afin de les remplacer par des gourdes et des fontaines à eau. Les jeunes peuvent être très novateurs – les nouvelles formes de réseaux sociaux autour de l’entraide ou de la seconde main, comme Allo Voisins viennent d’eux. L’enjeu de la transition, au-delà de la question des ressources, c’est de soutenir une façon de vivre plus douce et plus respectueuse. Pour l’instant en France, il existe 2000 conseils municipaux des jeunes. Cela représente seulement 6% des communes. L’association qui les fédère, l’ANACEJ, a publié récemment une étude qui montre la diversité des actions mises en œuvre, de la simple discussion à la consultation des jeunes sur des sujets qui les concernent. Il existe des conseils d’usagers et des comités d’experts dans pratiquement tous les domaines, alors pourquoi ne pas impliquer les enfants dans la manière dont on construit leur monde ? Cela peut paraître symbolique mais demain, les horaires dans les abribus seront peut-être affichés non seulement à hauteur d’adulte, mais aussi à hauteur d’enfant… Pour les rendre encore plus acteurs, il faut soutenir leur visibilité dans les instances, leur rendre les chemins de décision compréhensibles, et adapter nos supports et nos discours.   Vers une clause d’impact jeunesse ? La clause d’impact jeunesse est un mécanisme d’évaluation systématique visant à mesurer l’impact d’une décision politique, d’une loi ou d’un budget sur les jeunes générations – souvent les moins de 30 ans. Cette clause peut porter sur l’emploi et la formation, le logement, la santé mentale, le climat, la participation citoyenne… En France, cette clause n’existe pas encore, mais l’idée progresse. Certains pays européens ont déjà fait un pas en ce sens : en Autriche, depuis 2013, toute loi doit être évaluée selon son impact sur les jeunes ; l’Allemagne expérimente la même chose depuis 2017 ; et la Finlande intègre les jeunes dans ses évaluations d’impact intergénérationnel, notamment sur les politiques climatiques. Ces exemples nourrissent la réflexion au sein de la Commission européenne et du Conseil de l’Europe.   Le réseau “Ville amie des enfants” Metz, Nantes, Marseille, Puteaux, Bailleul… 300 villes en France font partie du réseau “Ville amie des enfants”. Portée par l’Unicef et ses comités locaux, lancée en France en 2002 en partenariat avec l’Association des maires de France, cette initiative vise à promouvoir et à garantir les droits des enfants et des jeunes à l’échelle locale. Chaque ville labellisée s’engage à intégrer leurs besoins et leurs voix dans ses politiques territoriales, en termes notamment de bien-être, de lutte contre les discriminations, d’éducation, de participation aux décisions qui les concernent et de sensibilisation à leurs droits. www.villeamiedesenfants.fr   Sarah El Haïry en 6 dates clés 1989 Naissance à Romorantin (Loir-et-Cher) 2017 Première mandat de députée en Loire-Atlantique 2020 Nommée secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et du Service national universel 2023 Nommée secrétaire d’État chargée de la Biodiversité 2024 Nommée ministre déléguée chargée de l’Enfance, de la Jeunesse et des Familles 2025 Nommée Haute-commissaire à l’Enfance  

Holicare déploie des outils au service de la santé mentale

07 septembre 2026

Holicare : Une plateforme pour la santé mentale

Face aux enjeux de la santé mentale au travail, Holicare déploie des outils simples, validés cliniquement, de détection et d’accompagnement. Et ça fonctionne. Par Réjane d’Espirac Quand une associée de Stéphane Cremades fait un burn-out en 2018, le multi-entrepreneur réalise qu’il n’a pas de dispositif de soutien. La santé mentale est en train de devenir un enjeu structurel et sociétal ; il réunit un comité scientifique composé d’un directeur médical, d’une psychiatre, d’une psychologue, d’un chercheur et d’un spécialiste des pathologies professionnelles. Objectif : créer un outil d’évaluation de la santé mentale fondé sur des données scientifiques, facile à déployer au sein des organisations, puis protocoliser des parcours de soins efficaces, gratuits et confidentiels pour les salariés intéressés. Holicare naît en 2021. L’entreprise de l’économie sociale et solidaire compte aujourd’hui 23 collaborateurs. Son test digital de 7 minutes, validé cliniquement, a été passé par 29000 personnes. 1000 ont suivi un parcours de soins personnalisé de 3 à 9 mois, coordonné par une infirmière avec une psychologue, un coach en activité physique, une diététicienne, une assistante sociale et des approches psycho-corporelles. “Chez nos clients, environ 50% des employés passent le test, note Stéphane Cremades. Nos parcours permettent la disparition à 91% de tout symptôme anxio-dépressif.” Après s’être déployé dans le médico-social, Holicare a convaincu des PME, des collectivités territoriales, des groupes comme Fnac Darty, ainsi que des associations d’aidants ou d’étudiants.

Entreprise à mission : l'impact au delà du statut

18 septembre 2026

Sociétés à mission : les entreprises à l’épreuve de leurs engagements

Elles sont plus de 2 500 en France à avoir inscrit noir sur blanc leur impact social et environnemental dans leurs statuts. Depuis la loi PACTE de 2019, les sociétés à mission se multiplient, entre quête de sens, stratégie économique et volonté de transformation. Mais derrière l’engagement, que change vraiment cette qualité ? Plongée dans un modèle qui oblige les entreprises à se confronter à leurs propres contradictions. Par Marion Pépin Dans les ateliers de La belle-iloise, les sardines continuent d’être préparées avec minutie. Ici, on parle encore du « bon moment » pour pêcher un poisson, de la teneur en graisse selon la saison, ou du choix de l’huile d’olive comme d’autres parleraient d’un grand cru. « Le poisson, il faut le travailler quand il est au meilleur de sa qualité », insiste Caroline Hilliet Le Branchu. « C’est pareil pour les autres ingrédients. Le citron, l’huile… Tout ça compte énormément dans le produit final ». La dirigeante incarne la troisième génération à la tête de cette entreprise familiale fondée en 1932 par son grand-père, à Quiberon. Une maison restée 100 % familiale depuis sa création. « Nous n’avons eu que des dirigeants familiaux », rappelle-t-elle. L’histoire de La belle-iloise est aussi celle d’un refus : celui de la standardisation. Dans les années 1960, alors que la grande distribution explose, l’entreprise comprend rapidement qu’elle ne pourra pas suivre la logique des prix bas. « Nos produits étaient trop chers pour la grande distribution, parce qu’on refusait de baisser notre niveau de qualité », raconte Caroline Hilliet Le Branchu. Plutôt que de changer ses recettes, la conserverie décide alors d’inventer un autre modèle : la vente directe. Un premier magasin ouvre. Puis un deuxième. Puis des dizaines d’autres. Aujourd’hui, l’entreprise compte 93 boutiques et réalise près de 95 % de son chiffre d’affaires sans intermédiaire « La vente directe nous permettait d’expliquer nos produits, de raconter pourquoi ils étaient différents », explique la dirigeante. « On ne vend pas seulement une boîte de sardines. On raconte un savoir-faire, une histoire, une manière de faire. » Interroger son propre modèle En 2023, La belle-iloise franchit pourtant une nouvelle étape : devenir société à mission. « Le prolongement de notre engagement finalement », sourit Caroline Hilliet Le Branchu. Sur le papier, la raison d’être choisie semble presque naturelle pour cette entreprise : « Permettre à chacun de vivre mieux en conciliant manger sain et plaisir ». Elle se décline en trois grands objectifs : promouvoir une alimentation saine et équilibrée, réduire l’impact environnemental de l’entreprise et soutenir l’activité économique locale. Mais derrière ces formulations relativement consensuelles, le changement est bien plus profond qu’il n’y paraît. « On faisait déjà attention à beaucoup de choses », explique Caroline Hilliet Le Branchu. « Mais devenir société à mission, c’était une façon d’aller un cran plus loin. » La réflexion commence en 2020. À ce moment-là, l’entreprise se questionne sur la manière de pérenniser ses engagements dans le temps. « On s’est dit : si on veut vraiment continuer à progresser sur les sujets environnementaux et sociétaux, il faut qu’on se challenge davantage », raconte la directrice. Le déclic vient aussi d’une prise de conscience : les valeurs historiques de l’entreprise ne suffisent plus à elles seules. « Tant que les choses ne sont pas écrites, on peut toujours se raconter des histoires. Le fait de les inscrire dans les statuts nous oblige réellement. » Et cette obligation change la manière de penser certaines décisions. Comme beaucoup d’entreprises agroalimentaires, La belle-iloise travaille sur son « scope 3 », c’est-à-dire les émissions indirectes liées à son activité, notamment celles générées par ses fournisseurs. Un exemple s’impose rapidement dans la discussion : la pêche. L’entreprise ne possède pas de bateaux, mais elle dépend entièrement de cette ressource. « On s’est demandé : quelle est notre responsabilité, en tant que clients, en tant qu’acheteurs de poissons ? ». La réponse n’a rien d’évident. Arrêter le poisson ? Impensable pour cette entreprise construite autour de la conserve marine. Continuer sans évoluer ? Difficilement compatible avec les engagements pris. L’entreprise choisit alors une voie intermédiaire :  développer davantage de produits végétaux. Objectif affiché : d’ici 2032, 25% de son chiffre d’affaires devra venir de recettes sans poisson. « L’idée, ce n’est pas de renier notre métier », précise la dirigeante. « Mais de permettre à l’entreprise de continuer à se développer sans augmenter mécaniquement la pression sur les ressources marines ». Un pari qui reste incertain. « Les clients ne vont peut-être pas nous suivre. On n’a pas réponse à tout. Mais le fait d’être société à mission nous pousse à essayer ». Derrière les engagements, des arbitrages très concrets C’est précisément ce que cherchent à provoquer les sociétés à mission : forcer les entreprises à regarder leurs contradictions en face. Créé par la loi PACTE en 2019, cette qualité permet aux entreprises d’inscrire leurs engagements dans leurs statuts. Mais contrairement à une simple politique RSE ou une charte interne, il ne s’agit pas seulement de déclarer des intentions. Le dispositif prévoit des mécanismes de contrôle. « Une société à mission, ce n’est pas seulement une entreprise qui dit qu’elle veut faire mieux », résume Valérie Brisac, directrice générale de la Communauté des entreprises à mission. « C’est une entreprise qui formalise une promesse et accepte d’être contrôlée dessus ». Concrètement, les entreprises doivent définir une raison d’être, des objectifs précis, et surtout mettre en place un système de contrôle. Un comité de mission suit les actions, et un organisme indépendant vient auditer les résultats tous les deux ou trois ans. Les conclusions sont publiques. « C’est ce qui différencie vraiment le modèle d’une simple opération de communication », estime Valérie Brisac. Un modèle qui séduit, pour des raisons très différentes En quelques années, le mouvement a pris de l’ampleur. Environ 2 500 sociétés à mission aujourd’hui en France, et près de 500 nouvelles chaque année, selon le neuvième baromètre de l’Observatoire des sociétés à mission. Mais toutes ne s’engagent pas pour les mêmes raisons. « Au début, il y avait surtout des entreprises déjà sensibles à ces sujets, engagées sur les questions sociales et environnementales, comme la Camif, le Groupe Rocher ou le Crédit Mutuel Arkea », observe Valérie Brisac. « Le profil des entreprises évolue. On voit une volonté de certaines entreprises de s’engager, des dirigeants qui souhaitent créer un cadre pour que les fondements de leur entreprise perdurent dans le temps. D’autres y voient aussi un outil stratégique », assure Aurélie Ghemouri Krief, associée au sein du cabinet de conseil Plein Sens. Elle travaille depuis de nombreuses années sur la responsabilité sociale des entreprises. Clarifier sa mission, c’est se positionner sur un marché, attirer des clients, mais aussi répondre à une forte demande des salariés. La mission est aussi devenue un argument de recrutement. « On a multiplié les candidatures par dix » Chez SOCAPS, le changement est tangible. Cette entreprise d’assistance technique industrielle, présente dans 120 pays, est devenue société à mission en 2021. Son directeur général, Thomas Meyer, ne cache pas son enthousiasme : « Ça a créé une vraie dynamique. On s’est retrouvés autour d’objectifs communs, comme les sujets de parité, de handicap dans l’industrie, de climat ou d’achats responsables… Tout cela guidé par cette mission ». Un choix cohérent avec son fonctionnement coopératif, selon le dirigeant. Le passage en société à mission a eu un effet immédiat. « On a multiplié par dix les candidatures spontanées », affirme-t-il. Dans un secteur industriel où les métiers techniques peinent parfois à recruter, la mission devient un outil d’attractivité pour aller chercher de nouveaux talents. « Les nouvelles générations veulent comprendre pourquoi elles travaillent », soutient-il. « Bien sûr que la question du salaire, est importante. Mais, on voit bien que les salariés ont de plus en plus besoin de donner du sens à leur travail, avoir le sentiment qu’ils agissent pour quelque chose. On parle beaucoup du désengagement des salariés, mais beaucoup de personnes sont aussi contentes de s’engager. C’est donc un plus, pour attirer un certain type de travailleurs », analyse Aurélie Ghemouri Krief. Thomas Meyer nuance : « Tous les salariés ne viennent pas chercher du sens, il ne faut pas fantasmer non plus ». Pour éviter que la mission reste théorique, l’entreprise a revu plusieurs fois sa feuille de route. Une quarantaine d’actions ont été mises en place, certaines encore expérimentales. « On a voulu garder une logique de laboratoire. Certaines idées fonctionnent, d’autres non », confie le dirigeant de SOCAPS. Une transformation qui demande du temps et de l’argent Derrière les discours inspirants et la bonne volonté, la mise en œuvre peut être lourde. « Être société à mission, ce n’est pas juste changer une phrase sur un site internet », insiste Aurélie Ghemouri Krief, qui accompagne des entreprises sur ces sujets depuis plusieurs années. Selon cette consultante, beaucoup de dirigeants découvrent rapidement la complexité du modèle : « Il faut créer un comité de mission, définir des indicateurs, produire un rapport, rendre des comptes », détaille-t-elle. Et surtout arbitrer. « La difficulté, c’est qu’il faut continuer à faire du chiffre d’affaires tout en réduisant ses externalités négatives, son impact ». A Quiberon, Caroline Hilliet Le Branchu en fait l’expérience avec la décarbonation de La belle-iloise. Produire des conserves nécessite des températures très élevées. Or, aujourd’hui, le gaz reste quasiment incontournable. « Les alternatives technologiques ne sont pas encore au niveau. Parfois on sait ce qu’il faudrait faire, mais on ne peut pas encore le faire », résume-t-elle. Une arme contre le greenwashing ? Dans un contexte où les accusations de greenwashing se multiplient, les sociétés à mission se présentent comme un cadre plus crédible. « Le fait d’avoir des audits et des obligations de transparence change beaucoup de choses », estime Valérie Brisac. Le dispositif prévoit même qu’un tiers (ONG, concurrent ou tribunal) puisse contester le statut d’une entreprise si ses engagements semblent fictifs. Pour l’instant, aucun cas emblématique n’a émergé. Mais la pression existe.  « Les entreprises qui franchissent le pas savent qu’elles seront attendues », souligne Aurélie Ghemouri Krief. « Quand on est société à mission, qu’on a fait l’effort d’aller chercher ce statut, que l’entreprise est attendue par les salariés, on sait que la plupart des entreprises qui sautent le pas le font avec honnêteté et l’envie de suivre ce modèle », assure-t-elle avant d’ajouter : « Etre une société à mission, ce n’est pas une fin en soi. Ce qui est important, c’est d’être dans une démarche de réflexion autour de son impact ». Une autre manière de piloter l’entreprise Au fond, ce que transforme la société à mission, c’est peut-être moins l’entreprise elle-même que la manière de la diriger. « Avant, beaucoup de décisions étaient uniquement pilotées par les indicateurs financiers », observe la consultante. « Aujourd’hui, certaines entreprises commencent aussi à intégrer des arbitrages sociaux ou environnementaux dans leur stratégie ». Une évolution qui oblige les dirigeants à penser davantage sur le temps long, parfois au détriment de décisions économiquement plus simples ou plus immédiates. Le mouvement reste encore minoritaire. Et imparfait. Mais pour Caroline Hilliet Le Branchu, une chose est certaine : revenir en arrière semble désormais impossible. « On n’a pas réponse à tout », reconnaît-elle. « Mais au moins, on est obligés de se poser les bonnes questions ».

03 février 2026

Brune Poirson : « La transition écologique est une question de méthode ! »

Ancienne secrétaire d’État à la transition écologique de 2017 à 2020, directrice du développement durable pour le groupe Accor de 2021 à 2025, la quadragénaire a navigué entre le privé et le public tout au long de sa carrière avec un fil rouge : la transition, le développement durable et les modèles économiques qui en découlent sont nos meilleures chances d’être un État souverain, compétitif. Une mission d’autant plus cruciale à un moment où de nombreuses réglementations sont démantelées, et où le contexte géopolitique tend à resserrer les rangs vers une économie du court-terme. Entretien. De vos engagements politiques à vos expériences dans le privé, comme chez Accor, vous avez dédié votre carrière à l’accompagnement de la transition écologique. Qu’est-ce qui vous a fait prendre conscience de ces enjeux et vous a donné envie de vous engager ? Brune Poirson : J’ai grandi en zone rurale, à la campagne. Pour moi, c’était naturel de suivre l’évolution des cycles de la nature, la question ne se posait pas. J’étais entourée d’agriculteurs, l’agriculture était moins mécanisée, encore plus connectée à la nature. Nous voyions directement les drames que représentent une sécheresse, ou trop de pluie. Je n’ai pas eu de déclic en tant que tel, mais plutôt des moments marquants. Je me souviens par exemple de la cantine de mon école : il y avait certains enfants dont on savait qu’ils ne mangeaient qu’à midi, et qui avaient parfois tellement faim qu’ils consommaient même la peau des melons. Ce qui pose des questions sociales, mais aussi environnementales. C’est intolérable de ne pas avoir assez à manger, sans compter que la peau des melons était pleine de pesticides. Ce sont des choses comme ça qui m’ont marquée et qui m’ont donné envie de travailler dans le domaine du développement durable. À l’époque, il y a une vingtaine d’années, c’était un secteur de niche ! J’aurais pu devenir ingénieure, mais ce n’était pas ma vocation. J’ai fait des Sciences politiques, car je savais que je voulais m’engager en politique pour changer les choses. Avec une approche plus systémique, plus transversale. Vous avez passé plusieurs années en Inde, où vous avez occupé des fonctions en politique (gouvernement indien), dans le secteur public (Agence française de développement) et privé (Véolia Water India). Quelle était votre intention en partant ? En effet, je n’y suis pas allée par hasard. Je voulais impérativement passer du temps dans les pays émergents parce que j’avais l’intuition que de nombreuses solutions viendraient de chez eux car ils étaient déjà face à des problèmes que nous allions avoir plus tard. Et qu’il fallait les voir beaucoup plus comme des alliés ou des pays dont il fallait apprendre que l’inverse. J’ai ensuite voulu retourner en politique en France, en passant d’abord par la Kennedy School à Harvard. Il s’est trouvé qu’au même moment, le Emmanuel Macron de 2017 correspondait à mon projet. J’ai fait un an de campagne sur le terrain chez moi, j’ai été élue, et nommée au gouvernement : j’ai décidé de me saisir du sujet de l’économie circulaire, et j’étais en charge des négociations climatiques internationales. À cette période, ni l’État ni les entreprises ne pensaient pertinent de sortir des modes de production linéaire. Certains discours véhiculaient le fait qu’il n’y avait rien à faire, que les entreprises finiraient par s’en saisir. Cela me paraissait aberrant, notamment parce que je voyais ce qu’il se passait en Asie et qu’il me semblait indispensable de s’en saisir pour que la France devienne leader dans le domaine. En plus des questions d’accès aux ressources, notamment aux minerais, aux métaux rares, je voyais aussi que si nous continuions à gérer les choses comme on le faisait, nous allions perdre en compétitivité dans de nombreux secteurs comme le plastique, la mode, l’agroalimentaire… Alors que l’économie circulaire est une occasion d’être souverain, avec une politique industrielle, des emplois locaux, non délocalisables, et un bénéfice pour l’environnement. Vous dites que beaucoup n’en percevaient pas les enjeux, écologiques, économiques, politiques. La loi relative à la lutte contre le gaspillage et pour une économie circulaire a été promulguée en 2020. 5 ans après, où en sont les entreprises françaises dans leur compréhension du changement climatique et de son impact sur leurs modèles ? Je pense qu’elles ont compris que c’était une réalité et qu’il allait falloir s’en occuper sous peine de voir leur rentabilité affectée, même si elles n’avancent pas toutes au même rythme. C’est aux États-Unis, mais une étude du MIT indiquait récemment que quasiment l’intégralité des chefs d’entreprises américains savent qu’à un moment, ils vont devoir délocaliser le siège de leur entreprise ou de leurs filiales majeures. Ils sont conscients qu’ils vont devoir s’adapter. Pour moi, il y a désormais deux questions clés : c’est « quand » et « comment ». C’est vraiment en considérant cela que l’on peut évaluer le degré de compréhension réelle de la transition au sein des entreprises. Or, ce sont ces questions que beaucoup éludent encore. Ensuite, il faut différencier les PME et les ETI d’un côté, et les grandes entreprises de l’autre. Sachant que parmi les grands groupes, il y a vraiment des différences entre ceux qui ont intérêt à transitionner pour leur business model et ceux qui n’en ont pas et qui continuent à privilégier la rentabilité court-terme. Quel a été l’impact dans ce contexte de l’annonce initiale de la directive CSRD (Corporate Sustainability Reporting Directive) dont le but est d’obliger un panel au départ relativement large d’entreprises à rendre compte de leurs opérations et leurs réponses aux défis environnementaux et sociétaux ? Malheureusement, la CSRD a été déployée au moment de l’arrivée de Trump, et des grands reculs écologiques aux États-Unis. Et au moment aussi, du coup, de l’accentuation des crises géopolitiques. Cela a été très utile pour tous les détracteurs de l’environnement, qui avaient enfin un point solide sur lequel s’appuyer, pour freiner la transition. Cela a représenté une aubaine pour les détracteurs du climat qui avaient été forcés de faire profil bas après le Covid. Il y a également eu une approche trop centrée sur le reporting, alors que le cœur de la CSRD, c’est le plan de transition. C’est se demander comment une entreprise aujourd’hui peut s’organiser pour contribuer à l’atteinte de la neutralité carbone en 2050. On ne dit pas qu’il faut tout faire d’un coup, mais qu’il faut un plan. Une vraie réflexion. Ensuite, évidemment, pour faire ce plan de transition, on a besoin d’indicateurs, de transparence… Le problème, c’est que les choses ont été inversées et qu’elle a d’abord été vue comme un reporting, comme un exercice chronophage de collecte de données vide de sens et donc perçu comme inutilement cher. Pour toutes ces raisons-là, je pense que la CSRD a quelque part servi d’excuse pour ceux qui ne voulaient pas avancer. C’était vraiment l’aubaine. Et c’est vrai qu’il est difficile de se poser la question du plan de transition, surtout quand on est un chef d’entreprise et qu’on sait que son mandat dure encore 3-4 ans. On peut se dire qu’avec un peu de chance, ce sera à celui d’après de faire les transformations. C’est différent quand il s’agit d’une question de survie, ce que l’on peut peut-être plus voir dans les entreprises familiales. Certaines ont pris des décisions fortes, comme arrêter de commercialiser des produits qui pourtant représentent un pan très profitable de leur activité. Pour les entreprises cotées, c’est plus difficile peut-être. Elles appartiennent à des actionnaires qui ont souvent des logiques de rentabilité court-termiste. Mais in fine, si on veut que les entreprises évoluent, il faut une régulation forte. Elles ne se saisiront pas d’elles-mêmes sérieusement de la question climatique et de la biodiversité. Le fait que l’application de la CSRD soit reportée de 2 ans et les critères assouplis sont dans ce cadre loin d’aider à changer cela… Ce n’est pas tant le fait que le calendrier soit aménagé qui me pose problème. Qu’on se dise qu’il faut plus de temps pour les PME, les ETI, et même les entreprises cotées, ce n’est pas rédhibitoire, si cela va avec un suivi des progrès de la part du régulateur pour maintenir le mouvement et une pression positive sur les entreprises. Et à mon sens, c’est ça qui manque aujourd’hui. Or, c’est le rôle des responsables politiques, de comprendre où en sont les entreprises, les citoyens, de s’assurer que certes, on rallonge le calendrier, on ralentit la mise en œuvre, mais avec l’assurance que les entreprises sont engagées. Je dis cela parce que c’est un grand classique des politiques publiques environnementales : une échéance est fixée, sur la suppression de tels néonicotinoïdes, pesticides, ou alors l’atteinte de la neutralité carbone par exemple. Et certains acteurs économiques se permettent de ne rien faire pour ensuite aller voir le responsable politique six mois avant la date butoir en disant qu’il sera impossible d’être dans les temps. On recule sans cesse les échéances, et donc l’action. Voilà pourquoi je trouve qu’aujourd’hui, la transition écologique, c’est vraiment une question de méthode. Comment fait-on pour mettre cela en place ? Je suis loin d’avoir toutes les réponses, il faut être humble, mais je pense que ce sont des façons de faire les politiques publiques qui sont très différentes. On le voit très bien d’ailleurs avec la loi Duplomb, où le débat est devenu impossible. Il faut prendre les sujets à un niveau beaucoup plus local, pour sortir de l’idéologie dans laquelle on est complètement pris au niveau national, évidemment. Il faut également un suivi très régulier, un accompagnement. Je crois que le responsable politique n’est pas tant là pour faire passer des lois que pour mettre en cadence, pour s’assurer que la société avance à un bon rythme. C’est comme quand vous faites une promenade dans la montagne, il y a des moments où vous marchez très vite, d’autres où vous ralentissez, mais vous avancez toujours vers votre but. Aujourd’hui, on voit bien qu’on est très loin de ça. Avec la loi Duplomb, par exemple, on est sur des sujets très idéologiques et qui n’ont pas été préparés en amont, atterrissant en toute logique à des blocages. Sauf que quand vous êtes bloqué en matière de transition écologique, étant donné que le réchauffement climatique avance à vitesse grand V, toujours plus rapidement, ça veut dire que vous reculez. Quid alors du recul global sur toutes les législations et réglementations en lien avec l’environnement : critères d’application de la CSRD, mais aussi loi Duplomb, comme vous l’avez évoqué, la Prim’Rénov remise en question… Autant de textes qui laissent penser que la protection de l’environnement et les mesures préventives ne sont plus des préoccupations majeures… Est-ce une défaite ou une opportunité pour innover autrement ? Je pense qu’on assiste à un suicide lent de l’Europe, avec le démantèlement systématique et sans précédent de toute la régulation environnementale. Encore une fois, je pense qu’il y a vraiment une différence entre démantèlement et adaptation du rythme. Autant, comme je vous disais, je pense que c’est compréhensible et qu’il faut parfois savoir aménager le rythme de transformation. Autant démanteler, je pense que c’est criminel. D’abord, tout simplement parce que les conséquences économiques sont majeures. Il y a un coût différé qui est considérable, on le sait très bien. Nicholas Stern a montré combien le coût de l’inaction est beaucoup plus cher que celui de l’action. Il y a un risque tout simplement de perte de compétitivité internationale. Or je suis convaincue que les politiques vertes sont un avantage concurrentiel majeur pour l’Europe, et c’était dans cet esprit-là qu’a été fait le Green Deal. La Chine ne s’y est pas trompée, elle a analysé où elle pouvait avoir un temps d’avance sur l’Europe et sur les pays occidentaux, et elle a vu que c’était dans toutes les technologies de la transition. Si l’on ne fait rien, ce qui va se passer, c’est que nous allons devoir démanteler encore plus notre propre législation environnementale pour protéger une industrie du passé, pour ne pas avoir à être dépendants des technologies vertes chinoises. On marche totalement sur la tête, alors qu’on avait un temps d’avance. C’est vraiment un drame. On le voit aussi avec l’effondrement des investissements fléchés vers la préservation de l’environnement. Cela dépend des études mais il est estimé que c’est quasiment 500 milliards d’euros de déficit annuel d’investissement climatique qui manque en Europe depuis ces changements de régulation. C’est se tirer dans le pied d’un point de vue économique. Ensuite, il y aura des conséquences de ce démantèlement de la législation environnementale, géopolitique et démocratique, qui sont dramatiques. Cela aide, en fait, la montée de tous les populismes anti-écologiques. Le recul environnemental fait le jeu de l’extrême-droite, des lobbies. Cela leur donne raison. On voit très bien qu’il y a une instrumentalisation politique et que là, il y a une manne, c’est une rente et une rampe politique pour les extrêmes. Nous leurs permettons non seulement de conquérir le pouvoir, mais d’y rester ensuite potentiellement longtemps. Enfin, pour moi, la troisième conséquence majeure avec la perte de notre statut potentiel de leader climatique mondial est la perte du leadership européen. Le leadership climatique faisait vraiment partie du soft power de l’Europe. Notre projet après la Seconde Guerre mondiale en Europe était la paix. Aujourd’hui, nous avions besoin d’un deuxième projet, qui est le défi climatique. Même si probablement, à cause de Poutine, la paix reste toujours aussi centrale. Il y avait un projet politique derrière, une façon d’attirer et d’être un continent qui est attractif. Et là, on voit très bien qu’on est en train de le perdre. Voilà pourquoi le démantèlement des normes environnementales est dramatique. Pourtant, l’argument qui est donné est celui de la compétitivité. Oui, mais encore une fois, c’est une compétitivité de courte vue. Et même là, je pense qu’il faudrait demander des comptes aux entreprises. Je ne dis pas que c’est facile, parce qu’on vit dans un monde qui est très difficile, avec une succession de crises et une polarisation sociétale profonde, ainsi qu’une convergence des transformations avec l’IA, la géopolitique, l’environnement, le climat. Mais je trouve qu’on ne peut pas démanteler sans, derrière, demander des comptes aux entreprises : ce démantèlement a-t-il eu des conséquences en termes d’amélioration de leur compétitivité ? Pour le moment, je trouve que c’est une demande qui a été satisfaite sans contrepartie, avec le court terme qui prédomine. Vous avez parlé de suicide lent de l’Europe. Est-ce que la surtransposition des normes européennes en France accélère ou freine l’impact ? Là encore, c’est une question de méthode. Sur-transposer les normes européennes en France peut être une bonne chose parce que cela nous force à avoir un temps d’avance et nous permet d’imposer notre expérience et notre connaissance des choses. Prenez par exemple l’économie circulaire : la loi française a positionné la France comme pionnière et le reste de l’Europe a suivi (interdiction de destruction des invendus, les objectifs de suppression du plastique à usage unique, les responsabilités élargies des producteurs…). Nous avions un coup d’avance qui nous a permis d’avoir la légitimité et la capacité de piloter l’avenir normatif et réglementaire de l’Europe. C’est une bonne chose pour l’influence de la France en Europe. Maintenant, pour d’autres secteurs, comme le secteur agricole, c’est vrai que c’est très difficile. On interdit certains pesticides ou herbicides et pas les pays voisins. Donc, évidemment, c’est perçu comme injuste et punitif. Mais si on accompagne un secteur, si on déploie une méthode, je pense qu’on peut arriver à être en avance en matière de transition agroécologique. C’est ce qu’on a voulu faire pour le glyphosate, par exemple. On a échoué au niveau européen, mais c’était vraiment cet objectif. Je comprends donc que la sur-transposition soit un problème, mais il faut qu’on apprenne à mieux l’accompagner, mieux l’expliquer et mieux valoriser aussi en quoi elle peut donner un leadership à la France. Pensez-vous que, à court et moyen terme, les entreprises traditionnelles vont être bousculées par les entreprises et start-up à impact, dont le nombre a augmenté de 10 % en 2024, selon Bpifrance ? Le réchauffement climatique devient une réalité de plus en plus concrète. Les questions sociales abîment profondément la société, nuisent au climat des affaires, plus généralement, quand vous avez une société violente, divisée. Et donc, dans ce contexte-là, on a besoin de solutions. Et c’est là où en effet toutes les start-ups à impact ont un rôle essentiel, d’autant qu’elles sont souvent rentables.  Tout l’enjeu, évidemment, est d’arriver à mesurer la rentabilité et à développer des indicateurs qui permettent de comparer vraiment les entreprises à impact et les autres. Parce que si vous regardez uniquement la rentabilité financière, forcément, il y en a qui sont plus défavorisés que d’autres. C’est là où tout le travail que font des acteurs comme le mouvement Impact France est vraiment majeur, notamment autour des questions de l’intégration des coûts évités à la société. Il faut également qu’on parvienne à faire adopter plus largement les dividendes climat, un indicateur extra-financier qui mesure l’impact climatique positif d’une entreprise, une preuve de création de valeur climatique. Il y a eu un mouvement, malheureusement nous sommes en phase de recul. En effet, en 2024, une étude d’Ernst & Young a rapporté que les levées de fonds des start-ups françaises avaient baissé de 35 % en un an… Certes, mais il faut quand même dire que beaucoup d’argent a été déversé dans le monde des start-ups, pas forcément toujours à bon escient. Je pense qu’on assiste aussi seulement à une correction de certains excès, avec des investisseurs qui ont beaucoup investi dans la croissance des start-ups plutôt que dans leur rentabilité. Mais je vous rejoins sur le fait que oui, les entreprises à impact ont encore besoin de plus d’investissements justement, pour être plus attractives encore, et c’est pour ça qu’il faut que l’on arrive à valoriser véritablement tous les coûts évités pour la société. J’ai plutôt de l’espoir de ce côté-là, parce que dans un contexte de raréfaction des ressources financières de l’État, les solutions permettant d’éviter de dépenser de l’argent à long terme vont être valorisées. Et c’est clairement ce que permettent de nombreuses entreprises à impact, en investissant, en trouvant des solutions dans la santé, dans le réemploi, dans le bio abordable… Je ne peux pas toutes les citer, même si j’aimerais ! Je pense par exemple, parmi les lauréates Impact 40, aux Alchimistes, qui collectent les déchets alimentaires, à Bene Bono, qui récupère auprès des agriculteurs et livre des produits refusés par les circuits classiques de distribution, ou encore Ipso Santé, un réseau de cabinets médicaux locaux et de proximité. Est-ce à dire que les entreprises – et celles apportant des solutions tangibles – vont prendre un rôle de plus en plus important dans un monde fragmenté ? Ce qui est sûr, c’est qu’on rentre dans le dur de la transition, avec un besoin immense de solutions, portées de plus en plus par des entreprises avec des valeurs dans lesquelles les citoyens peuvent se reconnaître. Mais pour que ces solutions prennent une vraie ampleur je pense qu’il y a encore des freins à dépasser. Le premier, c’est le manque de collaboration, or dans la transition écologique, c’est autour d’elle que se dessinent et qu’émergent les nouvelles façons de faire. Les secteurs – privé, public, associatif – sont encore très silotés et ont beaucoup de mal à travailler les uns avec les autres. Un autre risque que je vois, c’est que dans un monde où toutes les institutions sont un peu remises en question – les institutions étatiques, l’Assemblée nationale, la fonction présidentielle – on voit bien, quand on regarde les enquêtes d’opinion, que finalement l’institution en laquelle les citoyens croient encore beaucoup, c’est leur entreprise. L’effritement de la confiance dans les institutions publiques peut conduire à en espérer beaucoup plus de l’entreprise. Avec le risque de faire peser des attentes colossales sur celles-ci, qui doivent presque parfois se substituer à l’État pour trouver des solutions à tous les niveaux. Mais la mission première d’une firme est de développer des produits bénéfiques, ou a minima les moins nocifs possibles pour la société et l’environnement, et qu’elle peut commercialiser. Projeter trop d’attentes sur sa structure peut créer beaucoup de déceptions et des antagonismes difficiles ensuite à gérer en interne. Prenons un peu d’avance et projetons-nous dans cinq ans. Qu’est-ce que vous avez envie de voir venir ? Évidemment, j’aimerais qu’on se saisisse collectivement beaucoup plus sérieusement de la biodiversité et du vivant. Ensuite, beaucoup plus de collaboration entre les secteurs, entre les pays, par exemple entre la France et les pays émergents, entre les secteurs publics, privés, associatifs, parce que c’est la seule façon de faire émerger des solutions. Le blocage sur la loi Duplomb vient d’un manque de dialogue, d’une absence de compréhension mutuelle et réciproque. J’ai envie de voir émerger de nouvelles façons de collaborer et d’élaborer les politiques publiques sur ces sujets. De plus, évidemment, j’aimerais qu’on arrête de démanteler les normes environnementales, mais je ne pense pas qu’on soit parti pour. Donc, ce que j’aimerais aussi voir émerger, c’est la capacité de tous ceux qui travaillent dans le monde du développement durable à en parler différemment, et à ne pas être moralisateurs. Si on continue à utiliser les mêmes mots et la même façon de parler et d’aborder les choses, alors nous risquons d’être piégés parce que ce sera trop facile pour les extrêmes de nous critiquer en prenant nos mots et en les retournant contre nous. C’est exactement ce que fait Donald Trump aux États-Unis. Je pense qu’il faut que l’on arrive à changer notre façon de parler de la transition pour ne pas tomber dans ce piège-là et être réduits au silence, exclus, voire persécutés. Nous devons changer de discours pour préserver la transition écologique et notre capacité à agir. Et pour cela, il faut que collectivement nous soyons conscients qu’il ne s’agit pas d’une renonciation, mais au contraire d’une tactique pour s’adapter. Et c’est là que l’on pourra ouvrir le champ des possibles !

05 février 2026

La consigne en verre : une vieille idée d’avenir

Depuis le mois de juin dernier, quatre régions de France expérimentent le retour de la consigne en verre dans les supermarchés. Le dispositif doit être généralisé à l’ensemble du pays en 2027. Preuve que la filière est en plein développement, apportant, avec elle, son lot d’enjeux pour les entreprises du secteur. Quand les anciennes générations parlent de la consigne en verre, elles évoquent souvent ces bouteilles de lait qu’elles devaient ramener à l’épicerie contre quelques centimes de francs. Officiellement abandonnée dans les années 1990 au profit de l’emballage à usage unique, la consigne en verre fait actuellement son grand retour en France. Dans une démarche de réduction des déchets et d’émissions de CO2, la filière s’est d’abord construite à l’échelle locale, lancée par des petites entreprises ou portées par des enseignes spécialisées, mais le secteur se structure petit à petit avec à terme des objectifs de réemploi quasi-industriel. Depuis le 12 juin dernier, plus de 80 magasins dans quatre régions françaises – Bretagne, Normandie, Pays de la Loire et Hauts-de-France – ont des emballages réemployables dans leurs rayons. Une initiative du projet « ReUse », lancé en 2023 par l’éco-organisme Citeo, chargé par l’État de gérer le recyclage des emballages ménagers. En octobre 2025, près de 750 supermarchés devraient être concernés. Un projet collectif de la filière Dans ces supermarchés partenaires, les bouteilles en verre consignées sont bien identifiables. Avec leur étiquette violette et orange, elles portent cette inscription : « rapportez-moi pour réemploi ». Une expérimentation menée en lien avec les acteurs du secteur déjà en place. « Nous sommes là pour accompagner ces changements et pour aider les entreprises du secteur à se développer », assure Ana Fernandez Rodriguez, directrice des dispositifs de réemploi chez Citeo. « Par exemple, des entreprises de lavage des contenants en verre existent déjà car elles font ce travail pour des bouteilles de bière ou de vin. L’enjeu, c’est de les aider à monter dans l’industrialisation de leurs activités et dans la qualité quotidienne, pour travailler avec des volumes beaucoup plus importants », ajoute-t-elle. Les plus petites structures de réemploi se posent aussi des questions d’organisation et d’expansion. La production de bouteilles en verre standardisées est la première chose à laquelle a dû penser la société coopérative Revera, au moment de la structuration de sa filière de réemploi en Auvergne-Rhône-Alpes. « Pour qu’une bouteille soit réemployable, il faut qu’elle ait un format standard et une étiquette qui se décolle au lavage. Les fabricants de bouteilles et les imprimeurs doivent donc adapter leur production à cela », explique Stéphane Robert, chargé de communication chez Revera. En 2024, Revera a réemployé plus de 500 000 bouteilles à travers 315 points de collecte. Les ajustements sont nombreux, mais pour que le système de réemploi fonctionne, « il faut qu’il puisse venir épouser au maximum les chaînes de conditionnement et les chaînes logistiques déjà existantes, pour qu’il ait le moins d’impact possible », défend Célia Rennesson, cofondatrice et directrice du réseau Vrac et Réemploi. Pour que le réemploi se développe à grande échelle, l’organisation de la filière se doit d’être collective, selon Stéphane Robert. La société coopérative a par exemple pour projet de s’associer à huit opérateurs du réemploi : « l’objectif, c’est de devenir un interlocuteur unique dans la région pour de grands acteurs d’envergure nationale, et en fonction des besoins, dispatcher le travail aux membres opérationnels. » Implication économique Le dispositif « ReUse » de Citeo doit être généralisé à l’échelle nationale en 2027, date à laquelle 10 % des emballages mis sur le marché devront être issus du réemploi d’après la loi anti-gaspillage pour une économie circulaire (AGEC), votée en 2020. À terme, le dispositif devrait permettre de générer 2 milliards d’emballages réemployables, selon Citeo. Ce qui implique également une vraie réorganisation pour les magasins commercialisant des contenants en verre consignés. « Cela ne va pas être différent pour la mise en rayon. En revanche, c’est une vraie logistique au niveau de l’espace pour les magasins qui proposent de la consigne en verre », note Célia Rennesson. Dans le cadre de l’expérimentation de Citeo, les supermarchés doivent être équipés de machines qui récupèrent les emballages vides. « Nous essayons de faire les machines les plus compactes possibles, c’est-à-dire que la plus grande fait un mètre par un mètre », décrit Ana Fernandez Rodriguez. Les magasins doivent libérer dans leur réserve une surface équivalente à une, voire deux palettes, pour stocker les bacs vides qui vont dans la machine et les pleins qui doivent être collectés. « L’objectif ce n’est pas de multiplier le nombre de bacs, mais plutôt que la collecte se fasse soit à des fréquences données, toutes les deux semaines actuellement, soit lorsqu’il y a une demande car la machine est pleine. Dans ce cas-là, l’opérateur a 48 heures pour passer récupérer le verre », détaille-t-elle. Les magasins doivent aussi être équipés de logiciel de caisse adapté. Face à ces enjeux de réorganisation, les collectivités locales sont appelées à s’impliquer. « C’est un vrai changement d’habitude pour elles, car pendant 40 ans, elles ont financé des silos à verre, des filières de recyclage, et là, il faut qu’elles arrivent à détourner un peu du budget recyclage pour soutenir le réemploi », insiste Stéphane Robert. Un enjeu de taille, d’autant que le réemploi présente de réelles perspectives écologiques et économiques. Selon Citeo, par rapport à l’usage unique des emballages en verre, le réemploi produit 4 fois moins de CO2 et d’énergie. Pour ce qui est des emplois, d’après le dernier baromètre économique de la filière du vrac et du réemploi (mai 2024), la création d’emplois pourrait suivre le développement du secteur : « une augmentation des capacités de lavage pour atteindre 100 % pourrait représenter des besoins humains avoisinant + 20 000 emplois directs supplémentaires créés. »

17 mars 2026

Dominique Thillaud – Compagnie des Alpes : “Concilier intérêt écologique et logique économique”

Acteur majeur du monde des loisirs, des grands domaines skiables français au Parc Astérix, la Compagnie des Alpes s’est engagée depuis trois ans dans la réduction de son empreinte carbone. Son objectif : réconcilier intérêt écologique et logique économique. Entretien avec Dominique Thillaud, son Directeur général. Propos recueillis par Réjane d’Espirac Quelle est la spécificité de la Compagnie des Alpes ? Nous sommes un groupe à but lucratif, capitaliste, mais nous nous inscrivons dans un temps long. Contrairement aux entreprises de la Startup Nation, nos activités requièrent une forte intensité capitalistique – nous avons beaucoup d’actifs et d’immobilisations – et une forte intensité humaine – nous employons beaucoup de monde. Notre premier métier, en volume d’activité, ce sont les parcs d’attractions. Le deuxième, c’est l’exploitation des domaines skiables, pour laquelle nous sommes parmi les leaders mondiaux. Depuis 2022, avec l’acquisition de 85% du capital de MMV, nous sommes aussi devenus le deuxième opérateur hôtelier des Alpes. Quel que soit le métier dans lequel nous sommes impliqués, nous investissons à long terme. En octobre 2022, lorsque nous avons engagé 54 millions d’euros dans des actions de réduction de notre empreinte carbone, nous savions que cet investissement visait une rentabilité à dix ans. Quelles raisons vous ont poussé à cet engagement en faveur de l’environnement ? L’écologie n’est pas une opinion ni une idéologie, mais un fait scientifique. Hélas, elle a été prise en otage par des débats politiques ! L’avantage d’une entreprise, c’est qu’elle ne dépend pas des partis : on décide, on fait, on se dote des moyens nécessaires, on obtient des résultats. L’écologie a longtemps été présentée de manière culpabilisante ou punitive ; les citoyens en ont ras-le-bol. Notre but, c’est de montrer qu’on peut œuvrer pour la planète sans brader la qualité et le niveau de vie des Français – voire qu’une stratégie d’entreprise vertueuse peut les améliorer. Nous souhaitons concilier les retombées économiques, la création d’emplois et les bénéfices environnementaux. Qu’en pensent vos actionnaires ? La Compagnie des Alpes est née en 1989 sous l’impulsion de la Caisse des Dépôts et Consignations, qui détient 42% du capital. Nous sommes aussi cotés en Bourse ; 45% de nos capitaux viennent de là. Nos actionnaires savent qu’une partie des sommes que nous investissons ne sera rentable qu’à moyen ou long terme. En termes de transition écologique, il existe pour une entreprise à vocation économique et lucrative trois bonnes raisons d’agir : la première c’est de considérer que chacun, à son niveau, avec ses leviers, doit essayer de participer à l’effort collectif. La deuxième, c’est de se dire qu’un jour, les clients choisiront leur destination en fonction de sa performance environnementale. C’est loin d’être le cas aujourd’hui, mais ça peut venir. Alors, les opérateurs comme nous, déjà engagés, seront les mieux placés. Enfin, tôt ou tard, l’empreinte carbone des entreprises donnera lieu à des taxes. Plus nous aurons œuvré en amont, moins nous paieront, et plus nous serons concurrentiels. Quelles mesures emblématiques avez-vous prises ? Désormais, nous communiquons nos résultats annuels en deux valeurs : en euros et en grammes de CO2. Dans les deux cas, nos comptes sont audités par des commissaires indépendants. Notre objectif est que chacun de nos sites ait atteint en scopes 1 et 2 [voir encadré] le net zéro carbone en 2030 – sans aucun achat de compensation carbone. Nous nous sommes dotés de dix engagements, pourvus chacun d’indicateurs de suivi annuels. Parmi eux : privilégier la réduction des gaz à effet de serre, participer à une gestion collective et raisonnée de la ressource en eau, réduire notre impact sur l’utilisation des ressources et la biodiversité en contribuant dès que possible à sa régénération, anticiper les mutations des montagnes françaises  – et des loisirs au sens large – par la mise en place d’un laboratoire d’idées réunissant des personnalités indépendantes d’horizons divers, financer des initiatives à impact positif par la création d’une fondation Compagnie des Alpes, etc. Vous avez également affiché publiquement cinq renoncements… Ils concernent essentiellement le domaine des sports d’hiver. Primo, nous avons renoncé à étendre les domaines skiables. Seules des adaptations ponctuelles et limitées en surface sont désormais considérées. Nous avons aussi cessé l’exploitation de zones que l’évolution climatique rend non-skiables à plus ou moins brève échéance, notamment les zones de basse altitude et les glaciers. Selon les recommandations des études Imp’Act et Climsnow, nous avons abandonné les réseaux de neige de culture sur les zones glaciaires et sur les zones à l’enneigement naturel insuffisant. Et nous avons renoncé à la fabrication de neige à température positive. Ensuite, nous avons cessé d’apporter toute nouvelle assistance technique à la création de projets n’impliquant pas une part majoritaire significative de neige naturelle. En particulier, en dépit d’offres financières mirifiques, nous n’entamons et n’entamerons plus aucune nouvelle collaboration avec la Chine, qui s’est lancée dans la construction d’ici cinq ans de 150 centrales à charbon ; nous ne souhaitons pas apporter notre concours à la construction de Snow Domes fonctionnant à l’énergie fossile. Enfin, nous avons abandonné l’usage des énergies fossiles pour les dameuses et les bus opérés par le Groupe, ainsi que pour les chauffages de nos bâtiments et de nos logements à la montagne. Comment avez-vous procédé ? Les trois quarts des réductions obtenues sont liés au remplacement de l’énergie fossile dans nos chaudières, nos bus et nos dameuses de montagne, par le HVO 100, un carburant utilisant de l’huile de friture usagée, dont une partie provient de nos parcs d’attractions. C’est fantastique : ce qui était un déchet hier est devenu une ressource ! Dommage que ce nouveau carburant soit si taxé en France, car nous avons démontré son efficacité. En l’utilisant à la place du gazole dans les moteurs de nos dameuses, nous avons diminué nos émissions de CO2 de 93%. À Tignes et à Val d’Isère, nos bus sont désormais électriques. Nos résidences hôtelières proposent un dîner végétarien par semaine. Et 30 à 40% de leurs denrées alimentaires sont achetées localement, dans un rayon de moins de vingt kilomètres. Nous avons également mené sur nos sites des travaux d’isolation et de gestion contrôlée des températures. Par exemple, quand les ateliers sont vides entre 22 heures et 5 heures du matin, on peut descendre la température à 12 degrés, puis piloter sa remontée en journée. C’est très efficace. Vous lancez aussi un train de nuit entre Paris et Bourg-Saint-Maurice… C’est une initiative portée par une start-up, avec notre appui. A partir du 19 décembre 2025, et durant tous les week-ends de la saison de ski, un train partira le vendredi soir de Paris pour arriver à Bourg-Saint-Maurice le samedi matin. Il repartira le samedi soir de Bourg-Saint-Maurice pour atteindre Paris le dimanche matin. Cela permettra aux vacanciers de ne pas prendre leur véhicule et de disposer de huit jours pleins de ski, du samedi au samedi. Les familles pourront réserver un compartiment entier, les femmes voyager dans un compartiment dédié. La mobilité intelligente fait partie du scope 3. La mise en place de ce train permet à la fois d’améliorer l’expérience client et de diviser par trois l’empreinte carbone par rapport à un trajet en voiture – et même par huit lorsque nous disposerons d’une locomotive électrique. Le réchauffement climatique fait-il peser une lourde menace sur vos activités ? Comment comptez-vous pallier la raréfaction de la neige ? La Compagnie des Alpes exploite des domaines à haute altitude. La science dispose d’une visibilité sur l’évolution de la situation à cinquante ans. Au-delà, elle ne sait pas s’exprimer. Les stations situées en basse et moyenne montagne vont connaître des situations critiques avant nous. Pour l’instant, nous testons beaucoup de choses, mais nous n’avons pas encore trouvé le modèle économique qui permettra de remplacer les sports de neige. Aujourd’hui, la saison estivale ne représente que 2 à 3% des activités hivernales. Les résidences MMV ouvrent l’été, mais cela représente seulement 10% de leur chiffre d’affaires. Sans les profits réalisés l’hiver, on ne finance pas les activités proposées en été. Comment remplacer à terme les huit milliards de PIB que représente le ski chaque année pour le département de la Savoie ? Je ne sais pas encore, mais nous continuons de chercher. Ces évolutions ont-elles un impact sur vos métiers et sur vos équipes ? Nous faisons toujours les mêmes métiers, mais différemment. L’expérience que nous offrons à nos clients, ce n’est pas juste de se déplacer en télécabine – c’est la montagne, c’est l’inclusion dans la nature. Il est de notre devoir de sauvegarder la qualité de cette expérience. Désormais, le critère de l’empreinte carbone est inclus dans toutes nos décisions. Au sein de l’entreprise, l’enjeu passionne tout le monde. Les salaires de nos cadres ont une part variable, indexée aux résultats environnementaux. Idem pour nos emprunts bancaires, dont les taux d’intérêt varient en fonction de notre atteinte des objectifs environnementaux. Plus globalement, lorsqu’on donne un sens à ce que l’on fait, en résonance avec les tendances sociétales, on crée un regain de motivation. Cela booste les résultats économiques et le bien-être au travail. D’ailleurs, nous avons pris la décision de donner des actions du Groupe à nos salariés et de consacrer chaque année au moins 2% de nos investissements à l’amélioration de leur qualité de vie au travail. Quels résultats avez-vous d’ores et déjà obtenus ? Quand je suis arrivé à la tête de la Compagnie des Alpes, une journée skieur, c’était 1400 grammes de CO2, en scopes 1 et 2. En décembre 2024, c’était descendu à 220 grammes de CO2. En comparaison, un kilo de pommes françaises en scopes 1 et 2, c’est 330 grammes – et une mangue importée par avion, 11,7 kg ! Idem dans le secteur des parcs d’attractions : cette année, une journée visiteur, c’est environ 450 grammes de CO2. En 2021, c’était quatre fois plus. Les Jeux olympiques d’hiver de 2030 dans les Alpes françaises peuvent-ils jouer un rôle d’accélérateurs ? Nous n’avons pas attendu leur attribution pour agir. On les annonce “sobres et durables”. Nous verrons bien quelle expression cela prendra. Sans doute les Jeux bénéficieront-ils aux sites sur lesquels ils se tiendront. De notre côté, il n’y a rien que nous ferons pour les Jeux que nous n’aurions pas fait sans les Jeux. Afin d’améliorer vos pratiques, êtes-vous en concertation avec d’autres acteurs de votre domaine d’activité à l’étranger ? Nous avons lancé début 2025, avec ceux qui le souhaitent, une alliance des opérateurs européens de domaines skiables (Global Sustainable Ski Alliance). Il y a des Suédois, des Italiens, des Autrichiens, des Allemands, des Suisses, et même un Néo-Zélandais. Notre but est d’échanger sur nos meilleures pratiques, afin d’être de plus en plus vertueux. Par exemple, le lancement de notre train de nuit les intéresse, de même que nous nous intéressons aux accords passés dans certains pays entre les domaines skiables et les opérateurs de trains régionaux. Comment cela fonctionne-t-il, est-ce duplicable en France ? Un opérateur européen a co-développé des motoneiges électriques avec un constructeur. Nous en avons acheté quelques-unes et les testons. De notre côté, nous avons beaucoup investi en recherche et développement sur un projet de dameuse 100% électrique, dont le premier prototype industriel circulera au mois de mars 2026. D’ici dix ans, on devrait n’avoir pratiquement plus aucune dameuse thermique. Que deviendront vos huiles de friture usagées, si vous ne les utilisez plus pour vos dameuses ? Elles pourraient servir de carburant à l’aviation durable. Vu les efforts fournis, pourriez-vous adopter le statut d’entreprise à mission ? Nous nous sommes déjà dotés publiquement d’une raison d’être et d’engagements forts. Je suis plus intéressé par le label B Corp, qui répond de manière holistique aux standards les plus élevés en matière environnementale, mais aussi sociale et sociétale. Le domaine des Arcs / Peisey Vallandry a obtenu la certification B Corp en 2023. C’est le premier gestionnaire de domaine de montagne en Europe à l’obtenir.

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