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17 juin 2024

Palmarès Deauville Green Awards 2024 : ensemble vers un futur durable !

Les 12 et 13 juin 2024, le festival international du film responsable – Deauville Green Awards 2024 a réuni 300 professionnels de l’audiovisuel, jeunes normands et curieux. Avec plus de 500 films inscrits provenant des quatre coins du monde, cette 13ème édition a démontré la puissance de la créativité audiovisuelle engagée pour catalyser le monde de demain ! Le palmarès 2024 Après deux jours de rencontres et d’échanges autour des thèmes de la transition énergétique, des nouveaux récits, de l’éco-production ou encore de l’entreprise de demain, le festival s’est conclu en beauté avec la grande soirée de remise des Prix aux Franciscaines. La centaine de films finalistes répartis en 3 compétitions et 15 catégories thématiques se sont vus attribuer les prestigieux Green Awards, ainsi que les 3 Grands Prix, devant un parterre de professionnels et de personnalités engagées. Grand Prix SPOT : Le Dévendeur – commanditaire : ADEME, agence de la Transition écologique, producteur : Allso, réalisateur : Hafid Benamar Grand Prix INFO : Une histoire vraie – commanditaire : Gustave Roussy, producteur : ICONOCLAST, réalisateur : Vladimir de Fontenay Grand Prix DOCU : La Lumière des Femmes – commanditaire : ARTE, producteur : Fédération studios, réalisateurs : Elise Darblay & Antoine Depeyre Les trophées Or, Argent ainsi que les Prix Spéciaux de partenaires prestigieux comme le Ministère de la Culture, TV5 Monde, Bpifrance, l’ADEME, Pollutec, TF1, notamment ont parachevé cet état des lieux remarquable de l’audiovisuel responsable à travers un palmarès d’exception. Retrouvez le palmarès complet ici


10 juin 2024

Benenova: Le site pour faire du bénévolat quand vous voulez

Ce n’est pas toujours évident de s’investir bénévolement quand on est novice ou qu’on a des contraintes de temps. Le site Benenova révolutionne le bénévolat en proposant chaque mois à ceux qui veulent s’investir des missions courtes, ponctuelles et collectives. Focus.  Créé en 2013 par Stéphanie Andrieux et affilé au plus grand réseau de bénévoles à l’international, Points of light, le site Benenova propose une approche du bénévolat à la carte en Ile-de-France, à Nantes et Lille, pour l’instant.  L’objectif : rapprocher des bénévoles qui ont envie de s’investir ponctuellement et les associations qui ont des besoins.  Comment ça marche ?  Un calendrier d’actions est proposé chaque mois avec les jours, les créneaux horaires, le lieu, l’action de bénévolat et les besoins humains. Le futur bénévole s’inscrit sur le créneau horaire (généralement 2 heures) et l’action qui lui correspond. Il peut renouveler l’expérience autant de fois qu’il le veut et le peut. C’est Benenova qui coordonne l’action des bénévoles et le jour J de la mission, un référent est présent pour accueillir les bénévoles et répartir les tâches et animer l’équipe. > Pour vous inscrire en tant que bénévole c’est par ici Parmi les actions proposées : distribution alimentaire, confection de colis, tri de denrées, mais aussi collecte de produits hygiéniques.  Il est aussi possible de faire des missions à distance depuis chez soi, seul ou en famille : aider les personnes isolées en leur téléphonant, faire l’inventaire des oiseaux autour de chez soi ou participer à une heure de ramassage des déchets. Si vous avez envie de vous investir mais que vous avez encore des questions, l’association a mis en ligne une FAQ.


05 juin 2024

La planète se réchauffe à un rythme jamais vu auparavant

Selon un consortium international de chercheurs, le réchauffement planétaire progresse de 0,26 °C par décennie, soit le rythme le plus élevé depuis le début des relevés.Nous savons que 2023 se classe comme l’année la plus chaude jamais enregistrée, et que 2024, avec un hiver extrêmement doux, battra sans doute ce record.Le consortium international apporte, dans son deuxième rapport annuel, des précisions mesurées sur notre ressenti. Ils constatent que le réchauffement dû aux activités humaines s’accélère, pour atteindre 1,19 °C au cours de la dernière décennie (2014-2023) par rapport à la période préindustrielle et qu’il dépasse donc les 1,14 °C estimés entre 2013 et 2022.Autre résultat clé : les niveaux élevés d’émissions de GES affectent également le bilan énergétique de la Terre : les bouées océaniques et les satellites suivent des flux de chaleur sans précédent dans les océans, les calottes glaciaires, les sols et l’atmosphère de la Terre. Ce flux de chaleur est 50 % plus élevé que sa moyenne à long terme.Espérons que ce rapport éclairera les résolutions des dirigeants de tous les pays du monde doivent présenter leurs plans d’action à la Convention-cadre des Nations unies sur les changements climatiques (CCNUCC) d’ici à 2025. Références : ‘’Indicators of Global Climate Change 2023: annual update of key indicators of the state of the climate system and human influence’’, Earth System Science Data, 2024 Le consortium réunit 50 scientifiques internationaux dont, en France, Valérie Masson-Delmotte, Sophie Szopa, Aurélien Ribes, Karina von Schuckmann et Pierre Friedlingstein, issus de plusieurs organismes français (CEA, CNRS, Mercator Océan international, Météo-France, IPSL-ENS, Paris Saclay).


27 mai 2024

Le salon des Maires IDF relève le défi du changement climatique

Le Salon de l’Association des Maires d’Ile-de-France revient les 28 et 29 mai 2024 à la Porte de Versailles (hall 6) sur la thématique du changement climatique. L’occasion pour les élus locaux et acteurs de la commande publique de se réunir pour relever ensemble les défis de la transition écologique.Le Salon de l’Association des Maires d’Ile-de-France est le premier rendez-vous régional qui réunit tous les grands acteurs de la commande publique avec l’ensemble de leurs partenaires institutionnels ou spécialisés dans la gestion, les services, l’aménagement et le développement des collectivités territoriales.Ce rendez-vous incontournable pour les élus locaux et les professionnels du secteur mettra cette année en lumière les enjeux environnementaux auxquels sont confrontés les territoires franciliens. Tout au long des deux jours de Salon, les participants auront l’opportunité, à travers différents formats de rencontre et de discussion, de partager leur expérience, d’échanger sur les meilleures pratiques et de découvrir les solutions innovantes que présenteront les entreprises exposantes à l’occasion du Salon pour relever ensemble les défis du changement climatique.« Cette 28e édition du Salon de l’AMIF promet d’être riche en échanges constructifs et en solutions novatrices. Nous sommes fiers de proposer aux élus locaux et aux professionnels un espace privilégié pour réfléchir ensemble aux enjeux majeurs de nos territoires », déclare Stéphane Beaudet, président de l’AMIF. Le Salon sera l’occasion d’aborder également d’autres sujets importants pour les collectivités : une conférence sera notamment dédiée à la crise du logement, et aux solutions pour la résoudre. Une deuxième conférence thématique portera sur l’intelligence artificielle et ses opportunités pour l’action publique, afin de mieux comprendre les enjeux de cette révolution pour les collectivités territoriales. Enfin, dans un contexte encore marqué par les violences urbaines de juin 2023, le rôle en devenir des polices municipales et leur nécessaire articulation avec les forces de l’ordre nationales et la Justice, seront abordés dans une conférence portant sur le « continuum de sécurité ». Rendez-vous les 28 et 29 mai 2024 à la Porte de Versailles. Retrouvez le programme intégral de l’événement sur ce lien, et la vidéo officielle du Salon de l’AMIF 2023 sur ce lien. Pour vous inscrire, c’est ici


21 mai 2024

Viva Technology ouvre ses portes ce mercredi 22 mai

Le monde de la technologie se trouve à un moment charnière. Les attentes montent en flèche, l’impératif de transformation n’a jamais été aussi urgent. Pendant quatre jours, du 22 au 25 mai, VivaTech recevra plus de 150 000 visiteurs.Plus de 3 000 startups dévoileront leurs innovations, et 400 intervenants, parmi lesquels des leaders technologiques, des experts de l’industrie, des PDG d’entreprises internationales et des startups, donneront un aperçu de l’avenir de la technologie. En 2024 trois grandes thématiques – L’IA. Elle est au cœur de toutes les discussions, et les dernières solutions embarquant l’IA sont présentées. Près de 40% des exposants montrent des applications d’IA, les conférenciers les plus experts du domaine partagent leur vision sur le sujet, et un espace est dédié à cette technologie : l’AI Avenue.– La Tech durable. La technologie peut ouvrir la voie à un avenir plus durable et s’attaquer de front au changement climatique. 93% des dirigeants européens et américains sont convaincus que la tech est un allié de poids pour répondre aux enjeux de demain.– La mobilité. L’augmentation de la population intensifie la congestion et les défis environnementaux. Le marché mondial de la mobilité intelligente devrait représenter environ 250,3 milliards d’USD d’ici à 2030. Chiffres clés et nouveautés ● 3 journées professionnelles, les 22, 23 et 24 mai et une journée grand public Gaming & Esports, le samedi 25 mai 2024● 2 Halls (55 000 m2), 4 zones de conférences (3 en Hall 1, 1 en Hall 2) et le Dôme de Paris● 350+ entreprises et organisations autour de 25 secteurs d’activités● Plus de 11 000 startups (exposantes, pitches et challenges) provenant de plus de 50 pays dans le monde● 2000 investisseurs internationaux● 350 innovations présentées dont des dizaines d’exclusivités et de révélations● 30% de pays représentés de plus qu’en 2023, soit 120 pays dont 40 pavillons● 1 pays d’honneur : le Japon, qui présente 40+ de ses plus belles startups● 14 pays européens, dont la présence inédite du Royaume-Uni● 1 zone dédiée Africatech qui rassemble 4 pavillons de pays et plus de 100 startups.● La présence pour la première fois du Canada qui viendra avec une soixantaine de startups.● 1 Exec Avenue centrée sur le Business avec une stage dédiée aux CMOs et aux Tech Leaders faite de partages de use cases et de retours d’expérience, en partenariat avec Tech.Rocks. Deux lounges dédiés à ces publics et une convention d’affaire, le « connection hub », proposant des rencontres business qualifiées entre startups et décideurs de grands groupes.● 1 Discovery Stage avec Togg et Webedia qui présente en continu des démos d’innovations, des lancements de produits et des avant-premières● 1 Impact Bridge de 1500 m2 sponsorisé par EDF, qui mettra en avant +40 startups et 7 associations à impact positif pour la planète et pour la société car une idée peut changer le monde. L’Impact Bridge, c’est 4 villages répartis par thématique (Planète & Future Societies)● 4 parcs d’innovations thématiques : AI Avenue avec Salesforce, Retail & Logistics Park, Mobility & Smart City Park avec Togg, Well-Being & Sports Park avec Axa● 1 Pitch studio by Siemens où les startups viennent pitcher leurs projets innovants● 1 Viva Lounge en partenariat avec EY & Microsoft, pour des rencontres entre CLevels et Top speakers.● 1 Media Lounge de 465 m2 sponsorisé par Verizon, avec plus de 250 places de travail pour accueillir des journalistes et influenceurs du monde entier● 1 Investor Lounge sponsorisé par Microsoft, Entrepreneurship for Positive impact● 34 challenges lancés, dans des top trends comme Data & AI, Energy & Climate Tech, le futur du travail, Digital Trust & Cybersécurité, Industries de la Créativité avec 6200 candidatures de 90 pays différents, et environ 60% des dossiers reçus venant de l’étranger


16 mai 2024

La naissance d’un lémurien célébrée au Bioparc de Doué-la-Fontaine

Le Bioparc de Doué-la-Fontaine annonce la naissance d’un lémurien, baptisé Naïro, un vari à ceinture blanche. En danger critique d’extinction, l’espèce ne compte que quelques naissances chaque année en parc animalier.Kintana, la femelle vari à ceinture blanche (Varecia variegata subcincta) a donné naissance, le 3 avril dernier, à une portée dont un seul petit a survécu. Chez cette espèce de lémurien endémique de Madagascar, les naissances sont rares et l’élevage délicat. Dans les parcs zoologiques du monde, une dizaine de varis à ceinture blanche est née au cours de ces douze derniers mois, et seuls deux ont pu être élevés.Florine Wedlarski, vétérinaire du Bioparc, explique en quoi c’est un événement exceptionnel : « Outre l’excellente nouvelle de cette naissance, il est vraiment remarquable et encourageant que la femelle ait réussi à élever un petit pour la 2è année consécutive ! En principe, l’élevage demande tellement d’énergie à la femelle qu’elle ne reproduit que tous les deux ans. Cela signifie aussi que la mère a bien compris comment s’y prendre, qu’elle adopte les bons gestes et que potentiellement, si ses petits doivent être parents un jour, ils sauront reproduire les mêmes et perpétuer l’espèce naturellement. »Il s’agit d’un mâle, pesant 426 grammes à ses 1 mois. Il fera sa première sortie en extérieur début juin, bien entouré par son père, sa mère et sa grande sœur. Une espèce en « danger critique d’extinction » La population actuelle de varis à ceinture blanche à l’état naturel est difficile à estimer, mais elle se limiterait à quelques centaines, vivant dans les forêts de Madagascar, seule aire de répartition de l’espèce. Les derniers rapports établissent que ce lémurien a perdu 80% de sa population sur les 20 dernières années. Les raisons de ce déclin sont nombreuses : destruction de leur habitat, culture sur brûlis pour l’agriculture, exploitation forestière et minière, ainsi que le braconnage pour la consommation humaine. Le vari à ceinture blanche se retrouve sur deux sites principaux de Madagascar : la réserve de Betampona, au Nord-Ouest, et l’île de Nosy Mangabe, située au large de la côte Est de Madagascar. Les menaces n’ayant pas été stoppées à l’heure actuelle, le déclin de l’espèce se poursuit à l’état naturel.L’île de Madagascar compte 112 espèces et sous-espèces de lémuriens. Leur statut est catastrophique : 80 d’entre elles sont en danger critique d’extinction (CR) ou en danger (EN), 26 autres sont classées comme menacées. Les espèces menacées vivant à l’état de vestige dans un zoo, on ne sait pas si c’est une bonne ou une mauvaise nouvelle.  


02 mai 2024

Quel futur pour l’énergie européenne ?

Le 9 juin prochain se tiendront les élections européennes. Il est donc temps de se pencher sur les enjeux de cette élection, et on observe malheureusement que les enjeux identitaires obèrent tous les autres. En particulier ces questions bien plus cruciales pour l’avenir du Continent que sont la souveraineté industrielle, la Défense et l’énergie.Dans ce contexte, l’association Équilibre des énergies, qui rassemble des industriels des secteurs de l’énergie, du bâtiment, de la mobilité et de l’industrie, et dont Brice Lalonde est le dirigeant, a publié son Livre Blanc “Fit for 55… et après ?” Y sont présentées 35 lignes d’action pour la stratégie énergie-climat du futur Parlement européen.Parmi ces lignes d’action, en voici 7, qui pourraient façonner le paysage énergétique pour les 50 années à venir. Orientations générales Secteur de l’énergie Secteur du bâtiment  Secteur des transports Le livre blanc et sa synthèse sont en téléchargement libre : Téléchargement du livre blanc Téléchargement de la synthèse


29 avril 2024

Bientôt le mois de mai, à vélo !

Quel meilleur mois pour commencer le vélo ? Le climat est plus clément, les journées s’allongent, les bas-côtés des routes sourient de toutes leurs fleurs et leurs herbes… Si vous êtes une association, une entreprise, ou une collectivité locale, vous pouvez inscrire votre événement, pour le faire connaître et attirer à vous de nouveaux pratiquants, sur un site dédié à cet effet : mai à vélo.Vous y touverez tous les outils nécessaires à la création de votre événement, guide pratique, kit de communication et webinaires… Mai à vélo est un événement créé en 2020 par l’APIC*, et fédère douze organisations, dont l’Ademe, le Club des villes et territoires cyclables et marchables, la Fédération Française de Cyclisme (FFC), la Fédération française de vélo (FFCT), la Fédération française des usagers de la bicyclette (FUB) ou encore Vélo & Territoires. Autant d’institutions dont l’objectif est d’amplifier la place du vélo dans nos mobilités, en sensibilisant le plus d’adeptes possible, mais aussi en agissant sur les Pouvoirs publics pour la constitution d’infrastructures indispensables à leur déploiement en toute sécurité. Par exemple en réservant les grands axes aux voitures, et en affectant les plus petits aux vélos. Et, a minima, pour que les pistes cyclables soient systématiquement séparées des voies automobiles par une surélévation.

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17 mars 2026

Dominique Thillaud – Compagnie des Alpes : “Concilier intérêt écologique et logique économique”

Acteur majeur du monde des loisirs, des grands domaines skiables français au Parc Astérix, la Compagnie des Alpes s’est engagée depuis trois ans dans la réduction de son empreinte carbone. Son objectif : réconcilier intérêt écologique et logique économique. Entretien avec Dominique Thillaud, son Directeur général. Propos recueillis par Réjane d’Espirac Quelle est la spécificité de la Compagnie des Alpes ? Nous sommes un groupe à but lucratif, capitaliste, mais nous nous inscrivons dans un temps long. Contrairement aux entreprises de la Startup Nation, nos activités requièrent une forte intensité capitalistique – nous avons beaucoup d’actifs et d’immobilisations – et une forte intensité humaine – nous employons beaucoup de monde. Notre premier métier, en volume d’activité, ce sont les parcs d’attractions. Le deuxième, c’est l’exploitation des domaines skiables, pour laquelle nous sommes parmi les leaders mondiaux. Depuis 2022, avec l’acquisition de 85% du capital de MMV, nous sommes aussi devenus le deuxième opérateur hôtelier des Alpes. Quel que soit le métier dans lequel nous sommes impliqués, nous investissons à long terme. En octobre 2022, lorsque nous avons engagé 54 millions d’euros dans des actions de réduction de notre empreinte carbone, nous savions que cet investissement visait une rentabilité à dix ans. Quelles raisons vous ont poussé à cet engagement en faveur de l’environnement ? L’écologie n’est pas une opinion ni une idéologie, mais un fait scientifique. Hélas, elle a été prise en otage par des débats politiques ! L’avantage d’une entreprise, c’est qu’elle ne dépend pas des partis : on décide, on fait, on se dote des moyens nécessaires, on obtient des résultats. L’écologie a longtemps été présentée de manière culpabilisante ou punitive ; les citoyens en ont ras-le-bol. Notre but, c’est de montrer qu’on peut œuvrer pour la planète sans brader la qualité et le niveau de vie des Français – voire qu’une stratégie d’entreprise vertueuse peut les améliorer. Nous souhaitons concilier les retombées économiques, la création d’emplois et les bénéfices environnementaux. Qu’en pensent vos actionnaires ? La Compagnie des Alpes est née en 1989 sous l’impulsion de la Caisse des Dépôts et Consignations, qui détient 42% du capital. Nous sommes aussi cotés en Bourse ; 45% de nos capitaux viennent de là. Nos actionnaires savent qu’une partie des sommes que nous investissons ne sera rentable qu’à moyen ou long terme. En termes de transition écologique, il existe pour une entreprise à vocation économique et lucrative trois bonnes raisons d’agir : la première c’est de considérer que chacun, à son niveau, avec ses leviers, doit essayer de participer à l’effort collectif. La deuxième, c’est de se dire qu’un jour, les clients choisiront leur destination en fonction de sa performance environnementale. C’est loin d’être le cas aujourd’hui, mais ça peut venir. Alors, les opérateurs comme nous, déjà engagés, seront les mieux placés. Enfin, tôt ou tard, l’empreinte carbone des entreprises donnera lieu à des taxes. Plus nous aurons œuvré en amont, moins nous paieront, et plus nous serons concurrentiels. Quelles mesures emblématiques avez-vous prises ? Désormais, nous communiquons nos résultats annuels en deux valeurs : en euros et en grammes de CO2. Dans les deux cas, nos comptes sont audités par des commissaires indépendants. Notre objectif est que chacun de nos sites ait atteint en scopes 1 et 2 [voir encadré] le net zéro carbone en 2030 – sans aucun achat de compensation carbone. Nous nous sommes dotés de dix engagements, pourvus chacun d’indicateurs de suivi annuels. Parmi eux : privilégier la réduction des gaz à effet de serre, participer à une gestion collective et raisonnée de la ressource en eau, réduire notre impact sur l’utilisation des ressources et la biodiversité en contribuant dès que possible à sa régénération, anticiper les mutations des montagnes françaises  – et des loisirs au sens large – par la mise en place d’un laboratoire d’idées réunissant des personnalités indépendantes d’horizons divers, financer des initiatives à impact positif par la création d’une fondation Compagnie des Alpes, etc. Vous avez également affiché publiquement cinq renoncements… Ils concernent essentiellement le domaine des sports d’hiver. Primo, nous avons renoncé à étendre les domaines skiables. Seules des adaptations ponctuelles et limitées en surface sont désormais considérées. Nous avons aussi cessé l’exploitation de zones que l’évolution climatique rend non-skiables à plus ou moins brève échéance, notamment les zones de basse altitude et les glaciers. Selon les recommandations des études Imp’Act et Climsnow, nous avons abandonné les réseaux de neige de culture sur les zones glaciaires et sur les zones à l’enneigement naturel insuffisant. Et nous avons renoncé à la fabrication de neige à température positive. Ensuite, nous avons cessé d’apporter toute nouvelle assistance technique à la création de projets n’impliquant pas une part majoritaire significative de neige naturelle. En particulier, en dépit d’offres financières mirifiques, nous n’entamons et n’entamerons plus aucune nouvelle collaboration avec la Chine, qui s’est lancée dans la construction d’ici cinq ans de 150 centrales à charbon ; nous ne souhaitons pas apporter notre concours à la construction de Snow Domes fonctionnant à l’énergie fossile. Enfin, nous avons abandonné l’usage des énergies fossiles pour les dameuses et les bus opérés par le Groupe, ainsi que pour les chauffages de nos bâtiments et de nos logements à la montagne. Comment avez-vous procédé ? Les trois quarts des réductions obtenues sont liés au remplacement de l’énergie fossile dans nos chaudières, nos bus et nos dameuses de montagne, par le HVO 100, un carburant utilisant de l’huile de friture usagée, dont une partie provient de nos parcs d’attractions. C’est fantastique : ce qui était un déchet hier est devenu une ressource ! Dommage que ce nouveau carburant soit si taxé en France, car nous avons démontré son efficacité. En l’utilisant à la place du gazole dans les moteurs de nos dameuses, nous avons diminué nos émissions de CO2 de 93%. À Tignes et à Val d’Isère, nos bus sont désormais électriques. Nos résidences hôtelières proposent un dîner végétarien par semaine. Et 30 à 40% de leurs denrées alimentaires sont achetées localement, dans un rayon de moins de vingt kilomètres. Nous avons également mené sur nos sites des travaux d’isolation et de gestion contrôlée des températures. Par exemple, quand les ateliers sont vides entre 22 heures et 5 heures du matin, on peut descendre la température à 12 degrés, puis piloter sa remontée en journée. C’est très efficace. Vous lancez aussi un train de nuit entre Paris et Bourg-Saint-Maurice… C’est une initiative portée par une start-up, avec notre appui. A partir du 19 décembre 2025, et durant tous les week-ends de la saison de ski, un train partira le vendredi soir de Paris pour arriver à Bourg-Saint-Maurice le samedi matin. Il repartira le samedi soir de Bourg-Saint-Maurice pour atteindre Paris le dimanche matin. Cela permettra aux vacanciers de ne pas prendre leur véhicule et de disposer de huit jours pleins de ski, du samedi au samedi. Les familles pourront réserver un compartiment entier, les femmes voyager dans un compartiment dédié. La mobilité intelligente fait partie du scope 3. La mise en place de ce train permet à la fois d’améliorer l’expérience client et de diviser par trois l’empreinte carbone par rapport à un trajet en voiture – et même par huit lorsque nous disposerons d’une locomotive électrique. Le réchauffement climatique fait-il peser une lourde menace sur vos activités ? Comment comptez-vous pallier la raréfaction de la neige ? La Compagnie des Alpes exploite des domaines à haute altitude. La science dispose d’une visibilité sur l’évolution de la situation à cinquante ans. Au-delà, elle ne sait pas s’exprimer. Les stations situées en basse et moyenne montagne vont connaître des situations critiques avant nous. Pour l’instant, nous testons beaucoup de choses, mais nous n’avons pas encore trouvé le modèle économique qui permettra de remplacer les sports de neige. Aujourd’hui, la saison estivale ne représente que 2 à 3% des activités hivernales. Les résidences MMV ouvrent l’été, mais cela représente seulement 10% de leur chiffre d’affaires. Sans les profits réalisés l’hiver, on ne finance pas les activités proposées en été. Comment remplacer à terme les huit milliards de PIB que représente le ski chaque année pour le département de la Savoie ? Je ne sais pas encore, mais nous continuons de chercher. Ces évolutions ont-elles un impact sur vos métiers et sur vos équipes ? Nous faisons toujours les mêmes métiers, mais différemment. L’expérience que nous offrons à nos clients, ce n’est pas juste de se déplacer en télécabine – c’est la montagne, c’est l’inclusion dans la nature. Il est de notre devoir de sauvegarder la qualité de cette expérience. Désormais, le critère de l’empreinte carbone est inclus dans toutes nos décisions. Au sein de l’entreprise, l’enjeu passionne tout le monde. Les salaires de nos cadres ont une part variable, indexée aux résultats environnementaux. Idem pour nos emprunts bancaires, dont les taux d’intérêt varient en fonction de notre atteinte des objectifs environnementaux. Plus globalement, lorsqu’on donne un sens à ce que l’on fait, en résonance avec les tendances sociétales, on crée un regain de motivation. Cela booste les résultats économiques et le bien-être au travail. D’ailleurs, nous avons pris la décision de donner des actions du Groupe à nos salariés et de consacrer chaque année au moins 2% de nos investissements à l’amélioration de leur qualité de vie au travail. Quels résultats avez-vous d’ores et déjà obtenus ? Quand je suis arrivé à la tête de la Compagnie des Alpes, une journée skieur, c’était 1400 grammes de CO2, en scopes 1 et 2. En décembre 2024, c’était descendu à 220 grammes de CO2. En comparaison, un kilo de pommes françaises en scopes 1 et 2, c’est 330 grammes – et une mangue importée par avion, 11,7 kg ! Idem dans le secteur des parcs d’attractions : cette année, une journée visiteur, c’est environ 450 grammes de CO2. En 2021, c’était quatre fois plus. Les Jeux olympiques d’hiver de 2030 dans les Alpes françaises peuvent-ils jouer un rôle d’accélérateurs ? Nous n’avons pas attendu leur attribution pour agir. On les annonce “sobres et durables”. Nous verrons bien quelle expression cela prendra. Sans doute les Jeux bénéficieront-ils aux sites sur lesquels ils se tiendront. De notre côté, il n’y a rien que nous ferons pour les Jeux que nous n’aurions pas fait sans les Jeux. Afin d’améliorer vos pratiques, êtes-vous en concertation avec d’autres acteurs de votre domaine d’activité à l’étranger ? Nous avons lancé début 2025, avec ceux qui le souhaitent, une alliance des opérateurs européens de domaines skiables (Global Sustainable Ski Alliance). Il y a des Suédois, des Italiens, des Autrichiens, des Allemands, des Suisses, et même un Néo-Zélandais. Notre but est d’échanger sur nos meilleures pratiques, afin d’être de plus en plus vertueux. Par exemple, le lancement de notre train de nuit les intéresse, de même que nous nous intéressons aux accords passés dans certains pays entre les domaines skiables et les opérateurs de trains régionaux. Comment cela fonctionne-t-il, est-ce duplicable en France ? Un opérateur européen a co-développé des motoneiges électriques avec un constructeur. Nous en avons acheté quelques-unes et les testons. De notre côté, nous avons beaucoup investi en recherche et développement sur un projet de dameuse 100% électrique, dont le premier prototype industriel circulera au mois de mars 2026. D’ici dix ans, on devrait n’avoir pratiquement plus aucune dameuse thermique. Que deviendront vos huiles de friture usagées, si vous ne les utilisez plus pour vos dameuses ? Elles pourraient servir de carburant à l’aviation durable. Vu les efforts fournis, pourriez-vous adopter le statut d’entreprise à mission ? Nous nous sommes déjà dotés publiquement d’une raison d’être et d’engagements forts. Je suis plus intéressé par le label B Corp, qui répond de manière holistique aux standards les plus élevés en matière environnementale, mais aussi sociale et sociétale. Le domaine des Arcs / Peisey Vallandry a obtenu la certification B Corp en 2023. C’est le premier gestionnaire de domaine de montagne en Europe à l’obtenir.

31 mars 2026

Face à l’ultra fast-fashion, le secteur de la seconde main veut se battre

Depuis 2018, le marché des vêtements de seconde main a explosé. En Europe, il devrait atteindre 26 milliards d’euros en 2030 contre 15,9 milliards aujourd’hui selon une étude de la Fédération de la Mode Circulaire. Ce secteur économique est cependant menacé par la production massive de vêtements d’ultra fast-fashion. Depuis quelques mois, l’ultra fast fashion est partout. Les marques Shein et Temu submergent les réseaux sociaux avec leur publicité, envahissent les rayons des friperies, des ressourceries et des dressing Vinted. Fin 2025, Shein s’est même installé au BHV Marais à Paris et dans des magasins Galeries Lafayette (Dijon, Reims, Grenoble, Angers et Limoges). Causant un scandale médiatique national et le départ de nombreuses marques, historiquement distribuées par ces enseignes. L’augmentation du nombre de vêtements issus de la fast-fashion est un phénomène qu’observe quotidiennement Julie Lannoy, responsable des magasins solidaires d’Oxfam France : « Nous croulons sous les dons, mais des dons de mauvaises qualités, assure-t-elle. Ces vêtements ne sont pas chers du tout et les clientes et clients qui les consomment les considèrent comme jetables. Ils les achètent, les porte une fois puis s’en débarrassent, voire ne les portent pas du tout. » La durée de vie moyenne d’un vêtement Shein est de 65 jours selon l’association En mode climat. Résultat, les boutiques sont souvent débordées, manquent de bénévoles pour trier et n’arrivent plus à mettre en valeur les produits de qualité. La trop grande quantité des produits de fast-fashion met aussi en grande difficulté la filière de collecte. Cet été, le Relais – réseau qui collecte, tri et recycle les vêtements usagés – a par exemple tenu une grève de dix jours pour dénoncer un manque de subventions face à une quantité de vêtements à recycler de plus en plus importante. Chaque année, 270 000 tonnes de textiles sont collectées en France selon le rapport 2023 de Refashion : 60 % des produits triés sont revendus en fripe, dont 90 % à l’étranger. Un modèle économique menacé Shein fabrique un million de vêtements par jour selon une analyse de l’ONG Les Amis de la Terre, soit 15 000 à 20 000 tonnes de CO2 émises quotidiennement. Ces vêtements sont vendus à très bas coûts : des t-shirts à 5 euros ou des robes à 7 euros. « Nous vendons à prix solidaire pour que ça s’écoule facilement, mais un article vendu un euro sur Shein, on ne va pas le vendre 3 euros ! On va l’afficher au même prix voire un peu moins cher », assure Julie Lannoy, responsable des magasins solidaires d’Oxfam France. Une vraie problématique pour le secteur de l’économie sociale et solidaire. « Il y a naturellement un abaissement des prix de vente moyens, un abaissement des paniers moyens et donc un abaissement aussi des revenus pour le secteur de la seconde main. Sans volume et sans collaboration, tout au long de la chaîne de valeur, pas de rentabilité », déplore Maxime Delavallée, président de la Fédération de la Mode Circulaire qui regroupe plus de 250 acteurs du secteur. Si les dons auprès des associations, ressourceries et autres boutiques solidaires sont de moins en moins qualitatifs, c’est aussi lié à la vente en ligne. « La propension à revendre ses vêtements est 2 à 3 fois plus élevées chez les personnes qui consomment de l’ultra fast-fashion », commente Boris Descaregga, directeur associé de l’Observatoire de la société et de la consommation. Vinted capte aujourd’hui 90 % des consommateurs qui passent par internet pour leurs achats de vêtements d’occasion selon une étude de l’Agence de la transition écologique (Ademe) publié en juin 2025. « Les deux tiers des vendeurs sur les plateformes comme Vinted ne consomment pas du tout d’occasion », assure-t-il. L’argent gagné via la revente de vêtements de seconde main sert dans 50 % des cas à racheter d’autres vêtements, peut-on lire dans l’étude de l’Ademe. « On pourrait décider que la cagnotte ne peut être utilisée que sur le site. Cela permettrait de créer une espèce de circularité uniquement sur des vêtements de seconde main », propose Boris Descaregga. Certains sites de revente de vêtements de seconde main ont, eux, décidé de bannir certaines marques. Le site de revente de mode de luxe Vestiaire Collectif a, par exemple, interdit la vente et l’achat de 30 marques considérées comme néfastes pour l’environnement, dont Zara, Gap, Mango, H&M ou encore Uniqlo. Spirale consumériste Les acteurs du secteur de la seconde main veulent sensibiliser la population. Oxfam, par exemple, a lancé au mois de septembre sa campagne « Septembre en seconde main » où il incite les consommateurs à ne rien acheter neuf. « On sensibilise nos clients, aussi bien ceux qui viennent faire des dons que ceux qui viennent acheter. Les responsables de magasin et les bénévoles discutent avec eux pour leur faire comprendre les enjeux environnementaux de la seconde main », raconte Julie Lannoy, responsable des magasins solidaires d’Oxfam France. Un travail que mène également la Fédération de la mode circulaire. « On voit que la substitution d’un achat de première main par un achat de seconde main va permettre d’aller réduire drastiquement l’impact environnemental. Créer un nouveau jean représente 7 500 litres d’eau. Assurer la création d’une nouvelle collection de t-shirts, c’est plusieurs centaines de kilos de CO2. C’est important que les consommateurs soient au courant », assure Maxime Delavallée. La Fédération a d’ailleurs contribué à l’élaboration de la proposition de loi visant à réduire l’impact environnemental de l’industrie textile. Adopté par l’Assemblée nationale en mars 2024 puis par le Sénat en juin 2025, le texte est toujours en attente d’application, faute d’un accord définitif entre les deux chambres et d’un gouvernement stable. La proposition de loi prévoit notamment d’imposer aux entreprises de vente en ligne d’ultra fast-fashion d’informer les acheteurs sur leur impact social et environnemental des produits, d’interdire la publicité pour ces marques ou encore de taxer les petits colis expédiés de l’étranger. « Le contrôle de cette manière de production doit être encadré davantage, de telle sorte à ce que les acteurs du réemploi puissent s’appuyer sur des vêtements de bonne qualité et améliorer ainsi les unités économiques de tous les acteurs de la chaîne de valeur », insiste Maxime Delavallée qui propose également que les malus affectés aux nouvelles productions qui ne respectent pas les normes environnementales et sociales définies par la loi permettent d’investir dans la mode circulaire. « Il faut que ça permette de renforcer les programmes circulaires de certaines enseignes (seconde main, réparation, location, etc.), les recrutements dédiés à l’économie circulaire, de travailler au recyclage et au réemploi. »

Lutter contre le burn-out agricole par le collectif

11 juin 2026

Burn-out agricole : et si travailler à plusieurs changeait (vraiment) la donne ?

Alors que la détresse psychologique des agriculteurs reste massive en France, certains font le choix de s’installer en collectif pour tenter de rendre le métier soutenable. Mutualisation du travail, partage de la charge mentale et des coûts financiers, remplaçabilité : ces fermes à plusieurs promettent de rompre avec l’isolement et l’épuisement. Témoignages et analyses. Le lundi matin, dans cette ferme maraîchère biologique située sur la commune de Curis-au-Mont-d’Or, au Nord de la métropole lyonnaise, personne ne travaille. Pas de récolte, pas de tracteur à l’aube. « C’est non-négociable », sourit Thibault Herreman, 36 ans, l’un des trois associés du GAEC (Groupement agricole d’exploitation en commun) Le Boule d’Or, installé en bord de Saône. Ici, les semaines dépassent rarement les quarante heures, les congés sont planifiés, les week-end tournants, et l’été, quand la chaleur devient trop lourde, le travail se concentre le matin. Une organisation qui leur tient à cœur, dans un monde agricole où l’épuisement est devenu la norme. En France, un agriculteur se suicide tous les jours, selon la Mutualité sociale agricole (MSA). Les exploitants agricoles présentent un risque de suicide supérieur de 20% à celui du reste de la population active. Isolement, surcharge de travail, pression économique, aléas climatiques, injonctions administratives : la détresse psychologique agricole est désormais documentée, mais les réponses structurelles restent limitées.  « Travailler 70 heures par semaine, ne pas prendre de vacances pendant des années, être seul face aux décisions, c’est malheureusement le quotidien d’un grand nombre d’agriculteurs », observe Maëla Naël, agricultrice au sein de la Ferme des Folaisons, ferme collective dans le Morbihan. Après avoir quitté son emploi en Ile-de-France, elle s’est engagée dans un projet collectif et a écrit un guide pratique consacré à ces formes d’organisations, nourri de nombreux échanges avec des agriculteurs et agricultrices partout en France. Selon elle, le burn-out agricole n’est pas une succession de drames individuels, mais le symptôme d’un système. « L’agriculture s’est énormément individualisée. Les fermes ont grossi, les agriculteurs ont moins de voisins, moins d’entraide informelle. On demande à une ou deux personnes de porter seules une charge de travail, de décisions et de risques considérables », relate-t-elle. Les chiffres abondent dans ce sens. D’après la MSA, près d’un exploitant sur trois présente des signes de détresse psychologique. Un chiffre très certainement sous-estimé. La confusion entre vie professionnelle et vie personnelle est fréquente, notamment en élevage, où les astreintes sont quotidiennes. « Quand on est seul, il n’y a pas de sas pour décompresser », résume Maëla Naël. La précarité économique est l’une des causes de ce mal-être. En 2020, selon les chiffres de l’INSEE, 17,7% des exploitants agricoles vivaient sous le seuil de pauvreté, contre 14,4% pour l’ensemble de la population. Les maraîchers, les éleveurs ovins et caprins ainsi que les éleveurs de bovins font partie des filières les plus fragiles.  « La pression économique, la peur de ne pas rembourser un emprunt, reposent sur très peu d’épaules » ajoute Maëla Naël. Le collectif, entre nécessité et désir de rupture C’est précisément pour ne pas affronter cette réalité seuls que Thibault Herreman et ses deux associés, Félix (34 ans) et Joseph (29 ans), ont choisi de s’installer ensemble. « Aucun de nous n’envisageait une installation en solo. Ce n’était pas le projet, ni humainement, ni en termes de charge de travail », raconte Thibault. Depuis le 1er janvier 2021, ils exploitent 7 hectares de maraîchage biologique, dont deux cultivés, avec vente directe à la ferme et sur les marchés. A l’année, trois associés, un salarié en CDI et deux saisonniers. « S’installer à plusieurs, c’est une manière de rendre le métier soutenable à long terme », assure l’agriculteur. Un constat partagé par Céline Riolo, codirectrice de la coopérative Les Fermes Partagées, créée fin 2021 par et pour des fermes collectives. « Les fermes collectives étaient sur-sollicitées par des porteurs de projet qui voulaient s’installer à plusieurs, sans avoir les outils pour le faire. Il y avait un vrai besoin de formation, d’accompagnement et de mise en réseau », explique-t-elle. Pour elle, le phénomène dépasse largement l’effet de mode. « Quand j’interviens dans les écoles d’ingénieurs agronomes, une très grande majorité d’étudiants se projettent aujourd’hui dans ces installations collectives. Ils ne veulent pas reproduire le modèle de leurs parents. Il y a une rupture assumée avec les schémas traditionnels », fait savoir Céline Riolo. Travailler à plusieurs : un quotidien transformé Au GAEC Le Boule d’Or, chaque début de semaine commence par une réunion. Les tâches sont listées, réparties selon les affinités et la charge de travail : production, administratif, travaux annexes, réparations, marchés. « On travaille très rarement de manière isolée. Même pour des tâches répétitives comme le désherbage, on est ensemble. Ça change énormément l’ambiance », explique Thibault. Les jours de récolte – le mercredi et le vendredi – mobilisent toute l’équipe. Tomates, aubergines, choux, poireaux, melons ou patates douces sont lavés, préparés et conditionnés collectivement. « Être à plusieurs, ça permet aussi de s’amuser. La convivialité fait partie du travail. D’ailleurs, c’est un de nos critères essentiels lorsqu’on recrute : la bonne entente dans l’équipe », confie Thibault Herreman. Surtout, le collectif rend possible ce qui reste rare en agriculture : le repos. « De novembre à début mars, on ne travaille ni le lundi, ni le vendredi après-midi. On a six semaines de vacances par an, avec un système de roulement pour les marchés le week-end ». Dans ce GAEC, les semaines dépassent rarement 40 heures. « On s’organise pour avoir des temps de travail hebdomadaires raisonnables. Si on a de la trésorerie, on préfère embaucher plutôt que s’épuiser. Seuls, ce serait impossible », soutient l’agriculteur. Pour Maëla Naël, cette capacité à se remplacer est absolument centrale. « On peut partir sans que tout s’effondre. Psychologiquement, c’est énorme », assure la spécialiste des fermes collectives. Cette capacité à lever le pied constitue une rupture majeure avec la norme agricole. Dans de nombreuses exploitations individuelles, l’idée même de s’arrêter quelques jours reste impensable, faute de solution de remplacement ou par crainte de pertes économiques. Le collectif introduit une forme de sécurité psychologique. Une charge mentale partagée mais déplacée Pour autant, le collectif n’est pas une solution magique. « Le travail reste difficile. Mais il y a moins de sentiment de solitude », nuance Céline Riolo. « Être plusieurs permet de ne pas être seul face aux décisions d’investissement, aux aléas climatiques, aux accidents de la vie. Si quelqu’un se casse une jambe, la ferme peut continuer, et cela ne met pas en péril l’ensemble de l’exploitation. Si la récolte d’une activité est mauvaise, on peut se rabattre sur d’autres ateliers ». Cette solidarité a cependant un revers. « Décider ensemble combien d’heures on travaille, comment on se rémunère, si on investit ou non, etc, ce sont des sujets lourds, générateurs de tension », souligne Maëla Naël qui a échangé avec bon nombre d’agriculteurs et d’agricultrices installés en collectif. Dans les fermes dites « communes », où recettes et charges sont mutualisées, les enjeux sont encore plus élevés : bénéfices et risques sont partagés. Au GAEC Le Boule d’Or, les associés ont anticipé ces difficultés. « S’associer, c’est un peu comme se mettre en couple », sourit Thibault. Résultat : deux réunions de médiation par an avec un tiers, et un accompagnement professionnel pour mieux comprendre les tempéraments de chacun, prévenir les conflits et apprendre à connaître leurs forces et leurs faiblesses. « On discute de sujets, cela nous permet de dénouer des tensions, d’exprimer des choses pas facile à exprimer dans le courant de nos semaines. Et puis, on se remet en question. Par exemple, on a appris que ce n’est pas parce que l’autre a une autre manière de fonctionner que c’est moins bien », résume Thibault Herreman. Cet accompagnement, c’est aussi le cœur de métier de Céline Riolo. « Les collectifs qui durent sont presque toujours accompagnés sur le volet humain, pour apprendre à communiquer, se confier. On n’est pas formés à coopérer, dans un système qui valorise historiquement la compétition. Investir dans l’humain est souvent vu comme secondaire, alors que c’est ce qui fait tenir une ferme collective sur la durée », souligne la codirectrice des Fermes Partagées. La question de la gouvernance apparaît ici centrale. Tous les collectifs ne fonctionnent pas de la même manière : certains reposent sur une forte horizontalité, d’autres sur une répartition plus marquée des rôles. « Il n’existe pas de modèle idéal », insiste Céline Riolo. « Ce qui compte, c’est que les règles soient explicites et discutées régulièrement. » Sans ce cadre, les conflits latents peuvent s’installer et fragiliser l’ensemble du projet. Un rempart contre le burn-out, mais pas une réponse systémique Le collectif agit surtout comme un amortisseur. Il permet de repérer et d’anticiper les signaux faibles de l’épuisement, de partager la santé mentale, de rendre le travail plus soutenable. Mais il ne règle pas tout. « Le collectif ne supprime pas les causes structurelles du mal-être agricole : prix bas, endettement, normes, aléas climatiques », rappelle Céline Riolo. « C’est une solution parmi d’autres. Notre intention n’est pas que toutes les fermes deviennent collectives, mais de reconnaître que ce mouvement existe et de l’accompagner. Surtout que tout le monde n’est pas fait pour travailler en collectif ». Sans parler des freins institutionnels qui restent nombreux. Banques, dispositifs, d’aides, politiques d’installation : les modèles collectifs sont encore mal intégrés. « Certaines fermes coopératives sont même coupées de certaines aides agricoles. Il y a un vrai travail d’adaptation du cadre juridique et des politiques publiques à mener », confie Maëla Naël. Vers une agriculture plus robuste, et plus humaine Partout en France, les fermes collectives se multiplient. La coopérative Les Fermes Partagées acompagne aujourd’hui plus d’une trentaine de projets collectifs par an, essentiellement en Auvergne-Rhône-Alpes. Certaines fermes vont jusqu’à rassembler 25 personnes, et permettent de recréer du lien social. C’est le cas de la ferme La Clé des Sables, à Saint-Lattier, dans le sud de l’Isère, où neuf associés ont repris en 2020 une exploitation de près de 43 hectares pour y développer de nombreux ateliers (fruits, légumes, plantes aromatiques et médicinales, noix, céréales, farines, pains, huiles, etc). Ils ont également développé une programmation culturelle et un lieu de vie ouvert sur ce village de 1 500 habitants. « Par le collectif, l’entraide, on recrée du lien au sein de la ferme mais aussi dans le village entier », sourit Céline Riolo. « Tout cela rend plus robuste face aux aléas de la vie – humains, économiques, climatiques », ajoute-t-elle. Pour Thibault Herreman, l’enjeu est aussi symbolique. « Montrer que c’est possible d’être bien en agriculture. Que ce métier, aussi exigeant soit-il, n’est pas condamné à broyer celles et ceux qui le font vivre », soutient l’agriculteur de 36 ans. Les fermes collectives ne sauveront sans doute pas, à elles seules, un monde agricole en crise. Elles ne prétendent pas offrir une solution miracle, elles expérimentent, tâtonnent, parfois échouent. Mais elles ouvrent un espace de réflexion précieux sur l’organisation du travail, la place du collectif et la santé mentale en agriculture. Elles esquissent une autre manière de faire : travailler ensemble, pour ne plus s’abîmer seuls.  

Sarah El Haïry, Haute commissaire à l'Enfance

20 juillet 2026

Sarah El Haïry : “Faire de la transition écologique une opportunité de protection des enfants”

Haute-commissaire à l’Enfance depuis mars 2025, passée par les secrétariats d’État à la Jeunesse et à la Biodiversité, Sarah El Haïry souhaite que les enjeux de la transition soient l’occasion d’intégrer davantage la protection de l’enfance dans les politiques publiques. Deux avancées qui, selon elle, doivent aller de pair. Entretien. Propos recueillis par Réjane d’Espirac Quelles sont les missions du Haut-commissariat à l’Enfance ? La création du Haut-commissariat à l’Enfance a été annoncée le 28 décembre 2024 en réponse à une urgence : celle de protéger les plus jeunes de la précarité, de la violence et de l’isolement. La convention internationale des droits de l’enfant, adoptée le 20 novembre 1989 par les Nations-Unies, dit qu’un enfant a le droit de jouer et de grandir en sécurité. En France aujourd’hui, un enfant sur cinq est en situation de pauvreté. Au 31 décembre 2023, plus de 220000 enfants étaient pris en charge par l’Aide sociale à l’enfance. Cette précarité affecte l’accès à l’éducation, à la santé, aux loisirs, à la culture, au logement et à la mobilité. Notre première mission est de renforcer leur protection face à toutes les violences dont ils font l’objet. Nous intervenons aussi en matière de santé, d’accueil et d’accompagnement à la parentalité. L’un de mes chantiers est de développer une véritable culture de la prévention, permettant de réduire les risques au maximum, mais aussi de changer l’orientation de nos politiques publiques, encore trop axées sur le curatif. L’enfance n’est pas pensée, pour l’instant, de manière transversale et pluridisciplinaire. On envisage l’enfant sous le prisme de la santé, ou de l’éducation, ou de la justice… Je souhaite briser ces silos, afin de remettre l’enfant au centre. Pour cela, nous organisons la concertation entre des acteurs aux logiques parfois divergentes – institutions, entreprises, associations, services sociaux… – afin de parvenir à créer des coalitions. Comment intégrez-vous dans ces missions les enjeux de la transition ? L’important à mon sens est d’inclure l’enfant dans toutes les politiques de transition. Qu’il s’agisse d’aménagement urbain, de mobilité ou d’alimentation, il faut faire des nécessaires évolutions de ces secteurs une opportunité pour protéger les enfants. La transition écologique, comme la protection de l’enfance, doivent devenir des préoccupations centrales et transversales. Ce ne sont plus des sujets annexes. Leur prise en compte doit imprégner toutes nos décisions. C’est un changement de paradigme. Les enfants sont les premiers touchés par les questions de santé environnementale. Ce sont les plus vulnérables face à la pollution de l’air et à l’exposition à certaines substances toxiques. Comme ils sont les plus exposés, il faut penser l’ensemble des projets de transition à hauteur d’enfants. Nous avons envers eux une responsabilité de protection et d’accompagnement. C’est un combat commun : pour les enjeux que nous avons à porter, j’ai autant besoin de l’élu en charge de l’urbanisme que de celui qui s’occupe de la petite enfance. Vous avez des exemples ? Prenons la pollution lumineuse, très nuisible à la biodiversité. Les projets de smart cities intègrent la mise en place de capteurs de mouvement et de luminosité, afin d’adapter l’intensité lumineuse aux besoins. À ce dispositif, il faut inclure des capteurs à hauteur d’un enfant d’un mètre vingt – qui seront également utiles pour les personnes en fauteuil roulant. Idem pour les feux tricolores, que l’on peut équiper de détecteurs identifiant la présence d’enfants, afin d’allonger la durée des feux pour leur permettre de traverser à leur rythme en toute sécurité. Je ne suis pas techno-solutionniste, mais je me dis que l’on peut profiter de certaines opportunités pour adapter la ville aux enfants. Selon une étude récente de l’Ademe, l’agence de la transition écologique, les enfants d’aujourd’hui vont à l’école tout seuls à partir de 11 ans, soit un an plus tard que la génération de leurs parents, à cause des dangers perçus. Il faut rendre la ville plus sûre. L’Irlande, par exemple, a mis en place des pistes cyclables dédiées aux plus jeunes, interdites aux vélos électriques qui filent à toute allure ! Ne pas adapter la ville à leurs besoins, c’est prendre le risque de les cantonner encore plus dans leur chambre, où le monde virtuel et donc les réseaux sociaux les maintiennent déjà beaucoup. Un espace public où les enfants ne sont pas les bienvenus, c’est une discrimination. Quel est le niveau d’éco-anxiété chez les jeunes ? Il existe plusieurs niveaux. Selon un autre rapport publié par l’Ademe en 2025, 15% des Français sont “moyennement touchés” par l’éco-anxiété et 5% “très fortement touchés”. Les jeunes sont plus éco-anxieux que leurs aînés. Si l’éco-anxiété affecte 22% des 50-64 ans et 31% des 35-49 ans, elle concerne 33% des 15-24 ans et 39% des 25-34 ans. Ces deux classes d’âge sont aussi les plus exposées en termes de santé mentale : 8 à 10% des 15-34 ans s’avèrent “très fortement éco-anxieux”. Globalement, on distingue différents profils : les éco-indifférents, les éco-détachés, les éco-soucieux, les éco-préoccupés, les éco-alarmés, les éco-effrayés et les éco-terrifiés. L’étude montre aussi que les filles sont plus éco-anxieuses que les garçons. Comment répondre à cette éco-anxiété ? D’abord, il ne faut pas hésiter à l’exprimer auprès d’un professionnel de santé et à se faire accompagner. L’éco-anxiété est admise désormais comme un fait psycho-social ; ce n’est pas une lubie. Ensuite, il faut promouvoir l’action ; chaque éco-engagement agit comme un régulateur. Notre rôle est d’aider à systématiser des occasions de faire, dès le plus jeune âge. Aujourd’hui par exemple, nous accompagnons la création de potagers dans des crèches, car nous savons que plus l’enfant est au contact de la nature, plus il prend conscience de sa relation avec elle, plus il se sent acteur, plus cela nourrit sa santé physique et mentale. En tant que ministre j’ai également pu porter la présence d’éco-délégués dans les collèges et les lycées, ainsi que les services civiques écologiques qui permettent aux 16-25 ans de s’engager pour plusieurs mois dans une mission environnementale indemnisée. Ce sont des opportunités d’action. Comment l’école s’adapte-t-elle structurellement aux enjeux de la transition ? La désimperméabilisation de certaines cours d’école a permis de réintroduire des îlots de fraîcheur. S’il s’agissait d’abord d’assurer le bien-être des enfants, en anticipation des pics de chaleur induits par le réchauffement climatique, ces initiatives ont aussi permis d’améliorer le cycle de l’eau et de réintroduire de la biodiversité à l’intérieur de territoires qui avaient été complètement bétonnés. À Barcelone, où les établissements scolaires se sont déjà beaucoup adaptés aux enjeux de la transition, ils sont en train de transformer les écoles, afin d’offrir aux enfants des lieux de socialisation, dotés d’une bonne qualité d’air. Ces projets permettent de faire converger les nécessités sociales et écologiques. Qu’en est-il de l’accès à une alimentation durable ? C’est aussi un enjeu fort, tant sur le plan social qu’écologique. Les repas en temps collectif sont une opportunité. D’abord, ils répondent à des précarités. Le déjeuner à la cantine est pour certains enfants le seul repas où ils peuvent, par exemple, manger des fruits frais et de saison. Des études montrent que la qualité des repas pris à la maison se dégradent également par l’omniprésence des écrans et la dégradation des liens familiaux : beaucoup d’enfants mangent seuls ou devant un écran. C’est délétère. Sur le plan écologique, la mise en œuvre des lois Égalim et l’obligation d’introduire des produits biologiques et locaux dans les cantines permettent d’améliorer la qualité nutritionnelle des repas. Nous sommes en train d’organiser une action avec des chefs étoilés dans les écoles, dans un objectif d’apprentissage des produits et des bons réflexes alimentaires. Quelle est la place de l’éducation à l’environnement dans les programmes scolaires ? À mon sens, il ne faut plus en faire un thème séparé. L’éducation à l’environnement, c’est l’éducation à l’avenir. Cela devrait davantage apparaître en filigrane dans tous les apprentissages. Adapter les pédagogies, prendre acte des transitions, comprendre les trajectoires en termes de climat, de pression sur la biodiversité et d’accès aux ressources, donner les moyens de devenir des acteurs de l’adaptation : dès la maternelle, on peut sensibiliser les enfants à la préservation de l’eau, au tri, à la saisonnalité… Il faut leur faire côtoyer et aimer la nature dès le plus jeune âge, même s’ils vivent dans des environnements urbains, par exemple par des visites très régulières en forêt ou dans des fermes pédagogiques. Ces actions ne doivent plus être des expérimentations isolées. Elles doivent se généraliser. La virtualité omniprésente dans la vie des enfants et des adolescents ne nuit-elle pas à leur intérêt pour ce qui les entoure ? La place des écrans est un sujet important, face auquel nous ne pouvons pas laisser les parents seuls. La vitesse avec laquelle l’intelligence artificielle s’intègre dans nos vies est très rapide et très brutale. 70% des parents se disent dépassés. Il faut les aider à estimer la place que prend ce monde virtuel dans le quotidien de leurs enfants, à identifier ses conséquences sur leur santé mentale et somatique, et à s’en ressaisir. Il convient par exemple d’expliquer ce qu’est une bulle algorithmique et de souligner ses biais, pour développer l’esprit critique. Un autre enjeu est de travailler avec les grands opérateurs numériques et les associations pour assurer la protection des jeunes dans ces espaces. Qu’ils ne tombent pas sur un contenu pornographique au détour d’une plateforme de jeu, par exemple. On estime que la majorité des collégiens et des lycéens ont déjà été exposés à des images pornographiques sans le désirer. D’ores et déjà, nous avons obtenu légalement l’interdiction des sites qui ne contrôlent pas de façon effective l’âge de leurs visiteurs. Comment travaillez-vous avec le monde de l’entreprise ? Qu’attendez-vous de lui ? J’attends d’abord des entreprises qu’elles accompagnent leurs collaborateurs sur la question de la parentalité. J’ai besoin qu’elles prennent conscience de la charge mentale des parents qu’elles emploient, des difficultés qu’ils rencontrent et du temps dont ils ont besoin pour leur vie de famille. C’est un travail que nous menons avec l’Association nationale des DRH, très engagée sur les questions sociétales. La création d’un nouveau congé de naissance, permettant aux parents de prendre jusqu’à deux mois supplémentaires chacun pour accueillir leur enfant, vient d’être approuvée par la commission des Affaires sociales de l’Assemblée nationale. On peut aussi aller plus loin sur les parcours PMA, les enfants malades, la santé mentale au sein de la famille, le droit à la déconnexion… D’autre part, j’attends des entreprises qu’elles veillent au respect des enfants dans le choix de leurs fournisseurs, tout au long de leur chaîne de valeur. Il est intolérable en 2025 de collaborer avec des entreprises qui exploitent les enfants. Pensez-vous qu’une nouvelle culture est en train de s’installer ? ll n’y a aucun fatalisme ; les lignes bougent, mais il faut encore rendre le sujet populaire. Il faut ouvrir les imaginaires, créer de la proximité, nourrir une sensibilité. À mon niveau, je suis un catalyseur de coalitions. Si je ne crée pas de coalitions, je ne crée pas de changement ni de transition. À partir du moment où les gens s’engagent et voient le résultat concret de leur action, cela crée une confiance sur la capacité d’agir et initie un cercle vertueux. Mon rôle est de donner des clés, monter des ateliers, fédérer des acteurs, lever certaines barrières. Quand je demande à la Fédération française du jouet d’imaginer des jouets à même de faire évoluer les comportements, notamment contre les violences faites aux enfants, je participe à briser un silence ou un impensé. Étonnamment, quand je dis : “J’ai besoin de vous, je n’ai pas votre savoir-faire, mais j’ai des leviers qui pourront rendre votre action plus forte et plus utile”, je suis entendue. Vous organisez tous les mois des projections de films… Certains sujets, lorsqu’ils sont traités sont un angle sensible, ne peuvent pas laisser indifférents. Ainsi, la culture participe-t-elle à accompagner des compréhensions sur des sujets parfois complexes. Nous avons par exemple organisé une projection de la série anglaise Adolescence – dont des extraits sont diffusés à la demande de l’Éducation nationale dans certains collèges, comme cela a été le cas au Royaume-Uni. Les deux-tiers de la salle ne l’avait pas vue. Nous avons également diffusé le documentaire Les écrans rois. Ces projections sont suivies d’une discussion puis, quelques jours plus tard, pour ceux qui ont envie d’aller plus loin, d’une demi-journée de tables rondes avec des experts, qui permettent de revenir sur les constats puis d’envisager des solutions. Les gens en sortent généralement avec une volonté, ou du moins une capacité de faire. Cela change totalement ma relation avec les acteurs avec qui je travaille. Les initiatives prises par les jeunes eux-mêmes sont-elles utiles et entendues ? L’engagement des jeunes en faveur de la transition écologique est une formidable école de citoyenneté. À Brest, une association de collégiens a nettoyé les plages de leurs plastiques, puis en a fait un événement à la mairie. Dans une autre commune, des éco-délégués ont fait bannir les distributeurs de boissons de leur établissement scolaire, afin de les remplacer par des gourdes et des fontaines à eau. Les jeunes peuvent être très novateurs – les nouvelles formes de réseaux sociaux autour de l’entraide ou de la seconde main, comme Allo Voisins viennent d’eux. L’enjeu de la transition, au-delà de la question des ressources, c’est de soutenir une façon de vivre plus douce et plus respectueuse. Pour l’instant en France, il existe 2000 conseils municipaux des jeunes. Cela représente seulement 6% des communes. L’association qui les fédère, l’ANACEJ, a publié récemment une étude qui montre la diversité des actions mises en œuvre, de la simple discussion à la consultation des jeunes sur des sujets qui les concernent. Il existe des conseils d’usagers et des comités d’experts dans pratiquement tous les domaines, alors pourquoi ne pas impliquer les enfants dans la manière dont on construit leur monde ? Cela peut paraître symbolique mais demain, les horaires dans les abribus seront peut-être affichés non seulement à hauteur d’adulte, mais aussi à hauteur d’enfant… Pour les rendre encore plus acteurs, il faut soutenir leur visibilité dans les instances, leur rendre les chemins de décision compréhensibles, et adapter nos supports et nos discours.   Vers une clause d’impact jeunesse ? La clause d’impact jeunesse est un mécanisme d’évaluation systématique visant à mesurer l’impact d’une décision politique, d’une loi ou d’un budget sur les jeunes générations – souvent les moins de 30 ans. Cette clause peut porter sur l’emploi et la formation, le logement, la santé mentale, le climat, la participation citoyenne… En France, cette clause n’existe pas encore, mais l’idée progresse. Certains pays européens ont déjà fait un pas en ce sens : en Autriche, depuis 2013, toute loi doit être évaluée selon son impact sur les jeunes ; l’Allemagne expérimente la même chose depuis 2017 ; et la Finlande intègre les jeunes dans ses évaluations d’impact intergénérationnel, notamment sur les politiques climatiques. Ces exemples nourrissent la réflexion au sein de la Commission européenne et du Conseil de l’Europe.   Le réseau “Ville amie des enfants” Metz, Nantes, Marseille, Puteaux, Bailleul… 300 villes en France font partie du réseau “Ville amie des enfants”. Portée par l’Unicef et ses comités locaux, lancée en France en 2002 en partenariat avec l’Association des maires de France, cette initiative vise à promouvoir et à garantir les droits des enfants et des jeunes à l’échelle locale. Chaque ville labellisée s’engage à intégrer leurs besoins et leurs voix dans ses politiques territoriales, en termes notamment de bien-être, de lutte contre les discriminations, d’éducation, de participation aux décisions qui les concernent et de sensibilisation à leurs droits. www.villeamiedesenfants.fr   Sarah El Haïry en 6 dates clés 1989 Naissance à Romorantin (Loir-et-Cher) 2017 Première mandat de députée en Loire-Atlantique 2020 Nommée secrétaire d’État chargée de la Jeunesse et du Service national universel 2023 Nommée secrétaire d’État chargée de la Biodiversité 2024 Nommée ministre déléguée chargée de l’Enfance, de la Jeunesse et des Familles 2025 Nommée Haute-commissaire à l’Enfance  

Holicare déploie des outils au service de la santé mentale

07 septembre 2026

Holicare : Une plateforme pour la santé mentale

Face aux enjeux de la santé mentale au travail, Holicare déploie des outils simples, validés cliniquement, de détection et d’accompagnement. Et ça fonctionne. Par Réjane d’Espirac Quand une associée de Stéphane Cremades fait un burn-out en 2018, le multi-entrepreneur réalise qu’il n’a pas de dispositif de soutien. La santé mentale est en train de devenir un enjeu structurel et sociétal ; il réunit un comité scientifique composé d’un directeur médical, d’une psychiatre, d’une psychologue, d’un chercheur et d’un spécialiste des pathologies professionnelles. Objectif : créer un outil d’évaluation de la santé mentale fondé sur des données scientifiques, facile à déployer au sein des organisations, puis protocoliser des parcours de soins efficaces, gratuits et confidentiels pour les salariés intéressés. Holicare naît en 2021. L’entreprise de l’économie sociale et solidaire compte aujourd’hui 23 collaborateurs. Son test digital de 7 minutes, validé cliniquement, a été passé par 29000 personnes. 1000 ont suivi un parcours de soins personnalisé de 3 à 9 mois, coordonné par une infirmière avec une psychologue, un coach en activité physique, une diététicienne, une assistante sociale et des approches psycho-corporelles. “Chez nos clients, environ 50% des employés passent le test, note Stéphane Cremades. Nos parcours permettent la disparition à 91% de tout symptôme anxio-dépressif.” Après s’être déployé dans le médico-social, Holicare a convaincu des PME, des collectivités territoriales, des groupes comme Fnac Darty, ainsi que des associations d’aidants ou d’étudiants.

Entreprise à mission : l'impact au delà du statut

18 septembre 2026

Sociétés à mission : les entreprises à l’épreuve de leurs engagements

Elles sont plus de 2 500 en France à avoir inscrit noir sur blanc leur impact social et environnemental dans leurs statuts. Depuis la loi PACTE de 2019, les sociétés à mission se multiplient, entre quête de sens, stratégie économique et volonté de transformation. Mais derrière l’engagement, que change vraiment cette qualité ? Plongée dans un modèle qui oblige les entreprises à se confronter à leurs propres contradictions. Par Marion Pépin Dans les ateliers de La belle-iloise, les sardines continuent d’être préparées avec minutie. Ici, on parle encore du « bon moment » pour pêcher un poisson, de la teneur en graisse selon la saison, ou du choix de l’huile d’olive comme d’autres parleraient d’un grand cru. « Le poisson, il faut le travailler quand il est au meilleur de sa qualité », insiste Caroline Hilliet Le Branchu. « C’est pareil pour les autres ingrédients. Le citron, l’huile… Tout ça compte énormément dans le produit final ». La dirigeante incarne la troisième génération à la tête de cette entreprise familiale fondée en 1932 par son grand-père, à Quiberon. Une maison restée 100 % familiale depuis sa création. « Nous n’avons eu que des dirigeants familiaux », rappelle-t-elle. L’histoire de La belle-iloise est aussi celle d’un refus : celui de la standardisation. Dans les années 1960, alors que la grande distribution explose, l’entreprise comprend rapidement qu’elle ne pourra pas suivre la logique des prix bas. « Nos produits étaient trop chers pour la grande distribution, parce qu’on refusait de baisser notre niveau de qualité », raconte Caroline Hilliet Le Branchu. Plutôt que de changer ses recettes, la conserverie décide alors d’inventer un autre modèle : la vente directe. Un premier magasin ouvre. Puis un deuxième. Puis des dizaines d’autres. Aujourd’hui, l’entreprise compte 93 boutiques et réalise près de 95 % de son chiffre d’affaires sans intermédiaire « La vente directe nous permettait d’expliquer nos produits, de raconter pourquoi ils étaient différents », explique la dirigeante. « On ne vend pas seulement une boîte de sardines. On raconte un savoir-faire, une histoire, une manière de faire. » Interroger son propre modèle En 2023, La belle-iloise franchit pourtant une nouvelle étape : devenir société à mission. « Le prolongement de notre engagement finalement », sourit Caroline Hilliet Le Branchu. Sur le papier, la raison d’être choisie semble presque naturelle pour cette entreprise : « Permettre à chacun de vivre mieux en conciliant manger sain et plaisir ». Elle se décline en trois grands objectifs : promouvoir une alimentation saine et équilibrée, réduire l’impact environnemental de l’entreprise et soutenir l’activité économique locale. Mais derrière ces formulations relativement consensuelles, le changement est bien plus profond qu’il n’y paraît. « On faisait déjà attention à beaucoup de choses », explique Caroline Hilliet Le Branchu. « Mais devenir société à mission, c’était une façon d’aller un cran plus loin. » La réflexion commence en 2020. À ce moment-là, l’entreprise se questionne sur la manière de pérenniser ses engagements dans le temps. « On s’est dit : si on veut vraiment continuer à progresser sur les sujets environnementaux et sociétaux, il faut qu’on se challenge davantage », raconte la directrice. Le déclic vient aussi d’une prise de conscience : les valeurs historiques de l’entreprise ne suffisent plus à elles seules. « Tant que les choses ne sont pas écrites, on peut toujours se raconter des histoires. Le fait de les inscrire dans les statuts nous oblige réellement. » Et cette obligation change la manière de penser certaines décisions. Comme beaucoup d’entreprises agroalimentaires, La belle-iloise travaille sur son « scope 3 », c’est-à-dire les émissions indirectes liées à son activité, notamment celles générées par ses fournisseurs. Un exemple s’impose rapidement dans la discussion : la pêche. L’entreprise ne possède pas de bateaux, mais elle dépend entièrement de cette ressource. « On s’est demandé : quelle est notre responsabilité, en tant que clients, en tant qu’acheteurs de poissons ? ». La réponse n’a rien d’évident. Arrêter le poisson ? Impensable pour cette entreprise construite autour de la conserve marine. Continuer sans évoluer ? Difficilement compatible avec les engagements pris. L’entreprise choisit alors une voie intermédiaire :  développer davantage de produits végétaux. Objectif affiché : d’ici 2032, 25% de son chiffre d’affaires devra venir de recettes sans poisson. « L’idée, ce n’est pas de renier notre métier », précise la dirigeante. « Mais de permettre à l’entreprise de continuer à se développer sans augmenter mécaniquement la pression sur les ressources marines ». Un pari qui reste incertain. « Les clients ne vont peut-être pas nous suivre. On n’a pas réponse à tout. Mais le fait d’être société à mission nous pousse à essayer ». Derrière les engagements, des arbitrages très concrets C’est précisément ce que cherchent à provoquer les sociétés à mission : forcer les entreprises à regarder leurs contradictions en face. Créé par la loi PACTE en 2019, cette qualité permet aux entreprises d’inscrire leurs engagements dans leurs statuts. Mais contrairement à une simple politique RSE ou une charte interne, il ne s’agit pas seulement de déclarer des intentions. Le dispositif prévoit des mécanismes de contrôle. « Une société à mission, ce n’est pas seulement une entreprise qui dit qu’elle veut faire mieux », résume Valérie Brisac, directrice générale de la Communauté des entreprises à mission. « C’est une entreprise qui formalise une promesse et accepte d’être contrôlée dessus ». Concrètement, les entreprises doivent définir une raison d’être, des objectifs précis, et surtout mettre en place un système de contrôle. Un comité de mission suit les actions, et un organisme indépendant vient auditer les résultats tous les deux ou trois ans. Les conclusions sont publiques. « C’est ce qui différencie vraiment le modèle d’une simple opération de communication », estime Valérie Brisac. Un modèle qui séduit, pour des raisons très différentes En quelques années, le mouvement a pris de l’ampleur. Environ 2 500 sociétés à mission aujourd’hui en France, et près de 500 nouvelles chaque année, selon le neuvième baromètre de l’Observatoire des sociétés à mission. Mais toutes ne s’engagent pas pour les mêmes raisons. « Au début, il y avait surtout des entreprises déjà sensibles à ces sujets, engagées sur les questions sociales et environnementales, comme la Camif, le Groupe Rocher ou le Crédit Mutuel Arkea », observe Valérie Brisac. « Le profil des entreprises évolue. On voit une volonté de certaines entreprises de s’engager, des dirigeants qui souhaitent créer un cadre pour que les fondements de leur entreprise perdurent dans le temps. D’autres y voient aussi un outil stratégique », assure Aurélie Ghemouri Krief, associée au sein du cabinet de conseil Plein Sens. Elle travaille depuis de nombreuses années sur la responsabilité sociale des entreprises. Clarifier sa mission, c’est se positionner sur un marché, attirer des clients, mais aussi répondre à une forte demande des salariés. La mission est aussi devenue un argument de recrutement. « On a multiplié les candidatures par dix » Chez SOCAPS, le changement est tangible. Cette entreprise d’assistance technique industrielle, présente dans 120 pays, est devenue société à mission en 2021. Son directeur général, Thomas Meyer, ne cache pas son enthousiasme : « Ça a créé une vraie dynamique. On s’est retrouvés autour d’objectifs communs, comme les sujets de parité, de handicap dans l’industrie, de climat ou d’achats responsables… Tout cela guidé par cette mission ». Un choix cohérent avec son fonctionnement coopératif, selon le dirigeant. Le passage en société à mission a eu un effet immédiat. « On a multiplié par dix les candidatures spontanées », affirme-t-il. Dans un secteur industriel où les métiers techniques peinent parfois à recruter, la mission devient un outil d’attractivité pour aller chercher de nouveaux talents. « Les nouvelles générations veulent comprendre pourquoi elles travaillent », soutient-il. « Bien sûr que la question du salaire, est importante. Mais, on voit bien que les salariés ont de plus en plus besoin de donner du sens à leur travail, avoir le sentiment qu’ils agissent pour quelque chose. On parle beaucoup du désengagement des salariés, mais beaucoup de personnes sont aussi contentes de s’engager. C’est donc un plus, pour attirer un certain type de travailleurs », analyse Aurélie Ghemouri Krief. Thomas Meyer nuance : « Tous les salariés ne viennent pas chercher du sens, il ne faut pas fantasmer non plus ». Pour éviter que la mission reste théorique, l’entreprise a revu plusieurs fois sa feuille de route. Une quarantaine d’actions ont été mises en place, certaines encore expérimentales. « On a voulu garder une logique de laboratoire. Certaines idées fonctionnent, d’autres non », confie le dirigeant de SOCAPS. Une transformation qui demande du temps et de l’argent Derrière les discours inspirants et la bonne volonté, la mise en œuvre peut être lourde. « Être société à mission, ce n’est pas juste changer une phrase sur un site internet », insiste Aurélie Ghemouri Krief, qui accompagne des entreprises sur ces sujets depuis plusieurs années. Selon cette consultante, beaucoup de dirigeants découvrent rapidement la complexité du modèle : « Il faut créer un comité de mission, définir des indicateurs, produire un rapport, rendre des comptes », détaille-t-elle. Et surtout arbitrer. « La difficulté, c’est qu’il faut continuer à faire du chiffre d’affaires tout en réduisant ses externalités négatives, son impact ». A Quiberon, Caroline Hilliet Le Branchu en fait l’expérience avec la décarbonation de La belle-iloise. Produire des conserves nécessite des températures très élevées. Or, aujourd’hui, le gaz reste quasiment incontournable. « Les alternatives technologiques ne sont pas encore au niveau. Parfois on sait ce qu’il faudrait faire, mais on ne peut pas encore le faire », résume-t-elle. Une arme contre le greenwashing ? Dans un contexte où les accusations de greenwashing se multiplient, les sociétés à mission se présentent comme un cadre plus crédible. « Le fait d’avoir des audits et des obligations de transparence change beaucoup de choses », estime Valérie Brisac. Le dispositif prévoit même qu’un tiers (ONG, concurrent ou tribunal) puisse contester le statut d’une entreprise si ses engagements semblent fictifs. Pour l’instant, aucun cas emblématique n’a émergé. Mais la pression existe.  « Les entreprises qui franchissent le pas savent qu’elles seront attendues », souligne Aurélie Ghemouri Krief. « Quand on est société à mission, qu’on a fait l’effort d’aller chercher ce statut, que l’entreprise est attendue par les salariés, on sait que la plupart des entreprises qui sautent le pas le font avec honnêteté et l’envie de suivre ce modèle », assure-t-elle avant d’ajouter : « Etre une société à mission, ce n’est pas une fin en soi. Ce qui est important, c’est d’être dans une démarche de réflexion autour de son impact ». Une autre manière de piloter l’entreprise Au fond, ce que transforme la société à mission, c’est peut-être moins l’entreprise elle-même que la manière de la diriger. « Avant, beaucoup de décisions étaient uniquement pilotées par les indicateurs financiers », observe la consultante. « Aujourd’hui, certaines entreprises commencent aussi à intégrer des arbitrages sociaux ou environnementaux dans leur stratégie ». Une évolution qui oblige les dirigeants à penser davantage sur le temps long, parfois au détriment de décisions économiquement plus simples ou plus immédiates. Le mouvement reste encore minoritaire. Et imparfait. Mais pour Caroline Hilliet Le Branchu, une chose est certaine : revenir en arrière semble désormais impossible. « On n’a pas réponse à tout », reconnaît-elle. « Mais au moins, on est obligés de se poser les bonnes questions ».

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